Nezavissimaïa gazeta
La rencontre de Bratislava se déroulera dans un climat de froids calculs
Vladimir Poutine et George W.Bush se sont donné rendez-vous en Slovaquie à la fin du mois de février. Le charme de l'"alliance inopinée" n'est plus là. L'atmosphère oubliée des "froids calculs" est revenue. Ce point de vue est exposé par le professeur Alexeï Bogatourov, directeur adjoint de l'Institut de sécurité internationale relevant de l'Académie des sciences de Russie, dans une interview accordée à la "Nezavissimaïa gazeta".
Aujourd'hui c'est plutôt Vladimir Poutine qui a besoin du soutien de George W.Bush et non le contraire, comme cela avait été le cas au début des actions militaires américaines en Irak.
Il est évident qu'à Bratislava les deux hommes envisageront les moyens à mettre en oeuvre pour parvenir à un compromis entre le gouvernement russe et les chefs de guerre tchétchènes modérés. Toute l'année durant les adversaires (américains y compris) du président russe ont par voie de presse grossi les difficultés rencontrées en Tchétchénie.
Le transfert de la stratégie américaine sur les "changements de régime" dans l'espace de la CEI est une question douloureuse. Tout le monde a pu étudier sur l'exemple de l'Ukraine la version civile de cette politique. Les technologies "oranges" font tache d'huile aux pays limitrophes de la Russie. Pour le Kremlin c'est là une question importante et névralgique. Rien ne permet de dire que Moscou n'élaborera pas un programme de mesures en vue de protéger ses intérêts dans ces pays.
Les Américains se préoccupent moins des hydrocarbures russes que des réserves de pétrole et de gaz de la "Grande Asie centrale" qui s'étend de la mer Caspienne jusqu'aux frontières de la Chine.
Le heurt des intérêts de la Russie et des Etats-Unis dans cette zone précisément est particulièrement dangereux eu égard à l'"euroasiatisation" de l'OTAN. La présence russe dans cette partie du monde gêne Washington. Cependant, les Américains savent bien qu'il est impossible et dangereux de bouter la Russie hors de cette région.
Enfin, les négociations russo-américaines porteront probablement sur les programmes nucléaires de l'Iran et de la Corée du Nord. Les Etats-Unis n'ont rien à redouter de l'Iran, tout comme ils n'avaient rien à redouter de l'Irak. Les pays voisins, si. La Russie a toutes les raisons de ne pas souhaiter une agression des Etats-Unis contre l'Iran car ce pays est beaucoup trop près. Cela oppose Poutine et Bush dans la question iranienne.
Kommersant, Vremia Novosteï, Vedomosti
Corée du Nord : un bluff nucléaire ou une menace réelle ?
Hier, le ministère des Affaires étrangères de la Corée du Nord a pour la première fois avoué ouvertement l'existence de l'arme nucléaire dans le pays. Cet aveu, comme le retrait nord-coréen des négociations à six sur le règlement de la crise autour des programmes nucléaires de la RDPC, ont été expliqués par Pyongyang par la menace émanant de la part des Etats-Unis. Les Nord-Coréens n'ont produit aucune preuve de l'existence de l'arme nucléaire, mais tant Washington que Moscou ont accueilli leur déclaration avec tout le sérieux que cela implique. Ce thème est commenté par le "Kommersant", le "Vremia Novosteï" et le "Vedomosti".
De l'avis d'Alexeï Bagatourov, adjoint au directeur de l'Institut académique des problèmes de la sécurité internationale, c'est justement la menace d'attaque extérieure qui détermine la logique des démarches de Pyongyang. "L'invasion américaine de l'Irak a poussé tous les pays dits de seuil à accélérer les travaux sur la création de l'arme nucléaire. Ils ont estimé que si l'Irak en avait possédé l'Amérique n'aurait jamais osé commencer la guerre". De l'avis de l'expert, la démarche nord-coréenne pourrait être provoquée par la violence des critiques américaines à l'encontre de l'Iran en raison de ses programmes nucléaires. Alexeï Bagatourov estime aussi que "les Etats-Unis auront du mal à lancer une opération de force car la Russie et la Chine s'y opposeront".
Mais on sait qu'il n'y a jamais eu, sur le territoire nord-coréen, de tests nucléaires. "La probabilité de ce que la République démocratique populaire dispose sinon de charges nucléaires du moins d'engins nucléaires opérationnels est minime", affirme Evgueni Miasnikov, du Centre des problèmes du désarmement. A son avis, on ne saurait exclure que la déclaration nord-coréenne n'est qu'un bluff. D'autres experts rappellent toutefois qu'une charge nucléaire primitive pourrait être conçue sans tests préliminaires, et que la probabilité qu'elle fonctionne est "assez élevée". Les observateurs admettent aussi que la charge nord-coréenne pourrait bien être transférée par un avion de transport. En même temps, disent-ils, on ne saurait écarter à 100% l'hypothèse de l'existence d'ogives en Corée du Nord, puisque Pyongyang aurait pu obtenir les documentations techniques nécessaires de l'extérieur, par exemple, du Pakistan.
Le fait qu'il y a trois ans les Etats-Unis ont inclus la Corée du Nord dans l'"axe du mal" a mis cette "réserve du communisme" devant la nécessité d'élaborer une stratégie de survie pendant la présidence Bush. La démarche d'hier serait donc appelée à consolider ce "pivot intérieur" qui permet aux dirigeants de tenir la bride haute à la nation : il faut manifester au peuple que le pouvoir ne cédera pas aux pressions extérieures et que, pour le droit à l'autodétermination, on n'aura pas à faire des concessions aux Etats-Unis.
Kommersant
Kiev relève les tarifs des radars assurant la défense antiaérienne de Moscou
Le Comité de coordination de la Communauté des Etats indépendants (CEI) pour la défense antiaérienne s'est réuni jeudi à Moscou. Kiev a averti Moscou que désormais il faudrait payer plus cher les informations obtenues par les radars ukrainiens pour le système russe d'alerte aux missiles (SPRN), annonce le quotidien "Kommersant".
La réunion du Comité de coordination de la CEI pour la DCA a examiné l'état et les perspectives du développement du système unifié de DCA créé il y a dix ans par dix pays de la CEI. Aujourd'hui seuls l'Arménie, la Biélorussie, le Kazakhstan, la Kirghizie, la Russie et le Tadjikistan continuent de renforcer ensemble ce système. L'Ukraine et l'Ouzbékistan ne collaborent avec Moscou que sur une base bilatérale. Quant à la Géorgie et à la Turkménie, depuis sept ans elles se refusent à toute coopération dans le domaine de la défense antiaérienne.
Par contre, le commandant en chef des forces armées russes, le général d'armée Vladimir Mikhaïlov, a déclaré que cette année Moscou et Minsk allaient mettre en place un système régional unifié de DCA, qui sera géré par un commandant nommé par le Conseil d'Etat supérieur de l'Etat fédéral Russie-Biélorussie. Les forces et les moyens de la DCA faisant partie de ce système lui seront subordonnés.
Sur cette toile de fond très dissonante apparaît la déclaration du commandant en chef des forces aériennes de l'Ukraine, le général de corps d'armée Anatoli Toropchine, selon laquelle Kiev vendra plus cher à Moscou les informations fournies au SPRH par les radars "Dnepr" de Moukatchevo et de Sebastopol. Actuellement ces informations rapportent annuellement 1,2 million de dollars à l'Ukraine.
Le général Toroptchine estime que cette somme ne compense pas les dépenses du ministère ukrainien de la Défense, surtout celles destinées à l'entretien du personnel qui travaille exclusivement pour le compte de la Russie. La location du radar "Darial" en Azerbaïdjan revient à la Russie à 5 millions de dollars l'an. L'Ukraine n'en perçoit que 1,2 million pour les informations de deux radars. Aussi les présidents et des gouvernements des deux pays se doivent-ils de réparer cette injustice, a indiqué le général.
Izvestia, Kommersant
Les étrangers n'auront pas les meilleurs gisements russes
La politique libérale en matière d'exploitation des ressources du sous-sol proclamée par le nouveau chef du ministère des Ressources naturelles est en fait loin d'être libérale. Jeudi, le ministre Iouri Troutnev a déclaré que les appels d'offres pour la mise en valeur des meilleurs gisements russes ne concernent pas les sociétés russes contrôlées par des structures extraterritoriales. Cette déclaration est commentée par les quotidiens "Izvestia" et "Kommersant".
Ces gisements ont une importance stratégique pour la Russie. Seules les sociétés dont au moins 51% du capital social appartiennent à des agents nationaux seront admises comme soumissionnaires.
Il s'agit de l'appel d'offres pour la mise en valeur du gisement Sakhaline-3 (plus de 600 millions de tonnes de pétrole), de ceux de la mer Barents (plus de 977 millions de tonnes) et des réservoirs découverts dans le district des Nénets et celui de Timan-Petchora (plus de 250 millions de tonnes). Au total, 250 licences seront mises aux enchères en 2005. A noter que le gisement de cuivre d'Oudokan et le placer Soukhoï Log ont également été portés sur la liste des enchères exclusives. Les réserves de Soukhoï Log sont estimées à plus de mille tonnes d'or et son prix de départ peut être fixé à 150 millions de dollars au minimum.
L'éventuelle liste des sociétés interdites est impressionnante. On y trouve, par exemple, Sibneft dont le bloc de contrôle est partagé entre six sociétés offshore chypriotes contrôlées par Millhouse Capital, et aussi TNK-BP appartenant moitié-moitié au consortium regroupant Alfa Group et Access/Renova et au groupe britannique BP. De même, Sourgouteneftegaz et Norilski Nickel sont dans une situation difficile, d'après les responsables du ministère des Ressources naturelles. En ce qui concerne Shell, Total, CNPC, Chevron et ExxonMobil, ces sociétés ne peuvent même pas espérer pouvoir amplifier leur présence en Russie. En fait, elles pourront espérer mais seulement après avoir enregistré des filiales en Russie, mais pourraient-elles se le permettre?
La déclaration de Iouri Troutnev a mis les représentants des sociétés étrangères dans un état de choc. L'attaché de presse du bureau russe de Shell, Maxime Choub, a déclaré qu'il refusait de comprendre la situation. Les autres sociétés se sont abstenues de tout commentaire.
Rossiiskaïa gazeta
La Russie risque de rester sans munitions
Une importante exposition internationale des armements, IDEX-2005, s'ouvre le 12 février dans les Emirats Arabes Unis. Le stand russe promet d'être traditionnellement brillant, exception faite de l'étalage réservé aux munitions, le clou des expositions précédentes, informe le quotidien "Rossiiskaïa gazeta".
Le président de la section "Développement de l'industrie des munitions et de la chimie spéciale" de l'Académie des problèmes de développement économique, Nikolaï Gorokhov, affirme que l'industrie des munitions et les secteurs qui la composent (production de poudres et d'agents chimiques spéciaux) sont dans un état catastrophique. Si l'on ne prend pas de mesures radicales, le pays sera incapable de produire de la poudre et des munitions. Bien des usines ont déjà cessé d'exister et une vingtaine d'entreprises sont menacées de faillite.
De grands espoirs étaient fondés sur l'acitonnarisation mais ils ne se sont pas justifiés.
Pourquoi le programme de conversion des entreprises de munitions et de poudres a-t-il échoué? La spécificité du métier a été négligée. Les bâtiments et les locaux réservés à la production de matières explosives, vu les particularités de leur structure, ne se prêtent pas à la production civile et les équipements spécialisés ne justifient pas les frais de leur diversification. Les entreprises ont en fait perdu la technologie de production d'une série de munitions pour différents systèmes d'armes. La branche a été privée de son personnel le plus efficace à l'âge de trente à quarante ans. Les spécialistes formés à la faculté spécialisée refusent de s'embaucher dans les entreprises de la branche.
La science de la branche est également dans un état lamentable. Les munitions ne se renouvellent que tous les dix à quinze ans. Les recherches affichent un retard de vingt à vingt-cinq ans. Même la documentation, héritage précieux du point de vue économique et technologique, risque d'être perdue, faute de conditions de stockage adéquates.
La branche ne pourra reprendre le chemin de stabilisation et de développement qu'en transformant les usines en des entreprises publiques et en créant sur cette base des groupes science-production.
Novye Izvestia
La majorité des Russes sont prêts à exprimer leur protestation
ROMIR Monitoring a rendu publics les résultats du sondage effectué au mois de janvier. Les sociologues ont demandé aux Russes quelles peuvent être les formes de leur protestation si leurs droits civils sont lésés, lit-on dans les "Novye Izvestia".
Seulement 2 % des personnes interrogées avaient du mal à répondre à cette. 31 % des interviewés ont honnêtement reconnu qu'ils étaient incapables de faire quoi que ce soit. Par contre, 67 % sont prêts à lutter pour le triomphe de la justice.
26 % des Russes considèrent la plainte déposée au tribunal comme une mesure adéquate dans la lutte contre l'injustice: en général, c'est la réponse la plus répandue. 20 % d'autres croient à la force salutaire des lettres adressées au président Vladimir Poutine. 18 % sont prêts à participer à la rédaction d'une lettre collective au député de leur arrondissement. Mais ce groupe devra chercher bientôt d'autres variantes de solutions à leurs problèmes, car la Douma suivante n'aura pas de députés élus au scrutin uninominal.
Toutes sortes d'actions de protestation sont préconisées par 30 % des Russes, dont la moitié préfèrent le débrayage ou la grève. 15 % sont radicaux, car ils sont prêts non seulement à cesser de travailler en signe de protestation, mais ils sont aussi capables debloquer les autoroutes et les chemins de fer.
13 % des Russes croient à l'efficacité des médias: ils ont répondu qu'ils avaient l'intention de défendre leurs droits en intervenant à la télévision et dans la presse. 7 % jugent nécessaire de demander l'aide du syndicat. 7 % sont prêts à faire une grève de la faim.
Enfin, 5 % des personnes interrogées n'ont pas d'opinion.