Une partie de la soirée a été consacrée à la remise de décorations aux lauréats du concours international "Holocauste: souvenir et avertissement" organisé tous les ans par le Fonds russe "Holocauste".
Selon Ilya Altman, coprésident du fonds, le jury du concours a reçu 450 ouvrages des écoliers, des étudiants et des instituteurs de 10 pays: la Russie, l'Ukraine, la Biélorussie, la Moldavie, le Kazakhstan, l'Ouzbékistan, Israël, l'Allemagne, les Etats-Unis et la Pologne. Quatre gagnants du concours - trois étudiants de Russie et un étudiant d'Ukraine - participeront, grâce à l'aide du centre de Simon Wiesental, à la conférence internationale sur l'Holocauste organisée à Paris.
Mais les grands héros de ce concours sont les enseignants. "Des hommes politiques et des diplomates se trouvent aujourd'hui dans cette salle, mais les principaux personnages sont sur la scène, car ce sont eux précisément qui façonnent l'univers des enfants", a dit Alexandre Asmolov, directeur scientifique du programme fédéral "Tolérance", en s'adressant aux enseignants qui ont remporté le concours. Selon Alexandre Asmolov, le sujet de l'Holocauste est aujourd'hui plus actuel que jamais. C'est pourquoi le rôle joué par les enseignants est primordial, car ils expliquent aux enfants à quoi conduisent la xénophobie et le racisme.
Les écoliers russes connaissent peu le phénomène de l'Holocauste et l'histoire du nazisme. Selon eux, l'histoire de la Seconde Guerre mondiale a commencé en 1941, lorsque l'Allemagne fasciste attaqua l'URSS. Ils ne sont pas au courant de ce qui s'est passé avant, ils ne connaissent pas les origines du nazisme, a dit à RIA-Novosti Martin Piotrowski, étudiant de l'Université économique de Vienne. Martin effectue son service civil alternatif au Fonds russe "Holocauste". Dans le cadre de sa mission, il explique aux écoliers de Moscou l'histoire de l'Holocauste et du nazisme.
"Je veux que les gens comprennent que l'Holocauste peut se reproduire dans chaque pays, à n'importe quel moment", a dit Martin. "Lorsque je prends le métro à Moscou et que je parle allemand à mon amie, les adolescents me disent souvent: "Heil Hitler". Ils ne veulent probablement pas m'offenser, ce n'est sans doute qu'une plaisanterie pour eux, mais pas pour moi".
"Pour la majorité des jeunes, ce qui s'est passé pendant la Seconde Guerre mondiale, ce sont des événements lointains. Malheureusement, les enseignants ne nous parlent pas de l'Holocauste, de la tolérance", a dit Ania Fokina, elle aussi lauréate du concours international.
Ania a reçu en 2004 son certificat de fin d'études secondaires à l'école N 1 du village de Doubrovka de la région de Briansk. Elle a eu la chance d'avoir pour professeur d'histoire Tatiana Joukova, une femme remarquable.
"Les vieux de notre village se souviennent du 23 février 1942 comme d'un cauchemar", a dit Tatiana Joukova. Ce jour-là, les fascistes ont brûlé vifs dans la vieille forge 18 Juifs de Doubrovka, ceux qui n'avaient pas été évacués et qui n'étaient pas partis pour le front". Tatiana Joukova et ses élèves ont recherché les noms des victimes. Ils ont également obtenu de l'administration locale qu'un monument soit érigé. Et le 8 mai 2002, une pierre portant l'inscription "A la mémoire des Juifs habitants de Doubrovka" est apparue dans le village. Selon Tatiana Joukova, c'est le premier monument aux Juifs tués dans la région de Briansk.
Tatiana Joukova affirme que, si l'on en parle aux enfants, ils cessent d'être indifférents. "Après l'installation du monument aux Juifs tués à Doubrovka, tous les ans, quelques élèves des classes terminales consacrent leurs compositions à l'histoire de l'Holocauste".
Aujourd'hui, les leçons consacrées à l'Holocauste, au racisme et à la xénophobie sont organisées surtout à l'initiative des enseignants. L'introduction de l'histoire de l'Holocauste en tant que matière obligatoire des écoles russes est à l'étude. Ce projet a des partisans et des adversaires. Les opposants disent qu'en imposant ce sujet, on peut susciter une riposte et même, éventuellement, une nouvelle vague d'antisémitisme. En effet, tous les professeurs ne pourront pas expliquer pourquoi il s'agit précisément des Juifs, ils ne seront pas tous en mesure de faire des parallèles avec le présent et montrer à quoi conduit la xénophobie, expliquer qu'il n'y a qu'un pas entre les graffiti représentant des croix gammées sur les murs des maisons et les chambres à gaz d'Auschwitz.
Mais, même de nombreux adversaires du projet d'enseignement de l'histoire de l'Holocauste à l'école estiment qu'il est nécessaire d'en parler dans les écoles et dans les médias. L'essentiel est de choisir le bon dosage, la forme adéquate, pour que cela soit utile à la société.