Les milieux d'affaires russes seront-ils les principaux investisseurs dans l'économie ukrainienne ?

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MOSCOU, 11 février. /par Nina Koulikova, RIA Novosti/. Les nouvelles autorités ukrainiennes promettent de revoir partiellement les résultats des privatisations. Le succès des hommes d'affaires dans l'espace post-soviétique dépendait directement de la bienveillance des milieux dirigeants. Aussi, le changement de figures sur l'échiquier politique entraîne-t-il parfois un repartage des droits de propriété. D'autre part, à en juger par les déclarations des représentants de la nouvelle équipe dirigeante, la révision des résultats des privatisations pourrait rapporter des fonds supplémentaires au budget de l'Ukraine.

L'Ukraine éprouve un vif besoin d'investissements. D'après les estimations des experts, pour développer normalement son économie, il lui faut 80 à 100 milliards de dollars supplémentaires. En treize ans d'indépendance, elle n'a attiré que 5 milliards de dollars d'investissements étrangers directs. Leur structure est telle que la majeure partie de ces capitaux est placée dans l'industrie alimentaire et le commerce, c'est-à-dire dans les secteurs où les hommes d'affaires rentrent dans leurs frais en bref temps. Or une restructuration économique globale réclame des investissements à long terme.

Quelles sont les perspectives de participation du capital russe à ces processus? Selon les données officielles, les capitaux russes représentent seulement 10% environ de la totalité des investissements étrangers en Ukraine. C'est que les autorités ukrainiennes ne laissaient qu'à contre cœur les investisseurs russes accéder à leurs actifs, à preuve l'appel d'offres pour la privatisation du complexe métallurgique Krivorojstal : seules les offres de soumissionnaires ukrainiens étaient acceptées. Cependant, en raison des problèmes qui persistent en Russie entre les milieux d'affaires et le pouvoir, on constate une fuite croissante de capitaux hors du pays. Selon les données officielles du ministère russe du Développement économique et du Commerce, 8 milliards de dollars ont été exportés de Russie en 2004. Les milieux d'affaires russes recherchent les moyens d'investir et s'efforcent d'établir des contacts avec le nouveau pouvoir ukrainien. Le conseiller économique du président russe, Andréi Illarionov, affirme, lui, que ce n'est pas 8, mais 27 milliards de dollars qui auraient fui la Russie l'année dernière, et que de nombreux hommes d'affaires tournent leurs regards vers l'Ukraine voisine.

Si les nouveaux appels d'offres sont objectifs et que des hommes d'affaires étrangers, russes y compris, sont admis à y participer, l'activité du capital russe augmentera en Ukraine. Les économies des deux pays ont des liens industriels de longue date et les investisseurs russes pourraient y placer avantageusement leur argent. De l'avis du député russe Alexandre Lebedev, la Russie arrive actuellement en première position pour le volume de capitaux investis en Ukraine, qui est un pays aussi attrayant que la Russie du point de vue du niveau (élevé) de la corruption et du manque de professionnalisme. Autant dire que les hommes d'affaires russes, étant bien informés des règles du jeu en Ukraine et des spécificités locales, pourraient se positionner de façon plus avantageuse que l'Europe.

Les contacts que les milieux d'affaires et les experts russes entretiennent avec les représentants ukrainiens montrent que le capital russe continue de jouer un rôle important en Ukraine. Ses positions ne sauraient être négligées dans ce pays parce que la Russie est un gros fournisseur de matières premières pour les entreprises ukrainiennes et un consommateur important de produits ukrainiens. De l'avis du directeur de l'Institut d'études économiques et politiques internationales de l'Académie des sciences de Russie, Rouslan Grinberg, en Ukraine on se rend compte que l'adhésion à l'Union européenne constitue un immense problème. "De toute façon, les hommes d'affaires ukrainiens avec lesquels j'ai eu des contacts ces derniers temps penchent pour la coopération et l'intégration avec la Russie", a-t-il dit.

Il est possible que la grande politique s'en mêle, alors les sociétés russes n'auront que peu de chances d'acheter des entreprises ukrainiennes, Krivorojstal notamment. De l'avis de Mikhaïl Deliaguine, directeur de l'Institut des problèmes de la mondialisation, les milieux d'affaires russes, même ceux qui ont rendu des services à Iouchtchenko doivent oublier toutes les préférences. L'égalité étant formellement respectée, elles seront accordées aux pays de l'Union européenne, y compris à ses nouveaux membres. Si, jusqu'ici, les intérêts des entreprises russes ont été défavorisés dans la concurrence avec le capital de Donetsk, sous Iouchtchenko le capital russe sera relégué à l'arrière-plan parce que le devant de la scène sera occupé par le capital ouest-européen. Bien que les relations économiques russo-ukrainiennes existantes continueront à se développer, au bout d'un certain temps le capital russe sera le numéro trois après celui de Donetsk et de l'Europe de l'Ouest dans les projets de privatisation, affirme Mikhaïl Deliaguine.

Il est impossible d'évincer le capital russe de l'Ukraine parce que son rôle dans ce pays est conditionné par les liens de coopération étroits qui se sont établis entre les deux pays au fil de l'histoire. Mais les tendances politiques se traduisant par l'orientation des nouvelles autorités ukrainiennes vers l'intégration avec l'Europe de l'Ouest sont défavorable à la Russie. Reste à savoir à quel point ces tendances politiques l'emporteront sur le bon sens économique. Emporté par la course électorale, Viktor Iouchtchenko a promis à son pays d'augmenter de dix fois les investissements étrangers. Tout porte à croire qu'après le changement de pouvoir les investissements vont en effet augmenter. Quant à savoir quel capital sera préféré, russe ou occidental, la question reste pour l'instant ouverte.

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