Les experts qualifient de l'événement du jour le fait que l'agence Standard & Poor's a classé la note russe dans la catégorie "investissement". Cette nouvelle, à elle seule, a fait progresser les titres russes de 1 à 4%, et l'indice RTS a gagné presque 5 points.
Plus tôt, deux autres agences avait classé la Russie dans la catégorie "investissement": sa note souveraine a été relevée à BBB- par Moody's le 8 octobre 2003 et par Fitch le 18 novembre 2004. S&P est ainsi devenue la troisième agence de notation internationale à avoir passé la note souveraine russe de la catégorie "spéculative" (speculative grade) à la catégorie "investissement" (investment grade).
Quoi qu'il en soit, en dépit de son importance, cet événement était assez prévisible et n'a suscité qu'une hausse à court terme sans provoquer d'effervescence.
Vendredi dernier, S&P avait donné un avis favorable à la réforme des avantages sociaux réalisée en Russie en laissant entendre que celle-ci pourrait être classée dans la catégorie "investissement".
"Ces choses se pratiquent sur le marché: d'abord une croissance en attente de bonnes nouvelles, puis un recul", note Iouri Rossikov, analyste à la compagnie d'investissement Eurofinances, qui constate "un effet de surprise minime" après l'annonce.
Igor Roubine, trader à la compagnie d'investissement Metropol, conseille quant à lui de ne pas attendre une forte chute. Selon lui, les états d'esprits sur le marché sont "modérément haussiers". Dans ce contexte, "les investisseurs occidentaux sont en train de réviser leurs intérêts en Russie".
Toutefois, les experts déclarent à l'unanimité qu'il serait encore tôt de parler d'une confiance absolue des patrons occidentaux vis-à-vis de la Russie, car trop de points controversés créent encore un obstacle insurmontable. Le motif même du relèvement de la note comporte des réserves non négligeables.
"Le relèvement des notes traduit la récente amélioration sensible des indices concernant la dette nationale et la liquidité extérieure, explique l'analyste à S&P, Helena Hessel. Ces améliorations sont considérables au point qu'elles font équilibrer le risque politique croissant qui reste le principal obstacle de révision à la hausse des notes russes".
Les incertitudes qui persistent dans les rapports entre le pouvoir et les affaires sont le facteur essentiel qui apaise les appétits des investisseurs, estiment les experts.
"Les portes sont ouvertes pour les investisseurs occidentaux conservateurs, mais cela ne change pas radicalement la situation", indique Iouri Rossikov. "La décision définitive sur l'achat de titres russes sera fonction de la cohérence du fisc", dit-il.
Selon l'analyste du groupe Region, Evgueni Chago, il ne faudrait pas s'attendre à une croissance des activités face à un grand nombre d'incertitudes (l'affaire Yukos, la libéralisation du marché des actions de Gazprom). Selon lui, il n'y aura pas d'afflux de capitaux sérieux, comme cela a été le cas dans les années 2002 et 2003.
Dans le même temps, en évaluant le dynamisme du marché des actions russe cette année, les experts augurent une croissance de son principal indicateur, l'indice RTS. Lundi, il a atteint son point culminant, soit 640 points.
La masse monétaire est suffisante sur le marché, et même si une croissance est peu probable en février, tout porte à croire que l'indice RTS progressera de 20 à 25% sur un an, soit à 750 points, estime Iouri Rossikov.