Le règlement du dossier nucléaire iranien passe impérativement par la négociation

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MOSCOU, 31 janvier. (Par Piotr Gontcharov, commentateur de RIA Novosti). Les propos tenus voici un peu plus d'une semaine par George W.Bush et selon lesquels les Etats-Unis entendaient régler le dossier nucléaire iranien par des "procédés diplomatiques" mais sans pour autant "évacuer les autres solutions" ont mis la communauté mondiale en effervescence. Car nul besoin d'être sorcier pour deviner qu'en évoquant "les autres solutions" le président américain avait fait allusion à une opération militaire US contre l'Iran.

Washington a parlé mais sans fournir de précisions, laissant les autres s'interroger sur les intentions des Etats-Unis: s'agit-il tout simplement d'un bluff ou bien songent-ils réellement à dénouer le noeud iranien comme ils ont fait en 2003 avec l'Irak? Par ailleurs, de l'huile sur le feu a été jetée par le vice-président des Etats-Unis, Dick Cheney, qui a dit qu'il redoutait une "action préventive" d'Israël en vue d'éliminer le danger nucléaire pesant sur lui. Le premier ministre israélien, Shimon Peres, a bien sûr mis en garde ses compatriotes, les Etats-Unis et les autres pays contre une solution musclée à l'égard de l'Iran tant que toutes les voies diplomatiques n'auront pas été explorées, mais cela n'atténue en rien l'acuité du problème.

Il est notoire qu'Israël considère l'Iran comme le problème numéro un au Proche-Orient et un centre régional du terrorisme. Pour lui ce pays cherche à accéder à l'armement nucléaire et nourrit des velléités islamiques". Qui plus est, le chef du Mossad, Meir Dagan, a déclaré devant la commission des affaires étrangères et de la défense de la Knesset que le programme nucléaire iranien était arrivé à un stade de développement au-delà duquel la mise au point de l'arme nucléaire était inéluctable. Par conséquent, si Israël met en garde, notamment les Etats-Unis, contre un recours à la force hâtif contre l'Iran, il y a toutes les raisons de s'inquiéter.

De l'avis de nombreux experts russes, au vu de la répartition actuelle des forces politiques et militaires, les Etats-Unis n'entreprendront pas une action armée contre l'Iran. Il serait insensé de leur part de se lancer dans une nouvelle campagne (parallèlement à l'irakienne). Au demeurant, cela est dans une même mesure valable pour une opération terrestre de grande envergure et des frappes aériennes ciblées contre les sites "nucléaires" iraniens. Etant donné la situation dans laquelle il se trouve en Irak, Washington devrait plutôt songer aux moyens à mettre en oeuvre pour se tirer du guêpier irakien qu'à étendre le conflit au territoire de l'Iran, un pays puissant aussi bien militairement qu'économiquement. Pour Alexeï Arbatov, directeur du centre de sécurité internationale de l'Institut de l'économie internationale et des relations internationales, les Etats-Unis n'auraient pas suffisamment de forces pour une opération de grande envergure. L'Iran n'est pas l'Irak, et ce sous tous les rapports: relief du terrain, particularités du pays, caractère de la population, nature du régime. L'Iran livrerait une résistance acharnée, les centres analytiques des Forces armées américaines et de la Central Intelligence Agency (CIA) ne sauraient l'ignorer.

En ce qui concerne d'éventuelles frappes aériennes ciblées contre des sites iraniens présumés nucléaires, ce serait suffisant pour que l'Iran estime possible d'entrer dans la guerre. Dans ce cas il s'emploierait à infliger un maximum de pertes aux troupes américaines d'occupation déployées en Irak voisin et accorderait une assistance directe aux groupements qui combattent les troupes américaines en Irak, estime Alexeï Arbatov.

Ce point de vue est partagé par un autre expert russe, l'orientaliste Vladimir Sajine. Pour lui, des frappes aériennes contre des sites iraniens "suspects" n'auraient pas d'effet. Fort de la triste expérience vécue par l'Irak pendant l'opération "Tempête du désert", lorsque 14 avions israéliens avaient au cours d'un seul raid détruit le centre nucléaire d'Osirak, l'Iran a disséminé ces sites dans les montagnes, les rendant pratiquement inaccessibles à l'aviation. D'un autre côté, les Etats-Unis doivent forcément tenir compte du fait que 75 pour cent des 800.000 soldats et officiers des forces armées iraniennes auxquels il faut ajouter les effectifs du corps des "gardiens de la révolution" sont déployés sur l'axe irakien. Et que cette force serait à coup sûr lancée contre les Etats-Unis en Irak. Il ne faut pas non plus oublier que la valeur combative de l'armée iranienne est incomparablement plus grande que celle des forces armées irakiennes qui ont "livré Bagdad sans combattre".

Il y a donc tout lieu de conclure que si les Etats-Unis attaquaient l'Iran, cela transformerait inévitablement et pour longtemps en zone d'instabilité une immense région englobant l'Irak, l'Iran et, selon toute probabilité, l'Afghanistan. Dans ce cas, la démocratisation de la région prévue par le plan américain de Grand Proche-Orient ferait fiasco et le pouvoir des islamistes radicaux en sortirait renforcé. Faut-il vraiment prendre ce risque?

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