Fréquemment dans les épreuves de vitesse les pistards se livrent à des séances de sur-place qui ordinairement durent plusieurs dizaines de secondes. Mais elles peuvent aussi être plus longues. Si ma mémoire est bonne, le record est de 40 minutes. Après ces sur-place, le coureur soit perd l'équilibre et tombe lourdement sur la piste, soit s'élance résolument. Cette image rappelle de manière assez précise l'état actuel des rapports russo-américains.
Nous pensons que la rencontre du président russe, Vladimir Poutine, avec son homologue américain, George W.Bush, à Bratislava, est un événement à même soit de booster de nouveau les relations des deux pays, soit de les refroidir brusquement.
Malheureusement, un consensus antirusse a pris corps aux Etats-Unis. Des forces politiques allant des libéraux démocrates jusqu'aux républicains d'extrême droite, qui ne peuvent se mettre d'accord sur aucune question, se rejoignent pourtant pour présenter le pouvoir en Russie comme un régime autoritaire appliquant une politique néo-impérialiste sur la scène internationale. On peut dire la même chose de l'Europe. Sur le plan économique elle est en concurrence avec l'Amérique et il y a même divorce au sujet de l'Irak. Par contre, le consensus est de rigueur dans l'appréciation donnée au pouvoir russe. Ce qui veut dire que l'Europe et l'Amérique peuvent renforcer leurs rapports au détriment de la Russie. Voici quelques mois, pour la première fois depuis quinze ans on est allé jusqu'à lancer un slogan selon lequel l'heure est venue de refréner la Russie néo-impérialiste, de lui prendre l'Ukraine, la Géorgie...
Il y a six mois-un an certaines têtes chaudes en Russie avaient crié au secours, prétendant que les rapports russo-américains étaient en crise. A l'époque nous avions dit qu'il n'y avait pas crise. Aujourd'hui nous ne dirions plus la même chose. La situation est très sérieuse et très compliquée.
Seulement la crise ne débouchera pas forcément sur une nouvelle guerre froide. Nous estimons qu'il est possible d'avancer plus vite qu'auparavant dans le développement positif des relations russo-américaines. Pour ce qui est des jugements occidentaux portés à la Russie, nous estimons possible de les contester. Tout le monde a vu comment les élections se sont déroulées en Irak. Un chef-d'oeuvre de démocratie. En ce qui nous concerne, nous doutons très sérieusement des critères démocratiques proclamés par George W.Bush.
L'Amérique doit de toute urgence rafistoler les rapports avec l'Europe parce qu'elle a besoin d'alliés. Il faut absolument entraîner l'OTAN et l'Union européenne en Irak. Car les Américains savent très bien que le vide laissé après la réduction de leur présence militaire en Irak devra obligatoirement être comblé. C'est en Europe que George W.Bush effectue son premier déplacement à l'étranger depuis qu'il a été réélu pour un second mandat. Qui plus est, à Bratislava le président américain rencontrera son homologue russe. Nous voulons souligner ici que si les propos tenus aux Etats-Unis à l'égard de la Russie ne ressemblent guère à des amabilités, il n'y a pas de durcissement de la ligne politique.
Dans une interview récente, la secrétaire d'Etat Condoleezza Rice a très soigneusement souligné que si la démocratie en Russie posait problème, il y avait aussi la coopération et le partenariat avec la Russie que l'Amérique entendait développer.
Avec l'Iran et la Corée du Nord les Etats-Unis ont davantage de problèmes qu'auparavant. Ces quatre dernières années leur rhétorique menaçante n'a rien pu faire contre les programmes nucléaires de ces pays. Or, il s'avère que l'initiative de l'Union européenne est réellement à même de réglementer le programme nucléaire iranien. En ce qui concerne la Corée du Nord, tous les espoirs sont placés sur la Chine. On espère que celle-ci conseillera aux camarades coréens de bien se tenir. A cet égard, une question se pose en toute logique: l'administration Bush a-t-elle intérêt à se quereller avec la Russie qui, entre autres, aide l'Iran à ériger la centrale nucléaire de Bushehr? Personne ne doute de l'importance du problème palestinien sur le plan de la genèse et du développement du terrorisme radical islamique. Alors, l'Amérique doit-elle se priver du soutien de la Russie dans le règlement de ces questions?
Il existe d'autres problèmes d'importance égale pour l'Amérique et la Russie. Par exemple, l'accélération de la destruction des stocks d'armes nucléaires et chimiques.
L'administration américaine a proclamé la doctrine de la contre-prolifération des armes de destruction massive. En Russie on estime qu'il y a une différence entre la non-prolifération, c'est-à-dire la prévention de la prolifération, et la contre-prolifération impliquant des actions actives au cas où le djinn sortirait de la bouteille. Il y a un an George W.Bush avait proposé d'instaurer une procédure d'inspection des avions et des navires. Dans un premier temps la Russie avait fait la sourde oreille, pour ne rien dire de plus. Cependant, six mois plus tard elle s'est ralliée à cette initiative. Cela signifierait-il qu'un rapprochement des positions russe et américaine sur la contre-prolifération est possible? Nous estimons que oui. La chose pourrait se traduire par une extension de la coopération, surtout dans deux domaines. Premièrement, dans la défense antimissile. Avec qui d'autre l'Amérique pourrait collaborer ici? Uniquement avec la Russie parce qu'elle dispose des composantes nécessaires pour la coopération. Le deuxième domaine, c'est celui des tsunamis. Ces phénomènes terribles on un pouvoir destructeur comparable à celui de l'arme nucléaire. Il faut mettre en place un système international de réaction rapide aux catastrophes de manière à pouvoir en localiser les conséquences. En Russie le ministère des Situations d'urgence se penche déjà sur le problème. Seuls la Russie et les Etats-Unis possèdent les personnels et les matériels indispensables pour constituer une force de réaction rapide.
Enfin, seules l'Amérique et la Russie disposent des moyens permettant de localiser les conséquences de l'emploi des armes nucléaires, des bombes sales.
Nous ne nous hâterons pas de faire des pronostics optimistes ou pessimistes quant à l'évolution des relations russo-américaines. En tout cas pas avant la rencontre des deux présidents.