par Anatoli Beliaïev,expert au Centre de la conjoncture politique de la Russie
D'après les officiels de Kiev, Boris Nemtsov, nouveau conseiller à temps partiel du président ukrainien, aura pour tâche d'attirer les investissements russes dans l'économie ukrainienne. Tout porte à croire que ses activités à ce poste ne se borneront pas à cela!
En effet, Boris Nemtsov a été l'un de ces rares politiques russes largement connus à avoir ouvertement soutenu Viktor Youchtchenko au cours de sa campagne électorale en Ukraine. Il a même déclaré au nom sans doute de ses camarades de la droite en Russie que "les Russes jalousaient et admiraient à la fois les Ukrainiens".
Qu'entendait-il au juste par cette affirmation? Boris Nemtsov n'a jamais caché sa joie à l'occasion de la victoire de ses collègues ukrainiens. Il s'est même montré prêt à contribuer à leurs efforts pour étendre l'expérience de la "révolution orange" à la Russie également. Et Ioulia Timochenko, nouvelle Première ministre ukrainienne, l'a déclaré haut et fort, tout en estimant que l'Ukraine serait justement le territoire "à partir duquel" les idées qui y ont triomphé s'étendraient aussi à la Russie.
Dans ces conditions, Boris Nemtsov, fort de son nouveau statut de représentant du président ukrainien, aura toutes facilités pour rendre publics les mots d'ordre des politiciens ukrainiens, tout en essayant même d'exercer des pressions idéologiques sur le Kremlin. Il n'est pas non plus à exclure que le nouveau conseiller de Viktor Youchtchenko exploite à 100% son statut particulier pour se faire mousser, notamment dans la lutte qui se poursuit depuis déjà plusieurs années pour le leadership au sein la droite russe.
On pourrait considérer comme un avantage politique découlant de cette nomination le rôle d'intermédiaire que pourrait jouer Boris Nemtsov entre les autorités de l'Ukraine et de la Russie en cas de détérioration des relations bilatérales. Et ce ne sont pas les motifs d'aggravation qui manquent, en commençant par le problème du stationnement de la Flotte russe de la mer Noire à Sébastopol, pour terminer par le prix des hydrocarbures russes et leur transit vers l'Europe via le territoire de l'Ukraine.
Néanmoins, il est peu probable que Boris Nemtsov soit un négociateur acceptable pour Moscou, même dans la sphère qui lui est assignée, celle de la mobilisation des investissements dans l'économie de l'Ukraine. C'est que Moscou pourrait concevoir des soupçons, surtout s'il s'agit de soutenir certaines structures d'affaires russes à des conditions politiques bien déterminées. On peut imaginer qu'un tel soutien puisse être accordé en contrepartie d'une assistance discrète au mouvement de droite en Russie.
En effet, Boris Nemtsov peut apporter un appui très sérieux à ces hommes d'affaires russes qui, à force de conflits avec le fisc ou d'autres structures en Russie, pourraient estimer plus judicieux d'investir dans des projets en Ukraine en sauvant ainsi leurs capitaux par la même occasion.
Par ailleurs, le nouveau conseiller de Viktor Youchtchenko n'exclut pas, lui non plus, une telle évolution des événements. Dans l'une de ses interviews à la radio "Echos de Moscou", il a déclaré sans ambages que "Du moment que le climat d'investissement en Russie se dégrade, et que les hommes d'affaires russes s'y trouvent de plus en plus menacés, que ce soit sur le plan personnel ou au niveau de leur propriété, l'Ukraine bénéficie d'une chance unique de faire en sorte que les capitaux russes ne fuient plus vers la Suisse ou vers les zones offshore, mais soient investis dans l'économie ukrainienne". Et encore: "Je ne vous cacherai pas que nombre de mes connaissances et de mes camarades observent avec une certaine jalousie ce qui se passe aujourd'hui en Ukraine, et beaucoup envisagent même de s'y installer pour de bon si la vie en Russie devient un jour tout à fait insupportable".