MOSCOU, 8 février. (Viatcheslav Lachkoul, commentateur de RIA-Novosti). La situation géographique avantageuse de la Russie, possédant, en outre, un réseau de transport très ramifié et une frontière extrêmement longue, rendant souvent difficile le contrôle au passage, ne restent évidemment pas inaperçus par les criminels internationaux qui ne manquent pas d'en tirer profit. Les contrebandiers s'emploient à exploiter à leurs fins le trafic passagers et marchandises de plus en plus intense à travers les frontières de la Fédération de Russie. Selon les analystes au Service fédéral chargé de contrôler le commerce des substances narcotiques et des produits psychotropes (FSKN), le narcotrafic se fait le plus souvent par routes automobiles - plus de 70%. 20% en reviennent aux chemins de fer. Les narcotrafiquants utilisent aussi des transports aérien, fluvial et maritime.
Une bonne partie de stupéfiants viennent en Russie via sa Région fédérale du Sud. Ainsi, l'héroïne d'Afghanistan et d'Asie Centrale, vient dans le pays à travers les régions de Volgograd et d'Astrakhan. Plus de la moitié de l'opium vient de l'étranger dans les régions centrales du pays à travers la frontière du Daghestan et de l'Azerbaïdjan. Les frontières administratives de cette Région fédérale (ce qui dépasse en tout 4 000 kilomètres) sont "perméables" par endroits, alors que l'intensité de la circulation des personnes et des marchandises y est plus que considérable.
Des groupes criminels ethniques - tadjiks, ouzbeks, tziganes, azerbaïdjanais et tchétchènes - constituent un problème particulièrement grave pour les narcopoliciers dans le Sud de la Russie. De tels groupes ethniques constituent plus de la moitié des 276 gangs connus des structures russes, chargées de faire respecter la loi. C'est que ces groupes criminels ethniques ne reconnaissent pas les frontières, ont des liens stables avec des pays étrangers, possèdent leurs propres canaux de contrebande de stupéfiants, se livrent à des fournitures et au commerce de gros. Comme RIA-Novosti en a été informée auprès de l'un des responsables du FSKN, Viatcheslav Ovietchkine, ces groupes prennent énergiquement sous leur contrôle le narcotrafic dans tous les sujets de la Région fédérale du Sud. L'année dernière, les organes de l'Intérieur ont coupé court aux agissements d'une trentaine de groupes de ce genre. Comme il a été établi, une partie des profits, tirés de la vente de stupéfiants, va à l'entretien des formations paramilitaires illégales.
Selon les experts du FSKN, tous les jours, jusqu'à une dizaine de kilogrammes d'héroïne sont transférés depuis l'Asie Centrale en Russie. Les gardes-frontières et les narcopoliciers de la Fédération de Russie ont, par exemple, découvert que les contrebandiers avaient jeté des emballages avec de l'héroïne afghane du train "Douchanbé-Astrakhan" dans la "zone neutre" de 37 kilomètres entre les frontières du Kazakhstan et de la Russie. Cette filière n'existe plus aujourd'hui. La lutte contre le narcocrime international dans la Région fédérale du Sud a eu pour résultat la répression des activités de plus d'une vingtaine de groupes criminels. 56 étrangers ont été poursuivis en justice. A la dernière étape de l'opération d'envergure "Kanal", effectuée par les organes judiciaires et de sécurité des territoires frontaliers du Sud de la Russie, plus de 700 individus ont été traduits en justice. On leur a confisqué plus de 530 kilogrammes de stupéfiants et 250 pièces d'arme. Dans le courant de cette même année, on a saisi sur les narcocriminels des canons d'aviation avec obus, des lance-roquettes, des dizaines de projectiles, de mitraillettes, de pistolets et une forte quantité d'explosif.
Le pavot que l'on utilise également en pâtisserie est devenu un très sérieux problème pour les policiers dans leur lutte contre les narcotrafiquants. C'est que l'on importe tout à fait légalement du pavot de la Tchéquie, de la Turquie et de la Hollande, et on en trouve même dans le commerce de détail. Plus de 90% des toxicomanes dans le territoire de Krasnodar et en Ossétie du Nord se droguent en opium extrêmement toxique, tiré notamment de ce pavot. A l'heure actuelle, le FSKN conjointement avec les douaniers et le ministère du Développement économique et du Commerce (MDEC) de Russie sont en train d'élaborer un mécanisme pour en finir avec ces importations de pavot. Or, dans le climat propice du Sud de la Russie, le chanvre et le pavot ne poussent évidemment pas tout seuls, loin s'en faut. On en a découvert des plantations de plusieurs hectares, cultivées, d'ailleurs, industriellement avec l'usage de machines agricoles, d'engrais et d'herbicides. Qui plus est, une fois rentrée, la récolte de plusieurs tonnes en est emballée dans des tonneaux métalliques pour stockage. Ainsi, tout récemment encore, on a confisqué à des "narcofermiers" dans la région de Rostov-sur-le-Don plus de 60 kilogrammes de marijuana et un demi-million de roubles de recettes (essentiellement lors du transport par route automobile).
Somme toute, la lutte efficace contre le narcotrafic n'est devenue possible que grâce au travail concerté de la police, de la douane et des gardes-frontières. Un autre élément très important dans le système de répression du narcotrafic, y compris aux transports, c'est la création de "ceintures de sécurité" aux frontières avec l'Afghanistan, activité qui est reprise, parallèlement à la Russie, par l'Iran, l'Ouzbékistan, le Tadjikistan et d'autres Etats.