Moscou travaille sur les "erreurs" ukrainiennes

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MOSCOU, 8 février. (Par Vassili Zoubkov, commentateur économique de RIA Novosti). Faire de la Russie une puissance mondiale est une priorité absolue de Vladimir Poutine et de ses successeurs, a déclaré Gleb Pavlovski, président de la fondation pour une politique effective, au cours d'une conférence de presse donnée au siège de RIA Novosti.

Selon ce politologue de renom, "parvenir à cet objectif sera malaisé du moment qu'actuellement la Russie est une puissance d'intérêt régional, affaiblie de surcroît et avec une économie reposant sur les matières premières. Au Kremlin on est pleinement conscient que la situation ne pourra être modifiée qu'en coopérant avec les voisins, avec lesquels les liens économiques et politiques n'ont cessé de se décrépir durant ces quinze dernières années. Pour ce faire on a imaginé la création d'un Espace économique unique (EEU) pour les quatre pays les plus développés de la Communauté des Etats indépendants (CEI): Russie, Biélorussie, Ukraine et Kazakhstan. Cette union interétatique affichant une population de 220 millions d'âmes fournit le gros du produit industriel brut et du commerce extérieur de la CEI.

Bien qu'encore très imparfait, ce projet d'EEU a suscité une réaction négative de la part de l'Occident, réaction à laquelle il fallait s'attendre d'ailleurs. Car c'est ainsi que l'on réagit aux Etats-Unis et en Europe à toute tentative de renforcement, sous l'égide de la Russie, de l'intégration économique et militaire des Etats situés à l'intérieur des frontières de l'ancienne Union soviétique. Les affirmations réitérées selon lesquelles en créant l'EEU la Russie entendait "reconstituer une nouvelle URSS" induisent bien sûr en erreur l'Occident. L'Etat communiste avait été bâti sur une idéologie et l'assujettissement à la gestion économique planifiée. Présentement la Russie est bien engagée dans la voie des mutations de marché et a renoncé à l'idéologie marxiste. Les objectifs visés par Moscou sont simples: utiliser aumaximum les avantages présentés par la coopération et les liens économiques historiques tissés avec les Etats voisins. La chose est peut-être paradoxale, mais l'exemple pour la Russie a été l'Union européenne, l'entité la plus avancée en matière d'intégration interétatique.

Pour les analystes politiques la question numéro un est incontestablement de savoir quel sera l'avenir des rapports russo-ukrainiens. Mais les économistes et les chefs d'entreprise, eux, s'intéressent à ces choses plus terre à terre: sans l'Ukraine, l'EEU pourra-t-elle exister en tant qu'organisation économique internationale cohérente? Les projets de coopération globale des deux pays dans les secteurs aérospatial et militaire vont-ils être abandonnés?. Le monde des affaires russe ne va-t-il pas pâtir du changement de pouvoir en Ukraine?

Les premières déclarations de Kiev concernant l'orientation sur l'Union européenne et la "correction" de l'idée de l'EEU ont été perçues par beaucoup à Moscou comme une allusion "claire" à l'abandon du projet. Par exemple, le docteur ès sciences économiques Mikhaïl Deliaguine, directeur de l'Institut de globalisation, estime que le projet d'EEU sera progressivement abandonné en raison de la réorientation des nouveaux dirigeants ukrainiens sur l'UE. On ne saurait s'intégrer simultanément dans deux espaces économiques, aussi différents de surcroît, pense le chercheur.

Les prévisions de Gleb Pavlovski concernant le développement de l'EEU sont intéressantes sur ce plan. Il a indiqué, entre autres choses, qu'il n'était pas d'accord avec ceux qui prétendent que l'EEU avait été conçu à bien des égards "aux mesures de l'Ukraine". Le projet d'Espace économique unique a été imaginé et mis en oeuvre en fonction du haut niveau d'intégration des économies des quatre Etats. Au demeurant, chacun de ces derniers détermine lui-même le degré de sa participation au projet. Cependant, indique Gleb Pavlovski, à la lumière des derniers événements en Ukraine l'EEU va être soumis à rude épreuve.

La "révolution orange" et le changement des dirigeants ukrainiens n'ont pas été sans incidences douloureuses pour le Kremlin. Celui-ci travaille d'arrache-pied sur les "erreurs" commises. Ainsi, Gleb Pavlovski est persuadé que désormais la Russie veillera davantage à ce que ses liens bilatéraux et multilatéraux ne soient pas utilisés pour siphonner les ressources de la Russie au profit d'autres pays.

De nombreux analystes rejoignent Gleb Pavlovski pour penser que si l'EEU va devoir être reconsidéré en profondeur, il ne faut en aucun cas l'abandonner. Beaucoup estiment que ses paramètres et son calendrier peuvent être modifiés, que des groupes y verront le jour et se développeront à des vitesses différentes.

Effectivement, par complaisance vis-à-vis de l'Occident Kiev peut revoir à la baisse le niveau de sa participation à l'EEU. L'efficacité de l'intégration s'en trouvera affaiblie, certes, mais essentiellement pour l'Ukraine. Dans ce cas l'EEU pourrait prendre le format 3+1. Le ministre russe de l'Industrie et de l'Energie, Viktor Khristenko, lui aussi envisage l'avenir de l'EEU avec optimisme. C'est un projet parfaitement compétitif pouvant très bien être poursuivi sans la participation pleine et entière de l'Ukraine.

Le ministre ne manque pas d'arguments pour penser ainsi. L'EEU n'est pas un projet conjoncturel, il serait prématuré de le mettre au rebut. Il en est de même pour les relations économiques russo-ukrainiennes. Comme toute crise politique, la "révolution orange" a eu des retombées négatives sur les liens économiques bilatéraux.

Les manifestations permanentes n'ont pas permis d'atteindre la barre des 18 milliards de dollars fixée pour les échanges l'année dernière. Cependant, le chiffre de 16 milliards obtenu (plus 41,6 pour cent par rapport à l'année précédente) est tout de même appréciable! Cet indice place Kiev à la troisième place derrière Minsk et Berlin.

Par conséquent, les nouveaux dirigeants ukrainiens ont trop peu de raisons valables pour renoncer à la coopération avec la Russie. Qui plus est, la position incertaine de l'Union européenne concernant la participation de l'Ukraine à l'UE (elle n'y entrera pas avant au moins dix ans) est un sérieux argument à même d'inciter Kiev à ne pas rompre les liens intégrationnistes avec la Russie et les autres membres de l'EEU.

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