Revue de la presse russe du 25 janvier

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MOSCOU, RIA Novosti

Nezavissimaïa gazeta

Isolée, la Russie ne survivra pas dans un monde globalisé

Il y a quelques mois Moscou n'avait qu'un seul rival dans le "proche étranger", les Etats-Unis. La crise ukrainienne a changé les réalités géopolitiques : on a vu se joindre au processus de stabilisation des anciennes républiques soviétiques l'Union européenne, pas celle où tout était décidé par l'Allemagne et la France, mais la nouvelle dont la politique à l'est sera pour une large part formulée par la Pologne. Le quotidien "Nezavissimaïa gazeta" propose une interview d'Alexander Rahr, directeur des programmes du Conseil allemand de la politique extérieure (Berlin) pour la Russie et les pays de la CEI.

Le décalage entre l'Occident et la Russie s'amplifie à un rythme vertigineux. La coalition antiterroriste entre la Russie et les Etats-Unis a épuisé ses ressources. Les Etats-Unis sont prêts aujourd'hui à défendre les républiques indépendantes dans l'espace post-soviétique face à la Russie "impériale", Khodorkovski contre l'"arbitraire des autorités", la liberté de parole contre la pression exercée par le Kremlin. Un nouveau conflit est en vue : l'élargissement de l'OTAN jusqu'en Ukraine et en Géorgie, le renforcement de sa présence militaire en Asie centrale, la construction de nouvelles canalisations de transport d'hydrocarbures caspiens contournant la Russie, une éventuelle guerre contre l'Iran.

Les relations de la Russie avec l'Union européenne ne sont pas meilleures. La "révolution orange" a de nouveau consolidé les Etats-Unis et l'UE face à la Russie "impériale". L'UE refuse de façon catégorique le partenariat sur la base d'intérêts communs proposé par Poutine. L'Occident demande à la Russie qu'elle accepte le système européen des valeurs. Il lui pose ses conditions clairement et nettement : où bien elle accepte les principes de la démocratie européenne et alors elle pourra s'intégrer graduellement dans la maison européenne, ou bien elle bâtit sa propre civilisation fondée sur un pouvoir fort, étranger à l'Europe, en devenant ainsi pour l'UE une sorte de Chine.

Isolée, la Russie ne survivra pas dans un monde globalisé. L'UE n'est ni un ennemi ni un rival. En fait, l'Europe se rend compte à son tour que sans la Russie elle sera faible au XXIe siècle. La Russie devrait craindre davantage l'Inde et la Chine que Moscou s'emploie à armer alors que ces armes peuvent être braquées contre la Russie.

La Russie d'aujourd'hui a tout simplement besoin d'un modèle libéral, peut-être différent du modèle occidental mais surtout pas autoritaire.

Vedomosti

Ioulia Timochenko à la tête du gouvernement ukrainien

Le président ukrainien Viktor Iouchtchenko a arrêté ses choix en matière de nominations aux postes clés de l'Etat parmi ses partisans. Ainsi Ioulia Timochenko est devenue premier ministre par intérim alors que la Russie l'accuse de concussion, fait savoir le quotidien "Vedomosti".

Lundi, avant de partir pour Moscou en vue de rencontrer Vladimir Poutine, Viktor Iouchtchenko a signé les décrets appropriés. L'entrepreneur Piotr Porochenko, président du Comité budgétaire de la Rada suprême (parlement), est nommé Secrétaire du Conseil de sécurité nationale et de défense. Viktor Iouchtchenko a dissout l'administration présidentielle et l'a remplacée par son Secrétariat dirigé par un Secrétaire d'Etat. Ce poste est assumé par Alexandre Zintchenko, chef de l'état-major électoral de Viktor Iouchtchenko.

La nomination de Ioulia Timochenko engendre une situation peu ordinaire dans les rapports russo-ukrainiens. En été 2001, le Parquet militaire principal de Russie a engagé une action en justice contre elle pour distribution de pots-de-vin aux officiers russes. En septembre dernier, elle est devenue l'objet d'un avis de recherche international. Le tribunal russe a autorisé son arrestation. D'ailleurs, si Ioulia Timochenko décide de se rendre en Russie en visite officielle, elle aura l'immunité diplomatique.

Selon les observateurs, Ioulia Timochenko déterminera la politique économique de l'Ukraine. Sous la présidence de Leonid Koutchma, les principales décisions étaient prises en Ukraine par l'administration présidentielle, par conséquent, Alexandre Zintchenko objectera contre la réduction de ses pouvoirs, mais selon les experts, il a peu de chances de l'emporter sur Ioulia Timochenko. De l'avis du politologue russe Stanislav Belkovski, Piotr Porochenko ne pourra pas non plus soutenir la concurrence de Ioulia Timochenko.

Quant aux effets de la nomination de Ioulia Timochenko sur les rapports avec la Russie, les hommes politiques et les politologues ne sont unanimes. Le directeur général adjoint du Centre de technologies politiques Alexei Makarkine estime que Ioulia Timochenko n'est pas toute-puissante. Mais, de l'avis de Piotr Simonenko, premier Secrétaire du Parti communiste ukrainien, la nomination de Ioulia Timochenko au poste de premier ministre ne contribuera pas au développement de bons rapports avec la Russie.

Cependant, Ioulia Timochenko est optimiste. Elle ne doute pas que l'Ukraine et la Russie aient des potentialités économiques communes colossales".

Kommersant

L'APCE rejoindra les rangs des critiques du Kremlin ?

Hier l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe (APCE) s'est réunie en session d'hiver à Strasbourg. Cette fois les déclarations critiques adressées à Moscou sont si nombreuses qu'elles risquent de modifier l'attitude de l'Assemblée envers la Russie, estime le quotidien "Kommersant".

Moscou qui semble l'avoir pressenti a décidé de lancer une frappe préventive contre les censeurs de la politique du Kremlin rassemblés à Strasbourg. A la veille de l'ouverture de la session le chef de la délégation russe et chef du comité des affaires internationales de la Douma, Konstantin Kossatchev, a accusé l'APCE d'adopter de plus en plus visiblement dans son activité une approche subjectiveet tendancieuse au sujet de la Russie : "Cette tendance est le résultat d'un changement délibéré et orchestré de l'attitude de l'APCE envers la Russie".

Formellement, il ne serait présenté, à cette session, qu'un rapport concernant directement la Russie. Il porte sur l'affaire Ioukos. Son auteur, la représentante spéciale de l'APCE Sabine Leutheusser-Schnarrenberger, considère que les débats judiciaires sur l'affaire de la compagnie pétrolière russe sont une "action d'intimidation entreprise par les structures de force russes " et affirme que le procès intenté contre les managers de Ioukos lui a donné l'impression d'une "attaque planifiée par l'Etat".

Le rapport sur Ioukos n'est pas le seul casse-tête de la délégation russe à Strasbourg. Les parlementaires européens étudient actuellement, par exemple, le problème du retrait du contingent militaire russe de Transnistrie et préparent un rapport dont les auteurs critiquent l'efficacité de la CEI et de l'Union Russie-Biélorussie et analysent les relations Russie-OTAN et Russie-OSCE. A sa session prochaine, celle de printemps, l'APCE entendra un rapport sur le monitorage de la Russie ; il a déjà été communiqué à la commission politique de l'Assemblée et, de l'avis du chef de la délégation russe, a un "caractère extrêmement tendancieux".

Tout cela peut signifier que c'est l'APCE qui endosse le rôle de principal critique occidental de la nouvelle politique de Moscou. Les remarques critiques adressées à la Russie se font entendre depuis ces derniers temps du haut des tribunes de différentes organisations en Occident. Mais si l'OTAN ou l'Union européenne, tout en critiquant la Russie, n'oublient pas leurs intérêts pragmatiques dans leurs relations avec Moscou, pratiquement rien ne peut freiner les députés rassemblés à l'APCE.

Izvestia

Sociologues : les actions de protestation des retraités en Russie sont un phénomène de masse

Commentant récemment le déroulement de la réforme visant à remplacer les avantages en nature par des prestations monétaires, le ministre russe des Finances, Alexeï Koudrine, a déclaré que les protestations contre cette décision du gouvernement n'avaient été soutenues que par quelques milliers de retraités. Selon le ministre, il s'agit d'une minorité évidente : seulement 1 pour cent de la population. Cependant, les sociologues estiment que les actions de protestation doivent être qualifiées de massives, écrit le quotidien "Izvestia".

Notamment, selon les estimations de la chercheuse à la fondation "Opinion publique" Svetlana Klimova, les trois indices relatifs au caractère massif des protestations sont présents. Les actions se déroulent dans plusieurs villes et localités, elles concernent les intérêts de catégories importantes de citoyens et rassemblent des représentants de ces catégories.

Andreï Milekhine du service sociologique ROMIR monitoring (Opinion publique russe et étude du marché) est persuadé qu'un petit groupe de pasionarias est bien capable d'exprimer l'opinion de la majorité. Si une poignée de protestants ne représentait pas des millions, il n'y aurait pas de révolutions, estime-t-il en précisant qu'aujourd'hui, il y a tout lieu d'évoquer même la possibilité d'une explosion sociale.

Le président du centre d'analyse indépendant Iouri Levada a rappelé que les événements du Dimanche sanglant du 9 janvier 1905 (où les troupes du Tsar avaient tiré sur la foule venue le prier d'améliorer ses conditions de vie) avaient rassemblé un nombre dérisoire de personnes par rapport à la population de l'Empire russe, mais cette manifestation a entraîné la révolution. C'est toujours une minorité qui participe aux actions de protestation, souligne Iouri Levada.

Les experts ont également rappelé qu'une toute petite partie des habitants de Moscou avaient pris part aux événements du 19 août 1991 (tentative de putsch contre Mikhaïl Gorbatchev réalisée par le Comité d'Etat pour l'état d'urgence), et néanmoins, les conséquences avaient été colossales.

Seul le directeur aux relations internationales et publiques du Centre national d'étude de l'opinion publique, Dimitri Pelikanov, est de l'avis que les actuelles protestations des Russes ne peuvent pas être considérées comme massives. Un pour cent de retraités constitue environ 700 000 personnes. C'est si ces 700 000 personnes sortent dans la rue en même temps dans toutes les villes qu'il s'agira d'une action de masse. Aujourd'hui, les protestations sont éparses, elles s'effectuent par de petits groupes de manifestants dans différentes villes, c'est pourquoi elles ne peuvent pas être qualifiées de massives, estime l'expert.

Vedomosti

L'adhésion de l'Ukraine à l'OTAN aurait des retombées sur le complexe militaro-industriel russe

Le vainqueur de l'élection présidentielle en Ukraine, Viktor Iouchtchenko, avait déclaré à plusieurs reprises qu'il voulait faire de son pays un membre de l'OTAN. Selon Rouslan Poukhov, rédacteur de la revue Moscow Defence Brief, l'adhésion à cette organisation implique que le complexe militaro-industriel de l'Ukraine mette un terme à sa production, comme l'on fait ceux des pays d'Europe ayant rejoint l'Alliance de l'Atlantique Nord. Or, cela aurait immédiatement une incidence sur le complexe militaro-industriel de la Russie, écrit le quotidien "Vedomosti".

Selon le Centre d'étude de l'armée, de la conversion et de l'armement (Kiev), en 2004 l'Ukraine a exporté pour approximativement 600 millions de dollars d'armements. Dont moins de 150 millions provenant de contrats passés avec la participation de la société russe Rosoboronexport. De l'avis du Centre moscovite d'analyse de la stratégie et de la technologie, cette part est de 300 millions de dollars.

Le ministre russe de l'Industrie et de l'Energie, Viktor Khristenko, a constaté que quelque 2.000 entreprises russes et ukrainiennes étaient impliquées dans la coopération. Pour lui, seule, aucune d'entre elles ne serait à même de fabriquer un produit fini. Par exemple, en Russie on ne produit pas le missile R-27 que des clients étrangers réclament lors de l'acquisition d'avions russes.

Au demeurant, compte tenu de l'impact de la Russie sur le complexe militaro-industriel ukrainien, dans les deux années à venir les autorités ukrainiennes ne réduiront pas sensiblement les liens avec leur voisin, estime le directeur du Centre d'études de l'armée, de la conversion et du désarmement, Valentin Badrak. Cependant la régression de la coopération est inévitable, dans un premier temps elle touchera les entreprises moyennes et ensuite les grandes.

Par contre, les usines aéronautiques des deux pays fabriquant des avions commerciaux envisagent avec optimisme les perspectives de leur coopération.

Par exemple, dès 2006 le groupement aéronautique russe de Voronej lancera la fabrication du court-courrier A-148, conçu par le Bureau d'études Antonov de Kiev. Ce modèle participe à l'appel d'offres concernant la livraison de cinquante appareils à Aeroflot et dont les résultats devraient être annoncés en 2005. D'autres compagnies aériennes russes ont pris des options sur plusieurs A-148.

Gazeta

Griefs avancés par la Cour des comptes à "Rosneft"

La Cour des comptes a soumis à la vérification la compagnie d'Etat "Rosneft". Les auditeurs ne cachent pas que la vérification, dont les résultats seront annoncés vers la mi-février, comme ils le promettent, peut influer sur la fusion de cette entreprise pétrolière avec "Gazprom", lit-on dans le quotidien "Gazeta".

Comme l'a déclaré Alexandre Semikolennykh, vice-président de la Cour des comptes, en plus des impôts, toute une série de questions importantes ont surgi au cours de la vérification de "Rosneft". Selon lui, "Rosneft" gère inefficacement ses ressources financières. Pour l'instant, la Cour des comptes ne révèle pas les détails. La conclusion définitive sera prête vers le 1er février. A la mi-février, elle sera soumise au collège de la Cour des comptes.

Les griefs avancés par les fonctionnaires concernant les dépenses peu rentables de "Rosneft" ont trait à deux faits. Les experts ont maintes fois accusé "Rosneft" d'avoir acquis en 2003 la compagnie "Pétrole du Nord" pour une somme trop élevée de 600 millions de dollars, soit deux fois plus cher que son coût réel. De l'avis de Dmitri Tsaregorodtsev, analyste de "Rye, Man & Gor Securities", les sommes versées par la compagnie à l'Etat a témoigné du travail inefficace de ses managers.

Pour l'instant, la Cour des comptes n'a pas vérifié la fusion envisagée de la compagnie pétrolière avec "Gazprom", a fait remarquer un représentant de la Cour. Mais, selon lui, au cours de l'analyse de l'activité financière et économique de "Rosneft", elle pourra se faire une idée sur l'objectivité de l'estimation qui a été faite de cette compagnie, idée qui peut être prise en compte lors de la transaction.

Cependant, "Rosneft" n'est pas d'accord avec les conclusions des auditeurs. La compagnie a déjà formulé une vingtaine d'objections à l'acte de vérification.

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