Un état de partenariat se créait alors dans les rapports entre la Russie et les Etats-Unis. Mais vu l'inégalité et la différence des potentiels de ces deux puissances, ce partenariat était asymétrique. Dans certaines questions - la lutte contre le terrorisme, le contrôle des armements stratégiques et la non-prolifération des armes de destruction massive (ADM), ce partenariat était pratiquement égal, alors que sur d'autres problèmes - la situation dans certaines régions du monde, l'économie et les rapports monétaires, il existait dans les positions de Moscou et de Washington des différences énormes, voire insurmontables.
Quand en 2003, la Russie a refusé d'appuyer l'opération militaire des Etats-Unis en Irak contre le régime de Saddam Hussein, il s'est avéré, du jour au lendemain, que Moscou et Washington avaient des vues opposées concernant notamment l'Iran, la Géorgie et l'Ukraine, ainsi que les destinées mêmes de la démocratie et du monde en général. On a même eu l'impression que leurs divergences avaient été contenues très longtemps pour s'échapper d'un seul coup, en menaçant de faire revenir la "guerre froide".
Du point de vue de la sécurité internationale, la période des "relations difficiles" entre la Russie et les Etats-Unis s'est avérée très utile. Les hommes politiques ont enfin constaté que l'absence de discussions idéologiques ne signifiait pas automatiquement que les relations entre les deux puissances seraient stables et sans problèmes. Il apparaissait que le partenariat, notamment dans le contexte de l'asymétrie des parties, requérait énormément de travail, de patience et de loyauté l'un envers l'autre. Et si tout cela fait défaut, si pour x raisons le code du partenariat est violé, la situation peut dégénérer en conflit.
Aucun des officiels, que ce soit à Moscou ou à Washington n'a voulu reconnaître les complications évidentes dans les relations bilatérales. Par contre, tout au long de la crise en Irak, les deux puissances ont fait comme si tout dans le partenariat russo-américain restait inchangé. ?e comportement était dicté par les impératifs électoraux à l'approche des présidentielles dans les deux pays et par le refus manifeste de reconnaître que le mécanisme des relations bilatérales reposant sur des sympathies personnelles s'est avéré peu solide. Quoi qu'il en soit, aucune de leurs brèves rencontres n'a permis, depuis, à M. Bush et à M. Poutine de faire avancer leurs relations. Or, ils se sont rencontrés plusieurs fois. En Russie, aux célébrations du 300-ème anniversaire de Saint-Pétersbourg en mai 2003; aux Etats-Unis, en marge des travaux de la session de l'Assemblée Générale de l'ONU en septembre 2003; à la réunion de l'Association de coopération économique Asie-Pacifique (APEC) au Chili, en novembre 2004.
D'après les propos tenus par la nouvelle secrétaire d'Etat américaine, Condoleezza Rice, l'administration Bush se propose d'analyser très sérieusement ses relations avec Moscou. Et cela va se faire, de toute évidence, dans le cadre de la campagne lancée par le Président des Etats-Unis en vue de protéger et promouvoir la démocratie dans le monde entier. Vu la critique adressée, ces derniers temps, à Moscou, au sujet de l'interprétation des principes mêmes de la "démocratie", il est clair que la révision des relations avec Moscou ne sera pas facile.
C'est pourquoi la prochaine rencontre de Bratislava est nécessaire. Tout porte à croire que les présidents russe et américain vont essayer de faire le point des rapports actuels, de voir ce qu'il faut garder et développer et ce qu'il vaut mieux rejeter. De toute évidence, Washington va attirer l'attention de Moscou sur la nécessité de cesser de fermer les yeux sur la perplexité de l'Occident face à certains phénomènes de la réalité russe, qu'il s'agisse de l'affaire YOUKOS, de l'indépendance des médias ou d'autres chose.
Apparemment, Washington pourrait remettre à plus tard l'adoption de certaines décisions définitives concernant la manière d'organiser ses relations avec Moscou, obligeant ainsi la partie russe à se remuer et à réfléchir à sa propre conception des relations avec l'unique superpuissance du monde.
C'est en cela que réside en fait le sens du partenariat asymétrique où l'une partie définit et dispose, alors que l'autre attend et suppose.
Le point de vue de l'auteur ne coïncide pas forcément avec celui de la rédaction.