Les Etats-Unis exacerbent leurs relations avec l'Iran

S'abonner
MOSCOU, 15 février. (Par Piotr Gontcharov, commentateur de RIA Novosti). Les dernières déclarations de Washington à l'adresse de l'Iran semblent indiquer que les Etats-Unis sont résolus à trancher la question en soumettant le dossier nucléaire iranien à l'examen du Conseil de sécurité de l'ONU. Et à obtenir l'établissement de sanctions contre ce pays, ce qui devrait accentuer son isolement économique et politique.

Washington ne dissimule pas ses véritables intentions vis-à-vis de l'Iran. Dans son discours sur l'état de l'Union le président Bush avait qualifié l'Iran de "premier sponsor du terrorisme" et assuré que la Maison-Blanche soutiendrait toutes les tentatives faites par le peuple iranien pour remplacer le pouvoir dans ce pays. Ses promesses ont été concrétisées par la secrétaire d'Etat Condoleezza Rice. "Personne ne pense que les mollahs non élus à la tête du régime sont un bien pour le peuple iranien et l'ensemble de la région", "le peuple iranien doit pouvoir décider de son propre avenir", a-t-elle déclaré. L'isolement de l'Iran contribuerait on ne peut mieux à la déstabilisation du régime "précaire", selon elle, "des mollahs non élus".

On ne saurait dire que les plans de la Maison-Blanche concernant le règlement du dossier nucléaire iranien sont construits sur du sable. Au contraire. Pour que Washington réalise son dessein il n'est pas forcément nécessaire que l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) découvre une composante militaire dans le programme nucléaire iranien. Sur ce plan l'Iran n'a rien à se reprocher. Et ce malgré un nombre record d'inspections effectuées depuis deux ans et demi sur les sites nucléaires iraniens par les spécialistes de l'AIEA.

Il existe une autre solution découlant du caractère des négociations menées par Téhéran avec l'Union européenne en la personne de l'Allemagne, de la France et de la Grande-Bretagne au sujet du programme nucléaire iranien et liée à la rupture des pourparlers. Que le dangerde rupture soit grand, c'est incontestable. Le programme iranien d'enrichissement de l'uranium est au coeur de ces négociations. Pour Washington, ce programme atteste que l'Iran cherche à maîtriser la technologie de la fabrication de l'arme nucléaire. De son côté, Téhéran assure que son programme est exclusivement pacifique mais accepte néanmoins de le soumettre au contrôle de l'AIEA à condition que l'Occident fournisse des garanties de sécurité et donne accès à ses technologies de pointe. L'Union européenne a délégué la "grande troïka" en qualité de médiateur entre Washington et Téhéran.

La "troïka" a une vision du problème iranien différente des Etats-Unis, seulement elle n'a pas la possibilité de permettre à l'Iran d'accéder aux hautes technologies ni, à plus forte raison, de garantir sa sécurité. Ces garanties, les Etats-Unis en ont le monopole depuis belle lurette et ils n'ont pas du tout l'intention de les étendre à l'Iran.

Une autre circonstance complique singulièrement les négociations. Téhéran estime qu'après la signature, en juin 2005, de l'accord global garantissant le caractère exclusivement civil de son programme nucléaire, l'Iran pourra relancer les pans gelés de son activité nucléaire sans pour autant susciter des craintes au sein de la communauté internationale. Connaissant l'attitude des Etats-Unis à l'égard de l'Iran, la "troïka" est résolument opposé à cette interprétation. Dans cette situation pratiquement sans issue, Téhéran a déclaré qu'il se réservait le droit de juger de l'état d'avancement des pourparlers dès le mois de mars 2005 et que si l'obtention de résultats positifs s'avérait peu probable, l'Iran pourrait suspendre les négociations et sortir du moratoire sur l'enrichissement de l'uranium.

De la part de l'Iran, ce serait justement la démarche que les Etats-Unis attendent depuis longtemps. Dans ce cas ils auraient toutes les cartes en main. La rupture des pourparlers par Téhéran permettrait à Washington de réclamer la transmission du "dossier nucléaire" iranien au Conseil de sécurité de l'ONU pour examen et l'application de sanctions contre l'Iran, sanctions qui seraient le prélude de son isolement.

Il n'y a pas lieu de douter que les Etats-Unis misent sur ces "points douloureux" dans les pourparlers de la "troïka européenne" avec l'Iran. Lors des visites qu'elle a effectuées à Londres, à Berlin et à Paris la veille de la reprise des négociations entre la "grande troïka" et l'Iran sur le programme nucléaire en question, Condoleezza Rice a bien fait comprendre que les Etats-Unis "ne laisseraient pas les Iraniens avancer continuellement de nouvelles conditions à l'application de leurs engagements internationaux (concernant le programme nucléaire)".

La "troïka européenne" a indiqué à la secrétaire d'Etat que la poursuite des pourparlers était "le meilleur moyen" de contraindre l'Iran à garantir le caractère exclusivement civil de son programme nucléaire et à renoncer à l'idée de créer son propre armement nucléaire. Cependant, il serait puéril de supposer que cela pourrait arrêter les Etats-Unis dans leur volonté de régler le problème nucléaire iranien selon le scénario qu'ils ont concocté.

Fil d’actu
0
Pour participer aux discussions, identifiez-vous ou créez-vous un compte
loader
Chat
Заголовок открываемого материала