Aggravation de l'autoritarisme en Géorgie

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MOSCOU, 8 février (par Arseni Palievski, commentateur de RIA-Novosti). Zourab Jvania n'est plus. Les circonstances de cette tragédie ne sont pas encore complètement élucidées. La question principale qui n'a pas de réponse explicite se résume à ceci: A quels changements doit-on s'attendre désormais dans la composition de la direction géorgienne et, par conséquent, dans la politique même du pays?

Nul n'ignore, en effet, que Zourab Jvania a rempli en quelque sorte le rôle d'un tampon qui amortissait des heurts politiques auprès du Président de la Géorgie, Mikhaïl Saakachvili, très enclin à des faits et gestes radicaux. Ainsi, fait remarquer le directeur de l'Institut international d'études politiques et humanitaires, Viatcheslav Igrounov, la politique de "charge de cavalerie" à l'égard de l'Ossétie du Sud n'était pas beaucoup appréciée par feu le Premier ministre qui était, d'ailleurs, une figure politique de taille.

"Force est de reconnaître que Mikhaïl Saakachvili et Zourab Jvania avaient de très graves divergences, poursuit l'expert. Si le premier tendait manifestement à la déstabilisation, voire la révolution, le second, par contre, n'aspirait qu'à la stabilité. C'est sans doute l'une des raisons pour lesquelles, une certaine tension se manifestait dans les relations entre les deux hommes. Et c'est justement pourquoi à un certain moment, Mikhaïl Saakachvili a commencé à remplacer par ses propres protégés les gens de Zourab Jvania. Un exemple des plus éclatants en est sans doute le remplacement du ministre de la Défense, Gueorgui Baramidzé, par Irakli Okrouachvili".

A signaler que l'éventuelle nomination d'Irakli Okrouachvili au poste de Premier ministre de la Géorgie pourrait, selon les politologues russes, avoir pour effet une brusque radicalisation de la politique, tant extérieure qu'intérieure, de ce pays. Alexandre Khramtchikhine, expert à l'Institut d'Analyse politique et militaire, qualifie de tout à fait "inertiel" un tel scénario. "Irakli Okrouachvili peut s'avérer beaucoup plus dur que Zourab Jvania. Qui plus est, en cas de sa nomination à ce poste, il n'est pas à exclure que la Géorgie puisse être entraînée dans une guerre, ce qui serait très mauvais pour ce pays même", a résumé l'expert russe.

Il est tout aussi décevant qu'à peine une année après le triomphe retentissant d'une "révolution démocratique", la Géorgie est en train de s'enliser dans l'autoritarisme. "Tout gouvernement révolutionnaire possède inévitablement un tel potentiel. Et dans cette situation où la Géorgie s'est retrouvée aujourd'hui, quand il n'y a pas de figure politique, égale à celle de Mikhaïl Saakachvili, ce dernier ne manquerait sans doute pas de concentrer entre ses mains tous les leviers du pouvoir", estime Anatoli Beliaiev, expert au Centre de conjoncture politique.

De son côté, Viatcheslav Igrounov a évalué comme très "symptomatique" la décision de Mikhaïl Saakachvili d'assumer parallèlement les fonctions de Président et de Premier ministre du pays. "Autrement dit, c'est une concentration de plus en plus évidente du pouvoir et le recul tout aussi évident de l'esprit même de la démocratie, car l'exécutif y est en train de devenir par trop puissant. Et même si, dans un certain temps, le nouveau Premier ministre est désigné en Géorgie, il ne sera certes pas un tel contrepoids à l'autoritarisme de Mikhaïl Saakachvili comme Zourab Jvania a été jusqu'à tout dernièrement - ce très adroit homme politique qui possédait une multitude de rapports et une richissime expérience de la manœuvre. Il ne reste pratiquement plus de telles figures politiques en Géorgie. Pour ce qui est de Nino Bourdjanadzé, elle n'est pas à même de faire face à l'assaut de Mikhaïl Saakachvili. En outre, les possibilités du Parlement géorgien ne sont plus les mêmes que quand Nino Bourdjanadzé a figuré parmi les leaders de la "révolution des roses"", est l'avis de Viatcheslav Igrounov.

Or, il est fort peu probable que le renforcement de l'autoritarisme dans l'un des Etats en Transcaucasie trouve de la sympathie auprès de l'actuelle administration républicaine du Président des Etats-Unis, George W. Bush, qui vient de proclamer une ligne en vue de promouvoir la démocratie partout dans le monde. Quant à l'Europe, en la personne de l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe (APCE), elle a d'ores et déjà exprimé son insatisfaction face à l'évolution actuelle des processus politiques en Géorgie. Tout porte à croire, par conséquent, qu'en réalisant ses propres ambitions politiques, Mikhaïl Saakachvili risque bien de perdre l'appui de l'Occident.

Il n'en est pas cependant moins vrai que le Président de la Géorgie aurait déjà pu remettre en doute un appui sans réserve de l'Occident au cours du récent voyage plus long que prévu de feu Zourab Jvania aux Etats-Unis. A ce qu'il paraît, les Américains auraient alors regardé avec attention le modéré Jvania à titre de candidat pour remplacer le radical Saakachvili.

Bien qu'il n'y ait apparemment pas à présent en Géorgie d'alternative réelle à Mikhaïl Saakachvili, on peut bien s'attendre à la consolidation de l'opposition au sein même de la société géorgienne dans les jours à venir. A l'avis de Viatcheslav Igrounov, "c'est justement la modération de Zourab Jvania qui a retenu autour de la "troïka" révolutionnaire bon nombre de politiques. Alors que désormais, beaucoup n'en manqueraient sans doute pas de manifester leur opposition".

Le chef du secteur de la géopolitique à l'Institut de l'économie mondiale et des relations internationales de l'Académie des Sciences de Russie, Sergueï Kazennov, va encore plus loin dans ses prévisions, en estimant notamment que l'actuelle "pinochetisation" du pouvoir en Géorgie serait suivie sou peu d'une autre révolution. "On perçoit à l'horizon une nouvelle rotation de cadres dirigeants dans ce pays au plus haut niveau, rotation qui va se faire avec le concours de ce même Occident", prédit l'expert.

Pourtant, cesera déjà à plus tard. Alors qu'aujourd'hui, nous avons reçu une Géorgie encore plus radicale, encore plus encline à des réactions impulsives. Et cette dernière circonstance tend à provoquer des tensions, tant à l'intérieur du pays que dans les relations entre Moscou et Tbilissi.

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