RENDEZ-VOUS DANS LES GLACES ANTARCTIQUES

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MOSCOU. Par Andreï Kisliakov, commentateur politique de RIA-Novosti. ...

Des centaines de milliers de tonnes de glaces se sont à ce point enfoncées dans les roches du continent que l'aiguille du sismographe, légèrement tremblante avant cette collision monstrueuse a dessiné en un rien de temps une sinusoïde irrégulière, culminant par endroits à des valeurs presque record. Une demi-minute après, il est vrai, le bruit sourd et prolongé du roc qui s'affaisse lourdement dans l'océan a laissé place au silence. La terre la plus énigmatique de la planète s'est de nouveau immobilisée dans son inaccessibilité.

Non, ce n'est pas le début d'un roman à succès d'Alister McLean qui parle des courageux Britanniques ou des Américains livrant une bataille sans merci au nom de la démocratie dans un désert glacial, dans les abysses ou dans les airs. C'est bien un épisode réel d'une histoire qui se déroule de nos jours, lorsque les Américains ont dû réellement s'engager dans une bataille contre des forces largement supérieures aux leurs, celles de la nature. Au moment le plus dramatique de cette lutte, ils ont vu venir à la rescousse des marins russes.

En effet, ces dernières années, le sort des projets les plus grandioses de l'humanité s'est retrouvé entre les mains des Russes. Mais si le programme de la Station spatiale internationale qui, au début, supposait une vaste coopération internationale, ne dépend aujourd'hui, par la mauvaise volonté du destin, que de la Russie, les recherches dans les glaces antarctiques ont toujours été menées par les deux puissances de manière indépendante.

A la fin de l'année dernière, pour la première fois depuis l'ouverture des stations en Antarctide, les Etats-Unis ont demandé l'aide de la Russie.

La station McMurdo, en mesure d'accueillir jusqu'à 5 000 personnes a été implantée sur le littoral de la mer de Ross en 1956. Deux brise-glaces de la Garde côtière des Etats-Unis, le Polar Sea et le Polar Star, ont régulièrementconduit vers la station des convois de navires chargés de frets destinés à l'approvisionnement de la base. Mais le premier subit aujourd'hui de grosses réparations, après avoir endommagé son hélice lors d'une mission d'accompagnement d'un convoi. A lui seul, le Polar Star n'arrive pas à conduire tous les navires. A noter également que cinq icebergs empêchent l'évacuation des glaces de la baie sur les rives de laquelle se trouve la station américaine.

Résultat, l'épaisseur des glaces dans la baie a atteint 3,5 m !

En d'autres termes, l'approvisionnement de la cité des chercheurs polaires a été compromis. Les Etats-Unis ont alors demandé au gouvernement russe de l'aider. Le brise-glace à propulsion diesel, le Krassine, a appareillé le 21 décembre dans le port de Vladivostok avant de mettre le cap sur l'Antarctide. Sa puissance de 36 000 CV devait suffire pour passer dans la baie et débloquer les quais de la station McMurdo.

La distance séparant la frontière des glaces de la cité des chercheurs est de 470 milles. Le 21 janvier 205 Russes et Américains se sont rencontrés à bord du Krassine pour coordonner les travaux conjoints. Et, le lendemain, le "couple" Krassine - Polar Star conduisait vers les quais de McMurdo le pétrolier américain Paul Buck qui acheminait vers la station 19 000 tonnes de carburant. Le 1er février, les brise-glaces russe et américain "ont pris en charge" le bateau diesel American Tern, qui avait dans ses cales près de 10 000 tonnes de frets différents.

L'opération conjointe d'approvisionnement de la cité scientifique américaine en Antarctide s'est déroulée avec succès. Mais, début janvier, un immense iceberg s'est enfoncé dans le littoral de la mer de Ross. La collision fut si forte que les postes sismologiques ont enregistré ce coup. Ce bloc de glace désigné sur les cartes comme B-15A atteignait 160 km de longueur et, par sa forme, rappelait l'île de Long-Island qui est une partie importante de New York. Les chercheurs estiment que l'eau qu'il contient pourrait alimenter le Nil pendant 80 ans !

C'est bien un passage à travers ce "miracle de la nature" que recherchaient tant le Krassine que le Polar Star. Soudainement, la température a baissé brusquement. Le Krassine devait briser la glace autour des bateaux diesel des convois fin qu'ils ne fussent pas pris au piège par les glaces.

"Si notre brise-glace n'avait pas réussi à conduire les bateaux vers la station, son personnel, un millier de chercheurs, auraient dû être évacué, ce qui aurait mis en veilleuse le programme d'observations scientifiques échelonné sur plusieurs années", explique Evgueni Ambrossov, directeur général des Messageries d'Extrême-Orient.

Il estime que personne dans le monde, sauf les Russes, ne possède une aussi grande expérience de "travail sur les brise-glaces".

Et c'est vrai. Le "frère aîné" du Krassine d'aujourd'hui fut construit aux chantiers navals britanniques Armstrong&Wittworth en 1916, sur commande de la Marine russe. Par ses dimensions et sa puissance, le Sviatogor correspondait entièrement à la stature du géant légendaire russe dont il portait le nom. Mais il frappait aussi les contemporains par sa perfection technique. Avec ses trois ponts, son étrave et son étambot inclinés à 25°, ce brise-glace avait un déplacement de 10 000 tonnes. Mesurant 99,8 mètres de longueur et 21,6 mètres de largeur avec une puissance de plus de 10 000 CV, le bateau développait en eau libre une vitesse de 15 noeuds et surmontait des banquises d'une épaisseur de 4 à 5 mètres.

Grâce à ses performances uniques, le Krassine a servi dans la Flotte arctique russe jusqu'au début des années 1950, restant le brise-glace le plus puissant du monde.

Son " héritier ", le Krassine II, s'apprête, dès avril, à conduire des convois commerciaux dans les eaux russes du secteur nord du Pacifique.

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