"La récente crise politique a mis en évidence la division du pays selon différents critères: ethnique, religieux et politique", est-il souligné dans le document.
La dernière fois, l'Agence a analysé la notation de l'Ukraine en été 2004. Le 20 juillet, ses notes à long terme ont été rehaussées jusqu'à B+, les notes à court terme sur les engagements en monnaie nationale et étrangère ont été confirmées au niveau B, et les prévisions ont été changées en "stables".
L'amélioration de la solvabilité de l'Ukraine dépendra de la politique du gouvernement nouvellement élu et de l'efficacité du processus amorcé, de l'avis des experts de S&P. Le nouveau chef de l'Etat doit, entre autres choses, faire voter des amendements à la Constitution du pays limitant ses larges pouvoirs actuels, puis affronter les élections législatives en mars 2006.
Un des principaux motifs de la faible note attribuée au pays réside dans la fragilité de la base institutionnelle de l'Ukraine, estiment les experts de S&P. Les difficultés de la restructuration de l'industrie, les faiblesses dans la gestion corporate des sociétés et le manque de discipline des paiements dans tous les secteurs de l'économie sont d'autres freins sérieux.
De l'avis de l'agence, il ne sera pas facile de rendre le processus de gestion plus transparent et d'opérer une réforme institutionnelle dans un système rongé depuis des années par la corruption et l'arbitraire. Le perfectionnement du système judiciaire demandera également beaucoup de temps et d'efforts. La promesse de revoir les résultats des privatisations de ces dernières années constituera une des épreuves les plus dures pour le nouveau pouvoir, estime l'agence S&P.
"La nouvelle administration de Iouchtchenko aura fort à faire pour conférer une base législative à ses efforts de renforcement de l'infrastructure juridique, continuer à restructurer l'économie, créer une société civile plus démocratique et préparer l'Ukraine à l'éventuelle adhésion à l'Union européenne", a-t-il indiqué dans le document.
De l'avis de l'agence, la méthode choisie par le gouvernement pour régler le problème de la confrontation et des contradictions existant au sein de la nation aura une très grande importance, vu que dans les régions orientales du pays les électeurs ont voté dans leur majorité contre le président élu.
"Le fait que le lendemain de son investiture, Iouchtchenko se soit rendu à Moscou, illustre l'importance du maintien des relations avec la Russie et la nécessité d'une approche prudente de ce problème", font observer les experts de l'agence.
Pour améliorer la solvabilité de l'Ukraine, il convient de mettre en uvre, le plus rapidement possible, les mesures politiques appropriées, susceptibles d'assurer la stabilité de la politique monétaire et budgétaire.
A la fin de 2004 l'inflation en Ukraine dépassait 12% contre 5,2% en 2003. La crise politique de novembre 2004 - janvier 2005 a aggravé les attentes inflationnistes qui mettront beaucoup de temps à amorcer une décrue, estime S&P qui fait remarquer cependant que l'inflation se ralentit actuellement : moins de 2% en janvier, contre 2,4% en décembre.
Le budget consolidé 2005 approuvé par le gouvernement précédent prévoit une réduction des dépenses et un déficit au niveau de 2,2% du PIB. Le nouveau gouvernement se propose de réajuster le budget au mois de mars.
"Il faudra notamment corriger les erreurs du gouvernement précédent qui a effectué pendant la campagne électorale des dépenses budgétaires que l'Ukraine peut à peine se permettre", souligne l'agence.
La mise en uvre immédiate de transformations politiques et économiques, appuyées par des mesures énergiques de réajustement du budget, et la croissance des investissements étrangers réuniront les conditions nécessaires à la révision à la hausse de la note de l'Ukraine. "Bien que le pays ait à remplir des tâches difficiles, le président Iouchtchenko a prouvé sa capacité à faire avancer les réformes les plus importantes", résument les experts de S&P.