Telle est l'opinion qu'a exprimée dans une interview accordée à l'agence RIA-Novosti le directeur exécutif de la banque Mitinoku, Toshimitsu Mori, commentant les résultats de la réunion du Conseil des sages qui a eu lieu à Tokyo les 2, 3 et 4 février 2005.
Le responsable a indiqué que les liens économiques entre les deux pays progressaient et qu'ils finiraient par se consolider. Mais les sociétés japonaises se montrent toujours méfiantes à l'égard du marché russe, a-t-il souligné tout en reconnaissant que les dirigeants russes se trouvaient dans une situation extrêmement difficile en faisant face à une énorme quantité de problèmes à résoudre.
Avant de s'implanter sur un marché étranger, les entreprises nippones procèdent à un examen minutieux du domaine qui les intéresse pour y créer un milieu favorable avant d'entamer un travail sérieux, selon Toshimitsu Mori.
"Gagner le gros lot et s'esquiver, ce n'est pas dans le genre des Japonais", estime-t-il.
A l'heure actuelle, au moment où la situation politique s'est stabilisée en Russie et que les indices macro-économiques sont positifs et encourageants, il y a plus de chances d'entamer des projets conjoints importants.
D'après Toshimitsu Mori, trois grandes entreprises japonaises peuvent jouer un rôle de premier plan. Il s'agit du constructeur automobile Toyota, du producteur d'énergie électrique Tokyo Denryoku et de l'aciérie Shin Nippon Seitetsu.
Toyota, estime le responsable, s'implantera sur le marché russe dans les deux ou trois années à venir. La société est actuellement en train d'étudier le marché et les propositions concernant la construction d'une usine automobile dans la région de Moscou, dans les environs de Saint-Pétersbourg ou à Nijni-Novgorod.
Toyota n'a pas l'air pressé, ce que démontre l'absence de résultats concrets dans les négociations qu'a menées hier le maire de Moscou, Iouri Loujkov, avec les dirigeants de l'entreprise.
Shin Nippon Seitetsu pourrait fournir des tuyaux pour les puits de pétrole en Sibérie, en Extrême-Orient et à Sakhaline. L'aciérie manifeste de l'intérêt pour ce projet, selon Toshimitsu Mori.
Tokyo Denryoku n'estime pas profitable pour le moment d'importer de grandes quantités de pétrole et de gaz provenant du plateau continental de Sakhaline, a-t-il ajouté.
Le développement des relations économiques entre la Russie et le Japon dépendra dans une grande mesure de l'attitude qu'auront ces trois entreprises à l'égard de la Russie, déclare le directeur exécutif de la banque Mitinoku. Si elles s'implantent en Russie, les autres sociétés suivront leur exemple, indique-t-il.
Répondant à la question de savoir si le gouvernement japonais s'apprête à empêcher les entreprises nippones de coopérer avec leurs partenaires russes, le responsable a exclu une telle possibilité.
"Il est bien entendu que le règlement du problème territorial (le Japon aspire à récupérer les quatre îles Kouriles du Sud annexées en 1945 suite à sa défaite dans la Seconde Guerre mondiale) et la conclusion d'un traité de paix rétabliraient les rapports de confiance, mais aujourd'hui, les considérations politiques ne peuvent survenir que dans le cas où la mise en oeuvre d'un projet macro-économique quel qu'il soit, d'un montant de dizaines de milliards de dollars, nécessiterait d'emprunter une somme au budget national", estime Toshimitsu Mori.
Il a hautement apprécié les efforts que déploie le président russe, Vladimir Poutine, en vue d'améliorer la situation économique en Russie. Selon lui, la balance des risques et des profits pour les entreprises japonaises commence à se pencher en faveur des hommes d'affaires nippons, malgré certaines incertitudes qui persistent en matière de responsabilités.