On sait que l'été 2004 a été marqué par une forte hausse des prix du pétrole sur les marchés mondiaux. Selon le ministère russe du Développement économique et du Commerce, en janvier-novembre le prix mondial moyen du brut russe a été de 34,3 dollars le baril. Naturellement, possédant de grandes quantités d'or noir, la Russie a rempli son escarcelle. En 2004, elle a extrait près de 450 millions de tonnes de pétrole. Selon le Comité d'Etat à la Douane, en septembre 2004 les exportations avaient enregistré une progression de 15,4 pour cent. L'afflux de pétrodollars dans l'économie russe a bien évidemment eu un fort impact sur ses indices économiques. Ainsi, l'année dernière le budget fédéral a affiché un excédent de 25 milliards de dollars, ce qui représente 4,1 pour cent du produit intérieur brut (PIB). Il est à noter que cette tendance s'observe dans le pays pour la cinquième année d'affilée. En 2004, les recettes budgétaires se sont chiffrées au total à quelque 107 milliards de dollars, soit 104,5 pour cent de mieux que l'année précédente. Les dépenses se sont montées à 97 milliards de dollars (98,8 pour cent).
Selon la loi, les recettes budgétaires obtenues sur la base d'un prix du baril supérieur à 20 dollars sont versées au Fonds de stabilisation. Au 1-er janvier 2005, cette manne publique renfermait près de 20 milliards de dollars. On sait que le montant de base du Fonds de stabilisation a été fixé à 500 milliards de roubles (le dollar s'échange contre environ 28 roubles). C'est une réserve intangible, qui ne peut être accrue qu'au moyen d'investissements dans des actifs étrangers hautement liquides. Par contre, tout ce qui dépasse les 500 milliards de roubles peut être utilisé pour rembourser la dette publique et combler le déficit de la Caisse des retraites. C'est d'ailleurs ce qui s'est produit. L'année passée la dette extérieure de l'Etat avait été réduite d'un tiers par rapport à 1999 et au 1-er octobre elle ne se montait plus qu'à 112,9 milliards de dollars.
De plus, au cours de l'année écoulée les réserves de change de la Russie se sont accrues de près de 70 pour cent pour approcher les 120 milliards de dollars, un chiffre que même l'Union soviétique n'avait pas atteint. A ce jour les réserves de change de la Russie dépassent le montant de sa dette publique. Par conséquent, la Russie peut d'ores et déjà être considérée comme un pays non-débiteur.
Selon des données provisoires, le produit intérieur brut de la Russie était de l'ordre de 613 milliards de dollars pour une croissance annuelle moyenne de 6,8 pour cent. Ce n'est bien sûr pas le chiffre qu'attendait le pays à l'issue de l'année 2004 (le ministère du Développement économique et du Commerce prévoyait une progression du PIB de 6,9-7,1 pour cent), néanmoins l'indice n'est pas inférieur à ceux affichés par la Russie depuis cinq ans. En 2004, le PIB par habitant s'est monté à environ 4.000 dollars.
Au demeurant, les investissements dans le capital fixe du pays ont augmenté de plus de 10 pour cent. Pour ce qui est des investissements directs, ils se sont montés à près de 10 milliards de dollars. Les pays qui investissent le plus dans l'économie russe restent l'Allemagne, Chypre, les Pays-Bas, le Luxembourg, la Grande-Bretagne, les Etats-Unis d'Amérique et la France. Cet indice n'a rien d'extraordinaire, cependant l'année dernière un espoir d'amélioration s'est fait jour. A la fin de 2004, l'agence de notation internationale Fitch Ratings a fait passer la note à long terme du rating souverain de la Fédération de Russie en devises étrangères et en monnaie nationale du niveau "BB+" au niveau "BBB-" et la note à court terme du niveau "B" au niveau "F3". Quant au rating pays, ilest passé du niveau "BB+" au niveau "BBB-". Pour toutes les catégories les pronostics de l'agence sont stables.
Selon l'Agence fédérale des statistiques (Rosstat), en janvier-octobre 2004, la production industrielle en Russie s'est accrue de 6,2 pour cent par rapport à la période identique de 2003. La progression la plus importante a été observée dans l'industrie du verre, de la porcelaine et de la faïence (16,7 pour cent) tandis que la plus lente l'a été dans le secteur électrique (0,3 pour cent). Le volume de la production a progressé de 12 pour cent dans les constructions mécaniques et l'usinage des métaux, de 7,5 pour cent dans l'industrie des combustibles et dans l'industrie chimique, de 5,5 pour cent dans l'industrie des matériaux de construction, de 5,3 et de 3,6 pour cent respectivement dans la sidérurgie et la métallurgie non ferreuse. La production a également augmenté de 3,8 pour cent dans l'industrie alimentaire, de 2,9 pour cent dans l'industrie forestière et la transformation du bois, de 2,2 pour cent dans l'industrie de l'imprimerie. Par contre, la production a régressé de 3,1, 5,5 et 6,7 pour cent respectivement dans la minoterie, l'industrie médicale et l'industrie microbiologique.
A l'issue de l'année les importations de marchandises avaient augmenté de près de 25 pour cent. Les exportations, elles, ont établi un record en affichant un chiffre presque deux fois plus important, ce qui a assuré un excédent commercial de près de 80 milliards de dollars. Cependant, dans l'ensemble les producteurs russes le cèdent encore pour ce qui est de la compétitivité face à de nombreux partenaires occidentaux. En effet, la forte hausse de l'excédent commercial est due principalement aux prix mondiaux élevés des hydrocarbures et aussi des métaux. Malheureusement, en dehors du pétrole, du gaz, des métaux et des armes la Russie a peut de choses à proposer sur le marché des exportations.
Cependant, l'ascension des prix du brut n'a pas été aussi bénéfique pour le pays qu'on pourrait le penser étant donné que son économie reste fondée sur cette matière première. Les autres secteurs industriels se maintiennent au second plan et connaissent un développement extrêmement lent. Si bien que dans le Rapport annuel sur la compétitivité pour 2004-2005 distribué au Forum économique mondial (FEM) de Genève, la Russie n'occupe que la 70-e place sur 104. D'autre part, les prix élevés du pétrole n'ont pas permis à la Russie de freiner l'inflation en 2004. Selon Rosstat, elle s'est chiffrée à 11,7 pour cent alors qu'il était prévu qu'elle ne dépasse pas 8-10 pour cent.
Quoi qu'il en soit, au cours de la conférence de presse élargie qu'il a tenue au mois de décembre dernier, le président russe, Vladimir Poutine, a annoncé que la croissance économique en 2004 avait entraîné une hausse de 9 pour cent des revenus réels de la population. Les retraites ont été relevées de 5 pour cent environ, les salaires ont progressé de 10-12,5 pour cent. Le taux du chômage a été ramené à 7,4 pour cent, soit à 5,5 millions de demandeurs d'emploi. Toujours selon Rosstat, l'année dernière a été marquée par une augmentation des dépenses de consommation finale des ménages russes. Dans le deuxième trimestre 2004, elles ont progressé de 12,7 pour cent par rapport à la même période de 2003. Cet indice - y compris les dépenses des organisations non commerciales desservant les foyers - a progressé de 3,6 pour cent aux Etats-Unis, de 3,5 pour cent au Japon, de 3,2 pour cent en Grande-Bretagne et au Canada, de 2,8 et de 1 pour cent en France et en Italie respectivement. Il a régressé de 0,8 pour cent en Allemagne.