Izvestia
Andreï Illarionov: l'adhésion de la Russie au Protocole de Kyoto est une erreur stratégique
Un mois après avoir été destitué de son poste de représentant du président russe au G8, Andreï Illarionov a pour la première fois fait état des raisons de son départ. Dans une interview aux "Izvestia" le conseiller économique de Vladimir Poutine admet qu'en ce qui concerne le Protocole de Kyoto son point de vue avait divergé de celui du pouvoir.
Pour Andreï Illiaronov, le travail d'un conseiller consiste à donner des conseils qui ne coïncident pas toujours avec ce que l'on présente comme étant l'opinion du président. Le conseiller du président n'est pas un conciliateur.
Le haut fonctionnaire a annoncé que la raison essentielle de sa démission était son opposition à la ratification du protocole de Kyoto. Une fois cette décision prise, Andreï Illarionov a estimé impossible de continuer à assumer ses fonctions, car autrement il aurait été contraint de s'impliquer dans la création du système de Kyoto en Russie et, partant, de causer un immense préjudice à son propre peuple.
Andreï Illarionov est persuadé qu'en Russie on mésestime le danger du protocole de Kyoto et l'importance de la lutte contre le réchauffement du climat. Rien ne permet d'affirmer que les changements du climat insignifiants observés au cours du siècle écoulé sortent du cadre de ses variations naturelles produites au fil de millions d'années.
De l'avis d'Andreï Illarionov, les mesures proposées par les gouvernements européens impliquent une réduction du potentiel économique de la Russie de l'ordre de 70-80 pour cent par rapport à 1990. Pour ce qui est des quotas de rejets dans l'atmosphère, que la Russie pourrait vendre, d'ici à 2011 elle n'aura plus rien à offrir. Qui plus est, selon les critères soumis à l'approbation du G8, après 2012 la Russie devra réduire de 90 pour cent ses rejets de gaz carbonique dans l'atmosphère. Pour ce faire, ilfaudra diminuer de trois fois l'activité économique et, partant, les revenus de la population. Pour Andreï Illarionov, l'adhésion de la Russie au Protocole de Kyoto est une erreur stratégique.
Par ailleurs, il a indiqué que sa mission en qualité de représentant du président au sein du G8 il l'assumait déjà au mois de juin 2002, quand Vladimir Poutine avait été admis au club en tant que membre de plein droit.
Kommersant
L'Iran a choisi le bon moment pour rouler les mécaniques
Hier, le secrétaire du Conseil suprême de sécurité nationale iranien, Hassan Rohani, a déclaré que si les Etats-Unis ou Israël effectuent des frappes contre les ouvrages nucléaires iraniens, Téhéran opposera sans faute une riposte. Pour la première fois, les autorités iraniennes ont menacé Washington de recourir aux armes nucléaires, estime le quotidien Kommersant.
On peut douter des menaces formulées par Téhéran, mais rappelons que celles de Saddam n'étaient pas absolument privées de fondement, vu que les troupes américaines se sont enlisées en Irak. L'Iran a des moyens et des variantes de résister : sans trop d'efforts, il peut couper le transport de pétrole et faire s'effondrer le marché, et alors le monde pourra s'en mordre les doigts.
Une autre variante est possible : les Américains quittent la région comme ils ont quitté jadis le Vietnam. L'influence iranienne connaît alors une croissance immédiate, compte tenu que les Etats-Unis ont frappé en Afghanistan et en Irak sur les talibans et Saddam Hussein, les principaux adversaires de Téhéran.
Il semble que les Américains ne veulent pas pour le moment entamer une nouvelle campagne militaire ayant encore d'autres chats à fouetter en Irak. D'autre part, ils souhaitent arrêter la croissance de l'influence iranienne et faire Téhéran renoncer à ses programmes militaires dont l'existence n'est reniée par personne. En attendant, le jeu se fait au niveau diplomatique.
L'Europe participe, elle aussi, à ce jeu. Elle peut lancer à l'Iran un ultimatum concernant la suspension des programmes militaires et menaçant de le frapper de sanctions. Cependant, tous les pays ne sont pas prêts à les respecter. La Russie semble se proposer de faire son jeu jusqu'au moment où il sera impossible de rester sans opinion. Parce que si l'Iran avait le dessus, la Russie pourrait toucher des dividendes comparables à ceux qu'elle peut gagner en s'alliant aux Etats-Unis.
La Russie et l'Europe restent dans l'expectative. Mais les Américains ne semblent pas avoir pris une décision, aucune des variantes n'étant convenable. Téhéran a choisi le bon moment pour rouler les mécaniques et rappeler l'importance de la question.
Novye Izvestia
Les pays de la CEI ont devancé la Russie par les taux d'accroissement du PIB
D'après les données publiées hier par le Comité des Statistiques de la CEI (Communauté des Etats Indépendants), par l'accroissement du produit intérieur brut, la Russie le cède à presque tous les pays de la Communauté, lit-on dans les "Novye Izvestia".
L'Ukraine vient en tête pour l'accroissement du PIB en 2004 (12 %). Ensuite, suivent la Biélorussie (11 %), le Tadjikistan (10,6 %), l'Azerbaïdjan (10,2 %) et l'Arménie (10,1 %). Les indices plus bas ont été enregistrés au Kazakhstan (9,4 %), en Géorgie (8,4 %) et en Moldavie (7,3 %). La Kirghizie a le même résultat. Le Comité des Statistiques n'a pas de données sur la Turkménie et l'Ouzbékistan.
Il s'avère que la Russie et la Kirghizie occupent la dernière place.
Le vice-ministre du Développement économique Andrei Charonov prie de ne pas comparer la Russie avec les outsiders du développement économique, en faisant remarquer que le doublement de la croissance économique ne signifie pas que la vie s'améliore.
Vassili Solodkov, un des responsables de l'Ecole supérieure de l'économie, a rappelé que les pays de la CEI, sauf la Turkménie et l'Azerbaïdjan, ne dépendaient pas de l'exportation de matières énergétiques. "Cela veut dire qu'il leur a fallu mettre en uvre les réformes tant bien que mal pour se tirer d'une crise", explique-t-il. D'autre part, poursuit-il, en ce moment, on assiste en Russie à une forte monopolisation: trois ou quatre monopoles assurent 80 % du PIB. Les monopoles de production de matières premières n'ont pas besoin de développement, ce qui rabaisse la croissance de la Russie.
Les experts reconnaissent que le potentiel du développement de la Russie n'est pas inférieur à celui des ex-républiques de l'URSS, mais qu'il est considérablement réduit par la politique économique appliquée.
Les analystes avertissent qu'il est fort probable qu les voisins devancent de plus en plus la Russie par les cadences de développement.
Nezavissimaïa gazeta
Les troubles sociaux ont profité aux architectes des parties politiques
La nouvelle loi "Des Partis politiques" a relevé le nombre obligatoire des adhérents des partis fédéraux en le portant à 50 000 personnes. Cependant, aucun parti n'a réussi à se faire enregistrer conformément aux nouvelles règles. Les chances de se faire inscrire au registre fédéral restent minimes même pour des architectes politiques largement connus comme Irina Khakamada. Le ministère de la Justice ne cache pas que cette situation convient parfaitement au pouvoir exécutif, annonce le quotidien "Nezavissimaïa gazeta".
D'ailleurs, l'enthousiasme des bâtisseurs de partis nouveaux ne décroît pas. Ainsi que l'explique Oleg Chéine, député à la Douma, l'effervescence du mouvement social provoquée par la monétisation des avantages en nature permet d'espérer que son Parti de la solidarité de travail aura sa place sous le soleil.
La présidente de l'Union des comités des mères de soldat, Valentina Melnikova, se déclare persuadée que la politique sociale des autorités favorisera le développement des partis politiques. "Rassembler sous nos couleurs 50 000 personnes n'est pas une tâche facile pour nous. Mais compte tenu des protestations générales des retraités, des étudiants et des militaires, nous ne manquerons pas d'adhérents", a-t-elle affirmé.
Le parti d'Irina Khakamada, "Notre Choix", compte actuellement plus de 13 000 membres. "L'essentiel, pour fonder un parti, n'est pas le racolage mais la question de savoir ce qu'on doit faire lorsqu'on aura cinquante mille adhérents", estime Natalia Borodina, présidente du comité exécutif de "Notre Choix". C'est pourquoi la première question de l'ordre du jour est celle de la réunification de tous les démocrates au sein d'une force commune", a-t-elle déclaré.
Les partis déjà représentés à la Douma n'oublient pas eux non plus la nécessité de renforcer leurs rangs. Certes, Russie Unie n'a aucune raison de s'inquiéter, ce parti est hors concurrence. Mais en ce qui concerne le KPRF (il a annoncé en janvier compter 182 049 membres), ce parti n'a porté sur ses listes officielles que les gens qui peuvent se signaler sans craindre des persécutions politiques. Ainsi que l'a expliqué un porte-parole du comité central du KPRF, les dirigeants de ce dernier n'excluent pas une telle éventualité, surtout dans les régions. Le LDPR de Jirinovski n'a pas l'intention de dépasser le "plan" : le parti annoncera chaque fois l'importance des effectifs exigée par la loi. Le leader du parti de la gauche patriotique Rodina, Dmitri Rogozine, a annoncé en janvier que son parti avait déjà atteint le seuil des 50 000 adhérents.
Izvestia
La Banque de Russie s'attaque au dollar
La Banque centrale de Russie (BCR) a annoncé l'adoption depuis le 1er février d'un "point de repère bimonétaire" pour déterminer sa politique des cours et confirmé ainsi officiellement qu'elle commence à contrôler le cours du rouble en tournant le regard à la fois vers le dollar US et la monnaie européenne unique. Il peut en résulter un affaiblissement plus rapide du billet vert par rapport au rouble, prévient le quotidien "Izvestia".
Le nouveau panier de monnaies de la Banque centrale se compose de 87% de dollars et de 13% d'euros. Ce rapport sera modifié graduellement jusqu'à ce que les deux monnaies ne prennent à peu près le même poids.
D'après un expert de la société d'investissement Troïka Dialogue, Anton Stroutchenevski, l'analyse de la dynamique des cours du rouble face au dollar et à l'euro montre que la BCR utilise la bimonétarité depuis longtemps déjà, au moins depuis 2003.
Le but en est de ralentir le rythme de renforcement du cours réel du rouble afin de maintenir la compétitivité de l'économie russe dans tous les segments de son commerce extérieur et non seulement dans les secteurs dollarisés. Cette année, la BCR se propose de limiter le renforcement du cours réel efficace du rouble à 8%. Bien que ce cours ait été déduit du panier comportant 34 monnaies, son évolution se prête à la description au moyen du modèle bimonétaire (dollar-euro) parce que beaucoup de pays rattachent leur politique monétaire à ces deux monnaies principales. Leur rapport dans ce modèle est d'environ 40% de dollars et 60% d'euros. D'après Anton Stroutchenevski, le marché russe s'oriente dès maintenant sur cette "influence" relative des monnaies.
Les analystes de la société UFG estiment, quant à eux, que la diminution du poids du dollar dans le panier de la Banque de Russie peut inciter le rouble à se renforcer plus rapidement que d'habitude face à la monnaie américaine. L'attaque du rouble croissant contre le dollar aura pour moteur le solde positif important de la balance commerciale de la Russie et la reprise de l'afflux de capitaux.
Gazeta
Gazprom n'a aucune chance de récupérer la dette de l'Ukraine
La compagnie russe Gazprom est disposée à annuler les près de 280 millions de dollars que la corporation EES Oukraïna (Electricité d'Ukraine) lui doit pour des livraisons de gaz effectuées en 1996-1997, quand le holding était dirigé par Ioulia Timochenko aujourd'hui première ministre. Les experts estiment cette décision contrainte du moment que Gazprom n'a aucune chance de récupérer son argent, écrit le quotidien "Gazeta".
Sous la houlette de Ioulia Timochenko, EES Oukraïna était devenue le premier importateur ukrainien de gaz russe. En outre, EES était chargé de présenter à Gazprom les notes concernant le transport du gaz russe via le territoire ukrainien. Durant les deux années passées par Ioulia Timochenko à la tête de EES, la corporation était devenue le débiteur de Gazprom. Le vice-président du Conseil d'administration du consortium russe, Alexandre Riazanov, a annoncé lundi que l'annulation de la dette en question était envisagée.
Selon une hypothèse, cette somme la corporation ukrainienne la devrait pour des livraisons. Au demeurant, l'endettement vis-à-vis de Gazprom aurait pu venir sur le tapis au cours de l'enquête sur les magouilles avec des fonds du ministère russe de la Défense. En 1996, les gouvernements russe et ukrainien avaient signé un accord avec la participation de Gazprom et de EES Oukraïna en vue d'une extinction des créances réciproques. Dans le cadre de l'accord Gazprom avait contracté un crédit de 450 millions de dollars, après quoi cet argent était versé au ministère de la Défense, et celui-ci l'avait versé sur les comptes de la compagnie United Energy International, affiliée à EES Oukraïna, à titre de paiement de matériaux de construction. Cependant, les militaires ne les ont pas reçus. En 2001, un tribunal a fait droit à une action du ministère de la Défense en paiement de l'argent dû par EES Oukraina.
L'ancien patron de Gazprom, Rem Viakhirev, s'était résolu à fermer les yeux sur cette dette de quelque deux millions de dollars. Mais ce n'était pas dans les intentions de son successeur, Alexeï Miller. Cependant, le management de Gazprom n'a pas réussi à récupérer l'argent. Depuis la nomination de Ioulia Timochenko au poste de premier ministre, les chances du consortium russe se sont réduites à zéro.
Au vu de la situation prévalant aujourd'hui, Gazprom a une marge de manoeuvre très limitée, estiment les analystes.