Quel crédit accorder aux initiatives d'Aslan Maskhadov?

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MOSCOU (par Vladimir Simonov, commentateur politique de RIA Novosti).

Aslan Maskhadov, ex-président de la "République tchétchène d'Itchkérie" autoproclamée, a annoncé un cessez-le-feu unilatéral et a même désigné son représentant pour mener les pourparlers urgents avec le Kremlin. Un autre leader, Chamil Bassaiev, le chef le plus sanguinaire des terroristes tchétchènes, est apparu à la télévision britannique et sur Internet. Ce terroriste a promis de nouveaux Beslan, tout en jurant qu'il est prêt à observer le cessez-le-feu proclamé par Aslan Maskhadov. Boris Berezovski, qui fuit la justice russe avec l'aide de Londres, a déclaré que les terroristes tchétchènes disposaient d'une bombe nucléaire portable. Ces trois newsmakers ont fait leurs déclarations presque simultanément. Est-ce fortuit ou s'agit-il d'une campagne bien orchestrée?

Le Kremlin ne croit pas à la sincérité de l'initiative de paix d'Aslan Maskhadov. La population du pays n'y croit pas non plus, car, si même l'ordre de cesser-le-feu a été donné, les terroristes l'ignorent superbement. Les attentats se poursuivent en Tchétchénie et au Daghestan voisin. Cela confirme, une fois de plus, qu'Aslan Maskhadov ne contrôle plus les chefs de guerre.

Le plus probable est qu'aucun ordre n'a été donné. D'ailleurs les groupes armés n'ont aucune possibilité de lancer des opérations armées durant l'hiver en Tchétchénie. Les sentiers de montagne sont ensevelis sous la neige, le transfert des munitions et des produits alimentaires est pratiquement exclu. Sur fond de neige blanche, les camps des terroristes sont bien visibles depuis les hélicoptères. C'est pourquoi le mois de février est traditionnellement la "saison de repos" des terroristes.

Aslan Maskhadov, Chamil Bassaiev et Boris Berezovski qui les soutient, ont choisi cette saison pour s'offrir une campagne de pub en faveur de la paix.

L'idée du cessez-le-feu n'est pas neuve. Aslan Maskhadov la reprend chaque fois que l'Occident semble accentuer son soutien au Kremlin dans sa lutte contre le terrorisme tchétchène. Par conséquent, la "main tendue" par Aslan Maskhadov au Kremlin est un geste théâtral destiné à impressionner l'Occident, mais pas le Kremlin. Pour Moscou, c'est une sorte de guet-apens. Si le Kremlin acceptait de négocier avec les terroristes tchétchènes, avec les organisateurs des crimes perpétrés à Beslan, à Moscou et dans d'autres villes du pays, il reconnaîtrait sa faiblesse et pourrait perdre le soutien de ses alliés dans le Caucase.

Le bluff du "cessez-le-feu" a été mis en scène en prévision de la rencontre entre Vladimir Poutine et George Bush à Bratislava prévue pour fin février. On peut affirmer que George Bush ne demandera pas à Vladimir Poutine son avis sur la proposition d'Aslan Maskhadov, mais abordera la question de la lutte menée par la Russie contre les terroristes dans le Caucase. Et puisque Boris Berezovski a certifié que les terroristes étaient en possession de l'arme nucléaire, cette information ne peut pas ne pas être évoquée lors de l'entretien. Selon Boris Berezovski, des personnages "dont les propos peuvent être pris au sérieux" lui ont dit qu'ils étaient en mesure de lancer des actions militaires sur tout le territoire de la Russie, "non plus en se servant de leurs poignards de montagnards, mais en frappant les centrales nucléaires et les ouvrages stratégiques".

Le ministère russe des Affaires étrangères a réfuté carrément l'hypothèse selon laquelle les terroristes détiennent une "mallette nucléaire", en déclarant que le but de ces "pseudo-nouvelles à sensation" est de créer en Russie une atmosphère de vulnérabilité et nervosité.

Les experts russes n'ont pas pris au sérieux les propos de Boris Berezovski. "A mon avis, cette déclaration est inepte", a déclaré à la radio "Echo de Moscou" le général Valeri Dvorkine, chercheur principal du Centre de sécurité internationale de l'Académie des sciences de Russie.

Cette "mallette infernale" ne peut être mise en action que si l'on connaît de multiples codes que les terroristes tchétchènes ignorent, a-t-il souligné. "Même s'ils disposent de cet engin, il est pratiquement impossible de le mettre en action et de provoquer quelque part une explosion nucléaire", affirme l'expert. Son avis est partagé par Vladimir Evseiev, coordinateur du "Programme de non-prolifération" du Centre Carnegie de Moscou. Les mini-bombes qui ont existé dans la deuxième moitié des années 80 ont un délai de péremption, donc, elles ne peuvent pas être employées aujourd'hui, explique-t-il. Les séparatistes tchétchènes n'ont pas d'engin nucléaire portable, assure Vladimir Evseiev. La Russie et les Etats-Unis ont arrêté leur production.

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