La diffusion d'une interview prolixe de Chamil Bassaïev par la chaîne de télévision britannique Channel 4 est une aide médiatique consciente et flagrante au terrorisme international.
Fait étonnant, ce n'est pas Chamil Bassaïev qui est à l'origine de cette émission, mais les journalistes de la chaîne. Ce sont eux qui ont cherché à donner la parole au responsable de la mort des 320 martyrs de Beslan à l'automne 2004, qui a revendiqué la prise d'otages dans un théâtre de Moscou en 2002, a abattu des dizaines de patients à l'hôpital de Boudionovsk en 1995 et a commis des dizaines d'autres crimes tout aussi odieux.
Nous avons affaire à un terroriste aussi important qu'Oussama ben Laden. La Russie a mis sa tête à prix pour 10 millions de dollars. Dans le même temps, une télévision britannique avait tellement envie de présenter sa "tête parlante" qu'elle a rédigé un questionnaire spécial qui a été transmis à un complice de Bassaïev dans une capitale européenne. Quatre mois après, les médiateurs britanniques ont finalement pu mettre la main sur un vidéo-disque contenant l'enregistrement d'un monologue de Chamil Bassaïev dans un petit magasin proche-oriental. D'un air nonchalant, le terroriste y annonçait qu'il était en train de préparer de nouveaux Beslan.
De fait, la télévision britannique l'aide à préparer ces crimes monstrueux.
La télévision a permis au terroriste d'informer le monde entier qu'il était en vie et prêt à recevoir une nouvelle aide financière de ses sponsors. On pourrait placer les étiquettes "Avec l'aimable contribution de Channel 4" sur les fonds et les armes que recevra Bassaïev.
Moscou a insisté pour que la télévision britannique renonce au rôle de porte-voix du terrorisme international en la personne de l'un des terroristes les plus odieux. Mais Londres a expliqué qu'il n'était pas en mesure d'influer sur une chaîne indépendante et qu'iln'avait pas l'intention de limiter la liberté de la parole, une explication bien noble. Or les journalistes britanniques savent trop bien que les dirigeants de Channel 4 et le Conseil des gouverneurs de la télévision publique BBC entretiennent des rapports très étroits avec le gouvernement et qu'ils sont toujours prêts à écouter ses recommandations.
A présent, le ministère britannique des Affaires étrangères peut dire que le "gouvernement britannique dénonce résolument les activités terroristes de Chamil Bassaïev" et rappeler que la Grande-Bretagne a consenti à porter son nom sur la liste noire du Comité contre le terrorisme de l'ONU. Mais cela ne cachera pas un fait évident: Londres classe soigneusement les terroristes en "bons" (menaçant la Russie) et "mauvais" (dangereux pour l'Occident).
L'administration d'occupation irakienne - rappelons que la Grande-Bretagne y joue un rôle clé après les États-Unis - ont rapidement fermé le bureau de la chaîne de télévision Al-Jazeera à Bagdad qui, selon elle, faisait de la publicité pour Oussama ben Laden. Mais Londres n'a rien contre la promotion de Chamil Bassaïev, parce que ses lance-roquettes ne visent pas l'Occident, mais la Russie.
La diffusion de l'interview de Bassaïev s'inscrit dans le prolongement des actions qui trahissent la politique à géométrie variable de Londres. La Grande-Bretagne a notamment octroyé l'asile politique à Akhmed Zakaïev, un ancien chef de guerre tchétchène, et a fourni une fausse identité au magnat russe Boris Berezovski, poursuivi par la justice russe, pour qu'il puisse se rendre en Géorgie.
Le 10 avril 1992, les terroristes de l'Armée républicaine irlandaise ont plastiqué le site du Baltic Exchange dans la City de Londres. Quelle serait la réaction des autorités britanniques, si la Première chaîne de télévision russe diffusait une interview du leader de la cellule terroriste de l'IRA responsable de l'attentat? Un homme en T-shirt noir portant l'inscription "Anticolonialisme" annoncerait calmement son intention d'effectuer une dizaine d'autres dynamitages tout aussi impressionnants.
Ce serait la liberté de la parole à l'anglaise.