La Russie est le premier pays co-parrain du processus de paix à accueillir M.Abbas après sa victoire à l'élection présidentielle palestinienne. "Cela témoigne du respect porté par le peuple palestinien au peuple russe qui a beaucoup fait pour notre cause", a déclaré M. Abbas lors de sa rencontre avec le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov.
D'ailleurs, les services rendus par Moscou n'auraient pas incité le nouveau leader palestinien à choisir la Russie comme sa première destination non arabe, s'il ne comptait pas sur le soutien de la Russie dans l'avenir.
Selon M. Lavrov, Mahmoud Abbas "a émis des suggestions concrètes sur les formes de soutien à ses actions. Elles concernent le devenir du service de sécurité et le développement du système d'éducation conformément aux ententes intervenues entre la Russie et les Palestiniens".
Les entretiens entre le chef de l'Autorité palestinienne et le président russe Vladimir Poutine ont débouché sur l'adoption d'une déclaration conjointe. Les parties se sont prononcées pour "la réalisation de mesures énergiques appelées à donner corps à la coopération russo-palestinienne dans différents domaines". M. Poutine a annoncé que le gouvernement russe avait décidé de porter de 100 à 150 le nombre des bourses offertes aux étudiants palestiniens. Il s'agit du plus grand quota accordé à un pays arabe. L'assistance russe à la construction de deux écoles en Cisjordanie est à l'étude.
Il s'agit d'un point crucial. Le rôle de la Russie au Proche-Orient, notamment en Palestine, dépendra de sa contribution au développement de la région. Ces derniers temps, l'UE joue un rôle politique toujours plus important dans les territoires contrôlés par l'Autorité palestinienne. Ce qui est tout à fait naturel puisque l'Europe est un des principaux donateurs des Palestiniens. Mais la Russie a des liens politiques assez solides en Palestine, elle peut aussi s'appuyer sur un "groupe de soutien" composé des anciens diplômés des grandes écoles soviétiques, dont notamment Mahmoud Abbas. Cependant cette base n'est pas suffisante pour autant. Il convient de promouvoir non seulement les liens politiques, mais aussi les liens socio-économiques avec l'Autorité palestinienne.
Le processus de paix palestino-israélien a, naturellement, été au centre des entretiens de M. Abbas à Moscou. Le nouveau leader palestinien espère que la Russie pourra se porter garante du respect de la "feuille de route" élaborée par le quartette de médiateurs internationaux (Russie, États-Unis, UE, ONU) pour les Palestiniens et les Israéliens.
La question clé pourrait résider dans la contribution concrète de Moscou au règlement du problème fondamental de la signature d'un Traité de paix entre Israéliens et Palestiniens.
Il existe un mécanisme permettant d'avancer vers le règlement définitif de la crise. C'est la "feuille de route" qui a été par la suite adoptée sous la forme d'une résolution du Conseil de Sécurité de l'ONU. Rappelons que c'est la Russie qui a insisté pour que l'application de ce document soit obligatoire. Malheureusement, la plupart des résolutions adoptées ces cinquante dernières années par le Conseil de Sécurité n'ont jamais été concrétisées. D'ailleurs, les diplomates russes affirment que ces résolutions restent toujours la base du processus de paix et qu'on devra y revenir tôt ou tard.
Quant au règlement définitif du conflit palestino-israélien, la Russie et les autres médiateurs n'y peuvent rien pour le moment. Aucune pression extérieure ne peut obliger le Premier ministre israélien ou le chef de l'Autorité palestinienne, quels que soient leurs noms, à changer leur politique à l'égard des questions litigieuses qui ont constitué la pierre d'achoppement de toutes les négociations précédentes - le statut de Jérusalem, le droit au retour des réfugiés palestiniens et les frontières. Dans le meilleur des cas, on arrivera à ramener les parties à la table des négociations et à obtenir une trêve, mais rien de plus. L'administration du président américain Bill Clinton a déjà démontré la preuve de l'inefficacité de ses efforts. Avec en apothéose l'échec du sommet de Camp David en été 2000.
A présent, les médiateurs cherchent seulement à amener les Palestiniens et les Israéliens au point déjà atteint avant ce sommet. Mais qu'est-ce qui arrivera lorsque les parties reviendront à la discussion des problèmes les plus sensibles du conflit? Une nouvelle recrudescence du conflit et une nouvelle Intifada?
Il appartient aux Palestiniens et aux Israéliens de donner une réponse.