"On recense des milliers d'infractions aux règles de comportement dans l'espace aérien de la CEI. Quant aux violations de la frontière aérienne de la Communauté, elles se comptent sur les doigts d'une main", affirme le général d'armée Vladimir Mikhaïlov, président du Comité de coordination pour la DCA auprès le conseil des ministres de la Défense des pays de la Communauté des Etats indépendants.
Le général a prononcé cette phrase en réponse à une question du commentateur militaire de RIA-Novosti à la conférence de presse consacrée au dixième anniversaire de la création du Système unifié de DCA de la Communauté des Etats indépendants entré en service le 10 février 1995 et qui est, peut-être, l'unique organisation au sein de la CEI qui fonctionne sans problèmes ni contradictions majeures. Dix pays forment ce système : l'Arménie, la Géorgie, la Biélorussie, le Kazakhstan, la Kirghizie, l'Ouzbékistan, la Russie, le Tadjikistan, la Turkménie et l'Ukraine. Et bien que tous les chefs des DCA nationales ne se soient pas rendus à Moscou pour l'occasion - la Géorgie, l'Ouzbékistan et la Turkménie n'y étaient en effet pas représentés par des généraux - les dirigeants de la DCA unifiée avaient pourtant bien des choses intéressantes à dire aux journalistes.
"Premièrement, nous avons rétabli l'intégrité du champ radar le long des frontières russes", a expliqué au commentateur militaire l'adjoint de Mikhaïlov, le général-lieutenant Aïtetch Bijev. - "Nous "balayons" l'espace de l'autre côté de la frontière à des distances allant de 800 à 1500 kilomètres et ceux qui voudraient violer la frontière aérienne russe sont au courant. Mais ils ne se risquent pas à mettre en question la souveraineté de la Russie et des pays de la Communauté. L'an dernier, un avion léger américain qui s'était aventuré dans l'espace aérien de la Mongolie a franchi par mégarde la frontière de la Russie et a dû faire une "escale" sur l'aéroport de Tchita, escorté par la chasse russe. C'était l'unique cas en 2004".
Deuxièmement, a poursuivi le général Bijev, le Conseil des chefs d'Etat de la Communauté a octroyé 2 milliards de roubles pour financer les unités de la DCA commune. Cela a permis d'acquérir des équipements modernes, dont des radars, des missiles antiaériens, des avions. La DCA de la Communauté a dans son arsenal des batteries de missile antiaériens Osa, Buk, S-75, S-125, S-200 et S-300. La chasse de la DCA est équipée de Mig-23, Mig-29, Mig-31 et Su-27. Les troupes radiotechniques, outre des radars, possèdent des systèmes de lutte radioélectronique.
Globalement, il s'agit de 19 régiments de chasse (11 russes et 2 biélorusses), de 29 régiments de missiles antiaériens (dont 11 russes), de 22 unités radiotechiques (9 russes plus deux bataillons russes de lutte radioélectronique). Des unités de la DCA russe sont déployées aussi en Arménie (102e base), au Tadjikistan (au sein de la 201e division d'infanterie motorisée, aujourd'hui transformée en base militaire russe) et sur la base aérienne de Kant, en Kirghizie.
Et pourtant, le service en mode automatique - autrement dit, l'échange d'informations sur la situation aérienne sans la participation de l'homme entre postes de commandement - ne fonctionne qu'entre la Russie, la Biélorussie, l'Ukraine, le Kazakhstan et l'Ouzbékistan. Ce degré de coopération n'est pas encore atteint entre la Russie et les autres Etats de la Communauté des Etats indépendants. Même si ces pays, poursuit le général Bijev, ont la possibilité d'acquérir de nouveaux Systèmes de commande automatisée de contrôle aux prix en vigueur à l'intérieur de la Russie. Le Comité de coordination se penche sur ce problème.
Grâce aux efforts de ce Comité et sur décision des chefs d'Etat, les DCA de Russie et de Biélorussie forment un seul système opérationnel. Un accord prévoit des opérations conjointes entre les unités de DCA russes, kazakh et kirghiz.Le service conjoint des DCA d'Arménie, de Biélorussie, du Kazakhstan, de Kirghizie et d'Ouzbékistan est organisé. Cet axe de la coopération sera développé. Des systèmes régionaux de DCA seront créés prochainement. Les DCA russe et biélorusse formeront un système régional sur le théâtre d'opérations d'Europe de l'Est. La Russie et le Kazakhstan formeront un système conjoint sur le théâtre de l'Asie centrale. Dans le Caucase, la DCA régionale sera formée par des unités arméniennes, le groupe 3624 de l'armée de l'Air russe et le régiment de missiles antiaériens S-300V, déployé dans la 102e base militaire russe à Guiumri (Arménie).
L'intercation des systèmes de défense antiaérienne des pays de la Communauté est affinée non seulement au cours du service conjoint et des échanges d'informations, mais aussi dans le cadre d'exercices réguliers, théoriques et d'état-major et d'exercices tactiques accompagnés de tirs. Ces exercices sous le nom générique de "Communauté d'armes" se déroulent régulièrement sur le site d'Achoulouk, près d'Astrakhan, sur le cours inférieur de la Volga. Pratiquement tous les pays faisant partie de la DCA unifiée y prennent part. En dix années, 70 groupes de fusées antiaériennes et 60 équipages de l'aviation de chasse, de bombardement et d'assaut y ont mené des tirs d'exercice. Plusieurs dizaines d'unités des troupes radiotechniques ont assuré les vols et le pointage de missiles.
En 2005, ces exercices seront élargis. Désormais, ils se dérouleront non seulement près d'Astrakhan, mais aussi aux environs de Vorkouta, dans les conditions extrêmes du Grand-Nord, et à Sary-Chagan, au Kazakhstan. Sur ce dernier site, par exemple, il est possible de mener les tests finaux de tir pour établir la portée maximale des missiles antiaériens de la batterie S-300 Triumf, conçue et construite par le Groupement de recherches-production Almaz-Antey. Sur ce même polygone s'entraîneront bientôt des unités de la DCA ukrainienne, à condition que Kiev signe un accord approprié avec le Kazakhstan. En effet, les batteries S-200, vu la grande portée de leurs missiles - 300 km - ne peuvent être testées en Crimée. Les Ukrainiens voudraient que ces exercices aient lieu dans les steppes de Sary-Chagan.
Ce polygone - à l'époque de l'URSS, on y testait les systèmes de DCA, mais aussi les éléments de la défense antimissile, notamment ceux qui protègent aujourd'hui Moscou - permet d'utiliser, en qualité de cibles, les forces aériennes les plus différentes et de créer la "situation opérationnelle" la plus compliquée qu'on ne saurait simuler nulle part ailleurs.
Par exemple, en avril prochain, des unités de lutte radioélectronique y créeront des brouillages. Des bombardiers stratégiques, des missiles de croisière de grande portée, des drones survoleront, tels des cibles aériennes, les batteries de missiles. Une puissante "tempête" de troubles radioélectroniques s'abattra alors sur des radars, des systèmes de télécommunications, de reconnaissance et de pointage. La DCA fera l'objet d'une puissante attaque de forces aériennes hétérogènes, efficaces et puissantes. Comment les unités antiaériennes de la CEI répondront à cette "attaque" ? On ne le sait pas encore, mais le général Aïtetch Bijev ne cache pas son optimisme :
- A mon avis, ce sera une nouvelle preuve de la fiabilité de la DCA de la Communauté.