Kommersant
Lançant un satellite iranien, la Russie soustrait Téhéran à l'indignation de Washington
Le premier ministre Mikhail Fradkov a signé l'instruction autorisant le ministère de la Défense à lancer du cosmodrome de Plessetsk deux premiers appareils spatiaux iraniens: Mesbah et Sinah-1. Il y a un an, Téhéran avait déclaré officiellement qu'il lancerait un satellite par ses propres forces depuis son territoire. Ayant dissuadé l'Iran de le faire, Moscou le soustrait à l'indignation américaine, estime le quotidien "Kommersant".
Si l'Iran avait lancé son satellite par sa propre fusée porteuse, cela aurait la dernière goutte qui aurait débordé la coupe des Américains. Les Etats-Unis ont déjà pratiquement prononcé leur verdict contre l'Iran, George Bush n'a pas seulement rangé Téhéran parmi ceux qui représentent "l'axe du mal", mais il a aussi mis en action le mécanisme de punition du régime iranien.
Mais cela n'arrange nullement la Russie. Il ne s'agit pas seulement de ses contacts avec l'Iran qui lui rapportent des milliards de dollars. La répétition réelle par les Américains du scénario irakien en Iran représenterait pour la Russie un prix politique bien plus élevé. Fermer les yeux sur les actions des Etats-Unis signifierait pour Moscou de se résigner définitivement au rôle secondaire dans les affaires mondiales, notamment dans les régions ayant une importance stratégique pour la Russie. Cela étant, la Russie a décidé de mener des pourparlers avec l'Iran pour annoncer ensuite au monde entier qu'elle avait persuadé Téhéran de faire preuve de retenue et qu'il ne représente plus une menace pour personne.
Moscou avait déjà entretenu des contacts intenses avec les pays "voyous". La Russie avait même justifié ces contacts en avançant l'argument suivant: l'isolement des pays qui posent des problèmes est contre-productif, il faut travailler avec eux en vue de les rapprocher du reste du monde. Cependant, les contactsque la Russie entretient avec les pays qui posent de problèmes sont un irritant sérieux dans ses rapports avec l'Occident. Les pays "voyous" contraignent Moscou à faire un travail ingrat: les mettre hors de cause à l'ONU et les protéger contre les sanctions.
L'Iran a aujourd'hui deux voies à emprunter. La première consiste à s'entendre avec les Etats-Unis en les persuadant qu'aucune menace pour la paix n'émane de Téhéran. La deuxième voie consiste à subir le sort de l'Irak, mais en s'attachant préalablement la Russie.
Vedomosti
Un record pour les exportateurs d'armes russes
L'année passée le complexe militaro-industriel de Russie a établi un nouveau record post-soviétique en exportant pour 6 milliards de dollars d'armes (5,568 milliards en 2003), annonce le quotidien "Vedomosti".
Le directeur du Service fédéral pour la coopération technico-militaire, Mikhaïl Dmitriev, a présenté mardi un rapport en la matière au président Vladimir Poutine. Selon lui, en 2004, Rosoboronexport a rapporté 5,1 milliards de dollars, auxquels il faut ajouter pas moins de 450 millions de dollars provenant de corporations et d'entreprises possédant des licences d'exportations d'armes et de pièces détachées.
Ces recettes placent la Russie en deuxième position derrière les Etats-Unis pour les ventes d'armes, relève David Mulholland, de la revue britannique Janes Defence Weekly.
Toutefois, le record a été assuré surtout par l'augmentation des exportations de pièces de rechange et de services, sans lesquelles il sera bientôt difficile de maintenir le niveau des ventes au niveau ne serait-ce que de 5 milliards de dollars, dit Konstantin Makienko, expert du Centre d'analyse des stratégies et des technologies.
Dans les deux à trois années à venir les exportations ne régresseront pas, ajoute Marat Kenjetaev, du Centre d'études des problèmes du désarmement: les carnets de commandes des entreprises russes se chiffrent à 14-15 milliards de dollars. Seulement au-delà de cette date les producteurs devront chercher de nouveaux marchés. Prometteuses peuvent être les ventes dans les pays d'Afrique du Nord et du Proche-Orient, ainsi que les fournitures d'armements stratégiques à la Chine et à l'Inde.
Les matériels aéronautiques constituent quelque 60 pour cent des ventes d'armes de la Russie à l'étranger. Les navires de guerre et les moyens antiaériens n'entrent que pour environ 20 pour cent dans les exportations russes.
Au cours de l'année écoulée un contrat de près d'un milliard de dollars a été conclu avec la Chine, il concerne la livraison de missiles sol-air S-300. Des armes identiques devraient être fournies au Vietnam. Des contrats ont également été passé avec des pays du Proche-Orient et l'Inde. Ils ont trait à la vente de missiles sol-air de courte portée "Tor" et "Pantsir".
Kommersant-Vlast
Comment faire remonter la cote de popularité du pouvoir?
Les résultats des sondages publiés la semaine dernière montrent que la crise provoquée par le remplacement des avantages en nature par des compensations en espèces s'est fortement répercutée sur l'attitude des Russes vis-à-vis du pouvoir, notamment à l'égard du président, rappelle l'hebdomadaire "Kommersant-Vlast". Des experts politiques et des sociologues proposent aux dirigeants russes des solutions en vue de redresser la situation.
Igor Bounine, directeur du centre des technologies politiques: dans la situation actuelle il faut négocier, mener un travail d'explication, faire comprendre que la réforme est nécessaire. Ce qu'il ne faut pas faire, c'est recourir à la force et procéder à des destitutions.
Gaï Khanov, président du holding Publicity: si les troubles s'amplifient, le gouvernement devra mobiliser les partisans de la loi sur le remplacement des avantages, organiser des manifestations de ceux qui approuvent la monétisation. De cette façon ils illustreront les propos du ministre des Finances, Alexeï Koudrine, selon lesquels les mécontents ne sont que 1 pour cent et la majorité est pour les compensations en espèces.
Youri Levada, directeur du service analytique "Levada-Tsentr": dans la situation actuelle le mieux aurait été, dès les premières manifestations, de suspendre la loi et de la retravailler. A propos, c'est là le point de vue le plus largement exprimé dans les sondages. Le pouvoir a laissé échapper le moment où il aurait pu modifier l'opinion des gens sur la loi en question. Il a choisi la méthode consistant à obturer les brèches en marche. Maintenant on va probablement rechercher les responsables.
Dmitri Orechkine, chef du groupe "Merkator": la cote de popularité des dirigeants ne peut être rétablie qu'au moyen de technologies soviétiques, c'est-à-dire en trouvant des coupables et en leur faisant porter le chapeau. Et encore, pour ce faire il faudra occuper tout l'espace informationnel.
Marat Guelman, spécialiste des technologies politiques: Etant donné que Vladimir Poutine n'entend pas briguer un troisième mandat, il n'a pas besoin d'un appui populaire massif. Toutefois, pour éviter la poursuite de la chute de la cote de popularité présidentielle provoquée par la monétisation des avantages, des figures indépendantes doivent apparaître sur la scène politique. Par exemple, dans les fonctions de premier ministre, de manière à pouvoir partager la responsabilité avec quelqu'un.
Itogui
Les gouverneurs régionaux contre la pratique de la nomination
En fonction de la cohésion des élites régionales, le corps des gouverneurs en Russie se divise en deux groupes à peu près égaux. Là où les élites ne sont pas alignées sur le chef de la région, remplacer ce dernier est une mince affaire. Mais dans les entités comme Moscou, le Tatarstan ou la Bachkirie une tentative de remplacement du chef demandera un effort colossal du centre fédéral, estime l'hebdomadaire "Itogui".
C'est aux chefs régionaux les plus influents et aux présidents des républiques nationales qu'est adressée la proposition du président Poutine d'abdiquer de plein gré leurs pouvoirs, étant entendu qu'ils peuvent être de nouveau nommés à leur poste. Ils devaient être séduits par le fait que le chef de l'Etat s'occupera personnellement de leur sort (pour être de nouveau approuvé dans l'ancienne fonction, il ne faudra pas engager la procédure de consultation des représentants plénipotentiaires du président dans les régions fédérales, lesquels auront à choisir seulement des candidats à proposer pour la première fois au poste de gouverneur). En attendant, les chefs régionaux élus par le peuple ne sont pas dans leur majorité pressés de confier leur sort au chef de l'Etat.
Pour des raisons juridiques. La Constitution russe entérine le principe de l'amovibilité du pouvoir. Aussi, une nouvelle nomination par le président des gouverneurs "en titre" peut-elle servir de prétexte pour saisir la Cour suprême au sujet de l'incompatibilité de la prolongation de leurs fonctions avec la Loi fondamentale.
Il y a une raison encore plus importante. Ayant posé la question de la confiance et même étant de nouveau approuvé dans sa fonction, le gouverneur concerné se verrait privé de la principale composante de sa ressource politique qu'est son statut d'élu du peuple qui lui garantit son poste jusqu'à la fin de son mandat. Mais nul ne garantit qu'une fois "nommé", il ne se voit pas retirer, pour une raison ou pour une autre, la confiance du chef et l'Etat et ne sera pas destitué.
Ainsi, on peut prédire que seuls les chefs régionaux dont le mandat expire tout prochainement pourront se permettre ce risque. Les autres ont de quoi perdre, surtout dans le contexte des actions de protestation lancées par les bénéficiaires d'avantages en nature dans les différentes régions. Car le Kremlin peut se trouver contraint de présenter au peuple les responsables de la réalisation de la réforme. Les premiers candidats au supplice du fouet seraient justement les gouverneurs nommés selon les nouvelles règles.
Vremia novostei
Néocolonialisme : une recette pour faire face à la dépopulation
Selon les prévisions des experts onusiens, la population russe, ayant approché 145 millions de personnes à la fin du XXe siècle, risque de se diviser par deux vers la fin du XXIe siècle. Le plus grand Etat du monde (près de 12,5 pour cent de la terre ferme) ne comptera qu'un pour cent de la population du monde, écrit le quotidien "Vremia novosteï".
D'après les spécialistes du Centre russe de démographie et d'écologie de l'homme, qui ont élaboré un scénario de stabilisation, le seul facteur susceptible de remédier à cette situation regrettable est la migration.
Par exemple, pour maintenir la population russe au niveau de la fin du XXe siècle, il faut accueillir tous les ans de 600 000 à 800 000 immigrés. Au cours du premier quart du XXIe siècle, la Russie devrait accueillir environ 880 000 personnes par an, et dans le deuxième quart, jusqu'à 1,2 million.
Les pays industrialisés ont besoin des immigrés qui devraient constituer la base de la pyramide sociale. Il s'agit d'une sorte de néocolonialisme. Cependant, celui-ci fait le jeu non seulement des pays accueillant les immigrés, mais aussi des migrants eux-mêmes et des pays dont ils sont originaires. Accomplissant un travail peu prestigieux, ils y gagnent beaucoup plus que dans leur patrie.
Selon des estimations récentes, en 2002, les immigrés ont transféré 88 milliards de dollars vers les pays en voie de développement, ce qui dépasse de 50 pour cent le montant de l'aide officielle accordée par les pays industrialisés.
Aujourd'hui, tous les pays industriels se trouvent dans la même alternative que la Russie : ou bien se résigner à la réduction de leur population, ou bien accepter l'arrivée d'un grand nombre d'immigrés et, partant, les conséquences que cela entraîne. La deuxième solution est plus préférable. Mais la Russie ne peut pas s'attendre à une immigrationde masse dans un proche avenir.
Novye izvestia
Les sociologues ont brossé le portrait du consommateur russe
La société Data Direct a présenté hier le portrait du consommateur russe brossé sur la base des résultats d'un sondage au cours duquel 200 000 personnes de 82 régions avaient été interrogées, représentant principalement la classe moyenne, donc la partie la plus active des acheteurs de biens et de services, annonce le quotidien "Novyé izvestia".
La première chose qui a frappé les sociologues est le nombre des acheteurs sur Internet. Le nombre des utilisateurs de la Toile mondiale en Russie croît très rapidement. Il a quintuplé au cours des douze derniers mois. Si en 2003, l'Internet était accessible à 6% de la population du pays, aujourd'hui ce chiffre approche 30%. Les internautes les plus actifs sont moscovites. Ils préfèrent naviguer sur les réseaux pendant les heures de travail : l'accès est plus aisé et gratuit. La moitié des internautes font des achats. Ils sont les plus nombreux dans les Régions fédérales du Centre et de la Volga, ainsi qu'en Sibérie.
Le consommateur russe moyen a commencé à travailler davantage. La catégorie des sans-travail a diminué au cours des douze derniers mois en passant de 20% à 8%. 70% des personnes interrogées ont utilisé, au moins une fois, un crédit bancaire. 30% d'entre eux ont demandé des sommes importantes (plus de 3500 dollars) et pour un délai de plus de 24 mois.
Quant aux produits préférés, nationaux ou ceux d'importation, seulement 25% des sondés ont répondu qu'ils n'achetaient que des produits locaux et seulement 10,6% achetaient toujours et en toute circonstance des produits d'importation. Pour 53,5% le pays producteur n'a pas beaucoup d'importance. Lorsqu'il s'agit des automobiles, les réponses changent. Surtout dans les grandes villes où les acheteurs de voitures étrangères d'occasion sont par tradition très nombreux (62%).
D'autre part, les sociologues soulignent que laclasse moyenne russe devient de plus en plus encline aux mauvaises habitudes. En 2004, par exemple, la catégorie des fumeurs a augmenté de 27,3% à 30,26%. Les hommes d'âge actif en constituent la majorité.