Mon père s'est souvenu des monts de Seelow jusqu'à la fin de ses jours

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Par Galina Martchenko

La fille du colonel Martchenko, chef de la 39-e division de la 8-e armée de la garde commandée par le général Vassili Tchouïkov, évoque un épisode de la guerre que son père a gardé en mémoire jusqu'à son dernier soupir.

Avant le début des combats pour les hauteurs de Seelow, aux approches de Berlin, la 39-e division d'infanterie avait été dotée d'un corps blindé. Je ne me souviens plus du nom du général qui en avait le commandement, mais mon père me l'avait décrit ainsi: plutôt âgé, très cultivé, un militaire connaissant son affaire. Mon père et lui avaient envisagé les moyens à mettre en oeuvre pour prendre ces hauteurs. Les casemates allemandes étaient orientées contre les chars et avaient été renforcées en conséquence. Mon père avait dit qu'attaquer de front, ce serait aller à la mort. Il fallait donc envisager autre chose.

Il proposa de constituer de petits groupes de combats, forts de trois ou quatre hommes, de les envoyer au-delà de la ligne de front de manière à ce qu'ils prennent les casemates à revers et en détruisent le plus possible à la grenade. Les chars pourraient alors s'engouffrer dans les passages ainsi créés. Le général approuva. Mon père exposa son plan à Tchouïkov et celui-ci l'accepta, jugeant la décision sensée.

En pleine nuit, alors que ces groupes étaient en cours de formation, le téléphone sonna brusquement. On demandait le général à l'appareil. De son poste d'observation Gueorgui Joukov se mit à invectiver le général. Selon mon père, le général était devenu blanc comme une feuille de papier. Joukov hurlait, le qualifiant de traître, promettant de l'abattre de sa propre main: pourquoi les chars n'attaquent-ils pas? Ensuite l'appareil avait été pris par Tchouïkov et celui-ci avait sur le même ton répété la même chose au colonel Martchenko.

Dans la nuit du 17 avril les chars firent mouvement vers les monts de Seelow et lancèrent une attaque frontale... Papa évoquait cette matinée exceptionnellement calme et claire, les carcasses de chars, desquelles des colonnes de fumée rectilignes s'élevaient, comme s'il s'était agi d'arbres. On avait l'impression qu'une forêt avait poussé sur le versant. Quelque 400 chars étaient à jamais immobilisés là. Les combats pour ces hauteurs se poursuivirent quatre jours. Les monts Seelow furent conquis le 19 avril 1945 à un prix terrible.

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