Aujourd'hui, les sceptiques mettent en vedette l'argument selon lequel le protocole de Kyoto désavantage la Russie. "La moitié de l'énergie produite en Russie est employée au chauffage central en hiver, c'est-à-dire à permettre à la population de survivre, alors que, par exemple, en Espagne ou en France, les dépenses d'énergie sont nettement moins importantes", estime le climatologue russe Vladimir Klimenko qui déplore que ce facteur objectif n'ait pas été pris en considération par les auteurs du document. Il se déclare convaincu qu'en "ratifiant le protocole, la Russie est allée à l'encontre de ses propres intérêts". On entend dire aussi que l'Occident devra compenser à la Russie l'oxygène que lui procurent les immenses forêts russes.
Et pourtant, on peut affirmer qu'aujourd'hui une autre vision du protocole de Kyoto est prédominante, celle fondée sur la réalité, sur le pragmatisme. Par exemple, Alexandre Bedritski, directeur du Service fédéral d'hydrométéorologie et de monitorage de l'environnement, se déclare persuadé que "du moment que la Russie a adhéré au protocole de Kyoto, il faut cesser de s'éterniser sur ses imperfections pour se donner la peine de faire un effort de réflexion sur la façon dont nous pourrions en réduire les risques".
Ce point de vue est partagé par Gueorgui Korovine, directeur du Centre pour l'écologie et la reproduction des forêts et membre de l'Académie des sciences naturelles de Russie. Au cours du dernier colloque sur le protocole de Kyoto tenu au siège de l'Académie, les scientifiques ont convenu de mettre un terme aux débats sur les "avantages et les inconvénients" inhérents à ce document et décidé de concentrer leurs efforts sur les moyens à mettre en uvre pour le rendre plus efficace dans les conditions actuelles, a-t-il déclaré, pour sa part.
D'après l'académicien, le protocole de Kyoto promet beaucoup de travail aux spécialistes russes de la forêt. Il faudra, par exemple, recenser jusqu'à la racine tous les arbres des immenses étendues boisées du pays parce que c'est également une masse biologique. Il faudra aussi harmoniser le système national de comptage des émissions de gaz à effet de serre et de leur absorption par les forêts. Pour ce faire, le ministère des Ressources naturelles a déjà créé un groupe de travail spécial chargé notamment d'analyser dans le détail les documents du Groupe international d'étude du climat (GIEC) relatifs au système de recensement de l'émission et de l'absorption des gaz à effet de serre dans les forêts. Il est nécessaire de formuler des propositions sur l'application des méthodes du GIEC pour les modifier et les compléter, conformément aux principes de gestion stable des forêts, aux méthodes d'inventaire des forêts et aux particularités naturelles de la Fédération de Russie.
Un quart des forêts du monde se trouve sur le territoire de la Russie. 40% de ses massifs boisés sont à l'abri de toute activité économique. Ce territoire en défends joue le rôle de source de la diversité biologique, des ressources génétiques, de garant de la stabilité de la biosphère de notre planète.