Nous vous promettons de ne rien oublier

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En prévision de la visite officielle en Slovaquie du président russe Vladimir Poutine, RIA Novosti a reçu cette lettre d'Andrej Cervenak, docteur ès lettres, professeur à l'Université de Nitra et spécialiste de la langue russe:

"Ces derniers temps, les observateurs politiques slovaques soulèvent la question de savoir quel cap doit choisir la Slovaquie: s'orienter vers l'Ouest ou vers l'Est? Mais on oublie un fait: tout pays est en premier lieu orienté sur lui-même, les orientations extérieures étant secondaires, même si, bien sûr, il existe des différences, à l'extérieur comme à l'intérieur, entre l'Ouest et l'Est, le Nord et le Sud...

Moi, par exemple, je suis né dans l'est de la Slovaquie, mais le sort m'a fait déménager à l'ouest. Ainsi, je vis à l'ouest, mais mon âme est demeurée à l'est. Dès que je me retrouve à l'est, je sens que mon cœur est à l'ouest. En voyageant dans l'est de la Slovaquie, je me rends souvent au cimetière militaire de Svidnik où sont enterrés des soldats soviétiques morts pour la liberté de ma patrie. Quand je suis à l'ouest, je viens me recueillir devant le mémorial militaire de Slavin où gisent aussi des soldats soviétiques qui ont donné leurs vies pour que mon peuple et moi-même puissent vivre libres...

Quand j'allais voir ma mère, à l'est, elle m'embrassait avec émotion, et je ressentais de la joie et de la douleur. De la douleur parce que je me souvenais des millions de soldats russes et soviétiques qui ne pouvaient pas embrasser leurs mères... Quand je revenais à l'ouest, ma fille me sautait au cou pour m'embrasser, et je ressentais la même joie et la même douleur. Parce que les milliers de soldats russes et soviétiques ensevelis à Slavine (Bratislava) ne pourront jamais éprouver la joie de retrouver leurs enfants et petits-enfants.

Eux sont morts et moi je vis. Au nom de quoi? Ces questions viennent à l'esprit de tous ceux qui se rendent à Svidnik et à Slavin. Chacun voit à sa façon le sens de la vie. Mais chacun ressent qu'il continue la vie de son père et de sa mère. On porte dans son cœur le destin de celui qui vous a donné la vie. Ceux qui dorment d'un sommeil éternel dans les cimetières de Svidnik et de Slavin n'ont-ils pas donné la vie aux Slovaques? Comment oublier ce morceau de pain dont un soldat soviétique s'est privé en voyant l'enfant affamé et déguenillé que j'étais le regarder manger? Aujourd'hui, il n'est sûrement pas à Svidnik. Gît-il à Slavin, dans notre terre slovaque? C'est ce à quoi je pense quand je reviens me recueillir devant le mémorial de Slavin...

Quel est donc le sens de ma vie?

Je suis l'héritier de l'histoire des contacts slovaco-russes... Dans la conscience de mes compatriotes, comme dans la mienne, la Russie, tout ce qui est russe ou slave fait partie intégrante de notre essence et de notre fierté nationales. Nos esprits éclairés, leurs dizaines et centaines de disciples ont bâti le temple de la culture nationale en se fondant sur la culture russe, en y puisant leurs idées spirituelles, celles du Bien, de la Vérité et de la Beauté...

Pendant la Première Guerre mondiale, mon grand-père s'est retrouvé en Russie où, parmi d'autres prisonniers de guerre, il travaillait dans les champs. Avant de labourer son premier sillon, il tournait son regard vers l'est, vers la source de la vie, vers le Soleil, et soupirait: "Ô Russie... qu'elles sont noires, tes terres!" Pendant la Seconde Guerre mondiale, mon grand-père suivait d'un œil hostile les blindés hitlériens et murmurait: "Non, ce n'est pas possible..." Il sentait que ces blindés bourrés d'armes ne voulaient pas exterminer que la Russie, mais aussi sa foi à lui, sa culture à lui, que des milliers de générations de Slovaques avaient forgée.

Non, le peuple slovaque n'a rien oublié.

Je n'avais que neuf ou dix ans, je ne pouvais donc pas m'en rendre compte, mais plus tard j'ai appris que l'Allemagne nazie a voulu exterminer l'Europe toute entière, la Russie, les Juifs et les Slaves. Vingt millions de Soviétiques ont donné leurs vies pour mettre fin à cette barbarie.

Maudite soit l'amnésie si elle se cache dans un cœur slovaque!

En cette veille du soixantième anniversaire de la fin de la Seconde Guerre mondiale dans laquelle la force et la vérité du bloc antinazi a pris le dessus, je dépose en pensée soixante roses rouges sur toutes les tombes qui abritent ceux qui ont lutté contre le nazisme. En silence, les larmes aux yeux, je fleuris les tombes des soldats russes et soviétiques qui dorment d'un sommeil profond dans les cimetières de Svidnik et de Slavin. La pierre et la parole immortalisent la mémoire de ces victimes. N'oublions donc pas et gardons présents dans nos âmes les nobles exploits qu'ils ont accomplis au nom du triomphe de la raison et de la justice.

Que la terre slovaque vous soit légère, chers frères et sœurs!

Nous vous promettons de ne rien oublier..."

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