Nezavissimaia gazeta
Une alliance russo-sino-indienne est fort peu probable
Le jour de la vente de Iouganskneftegaz (principale unité de production de Ioukos vendue aux enchères le 19 décembre 2004 pour 9,1 milliards de dollars afin d'amortir des dettes fiscales du groupe pétrolier) le président Vladimir Poutine a fait plusieurs déclarations laissant entendre que les restes de l'empire de ex-patron de Ioukos, Mikhaïl Khodorkovski, pourraient servir de fondations pour asseoir une nouvelle coopération russo-chinoise. Il s'agissait d'une éventuelle cession à la Chine de 20% des actions de la société issue de Iouganskneftegaz. En même temps, le plus grand producteur de pétrole indien, Oil and Natural Gas Corporation (ONGC), a fait savoir son intérêt à en acheter 15% des actions.
Ce grand projet de contrat économique laisse entrevoir une tentative de réaliser l'idée de l'alliance russo-sino-indienne, lit-on dans l'article du directeur du Centre d'étude de la société post-industrielle, Vladislav Inozemtsev, publié par le quotidien "Nezavissimaïa gazeta". Une telle alliance a été plus d'une fois qualifiée par Poutine de base pour mettre en place un "arc de stabilité en Asie", étant entendu qu'elle ramènera à la vie le monde multipolaire disparu avec la fin de la guerre froide. Pourtant, il est fort douteux que la formation d'un tel conglomérat puisse être une réussite.
Premièrement, il est difficile de considérer la Chine et l'Inde comme des alliés proches. Durant des dizaines d'années Pékin a soutenu Islamabad et non pas New Delhi. En perspective, une concurrence est inévitable entre les deux pays, d'abord sur le marché asiatique et puis sur le marché mondial. D'autre part, le principal partenaire de la Chine est les Etats-Unis (37,2% du commerce extérieur chinois, soit un chiffre d'affaire de 429 milliards de dollars, se fait avec les Etats-Unis) tandis que pour l'Inde c'est l'Union européenne (24,8% de son commerce extérieur). Le rôle de la Russie qui entre pour 2,1% et 1,1% dans le chiffre d'affaires du commerce extérieur de la Chine et de l'Inde respectivement a très peu de chance de devenir pour elles absolument important dans un avenir prévisible.
Deuxièmement, depuis que la Chine d'abord et l'Inde ensuite étaient considérées en URSS comme des alliés en puissance et des bénéficiaires de l'aide soviétique ou des importateurs de produits de ses constructions mécaniques, bien des choses ont changé. Aujourd'hui, les armements sont l'unique produit fini que la Russie vend à ces pays. L'Inde et la Chine évitent de faire des déclarations sur le partenariat stratégique avec la Russie.
En outre, l'alliance de la Russie avec l'Orient faisant un contrepoids à l'Occident reste une idée erronée. Aussi impressionnant que soit l'essor économique des pays asiatiques, il est basé pour une large part sur les technologies et les investissements occidentaux et reste dépendant des besoins des marchés occidentaux.
Vremia novostei
Pour les économistes, les Russes sont sous-payés
Mercredi les participants à une table ronde tenue à la Société économique libre et consacrée au développement social et économique de la Russie en sont venus à constater que les autorités non seulement ne font rien pour corriger les erreurs commises sous la présidence de Boris Eltsine, mais elles en font d'autres, et souvent plus graves encore. De l'avis des chercheurs, la réforme des avantages (remplacement des avantages en nature par des compensations en espèces) appauvrit davantage les plus pauvres, écrit le quotidien "Vremia novosteï".
Selon le directeur de la section économie du département des sciences sociales de l'Académie des sciences de Russie, Dmitri Lvov, l'écart entre les revenus des plus pauvres et ceux des plus riches est actuellement de 1 à 92. Nulle part ailleurs dans le monde on n'observe une telle dynamique différentielle des revenus. D'après les estimations de l'académicien, au cours des dix dernières années les revenus ont progressé chez seulement 1,5 pour cent des gens les plus riches. En outre, en ce qui concerne le produit régional brut, la différentiation par régions est colossale. Ces recherches ont amené Dmitri Lvov a conclure qu'il n'y a tout simplement plus de Russie unie aujourd'hui: il y a la Russie "riche" (15 pour cent de la population) et la Russie "pauvre" (85 pour cent).
Le chercheur affirme que depuis le lancement des réformes économiques les Russes exerçant une activité professionnelle sont sous-payés. Le coût de la production approche le niveau mondial alors que les salaires sont restés soviétiques, relève-t-il. Aussi les transformations auraient-elles dû commencer par une réforme de la rémunération du travail, des revenus de la population, prétend l'académicien. Mais jamais par la monétisation.
L'académicien Robert Nigmatoulline estime que tant qu'il n'y aura pas de redistribution des revenus, il sera impossible de relever le pays. Pour le chercheur, on peut répartir correctement les revenus en revenant à l'échelle fiscale: plus les revenus sont élevés et plus l'impôt l'est aussi, dit-il.
Au demeurant, le docteur ès sciences physiques et mathématiques Sergueï Kapitsa estime que le doublement du produit intérieur brut n'apportera rien pour le peuple. Comment peut-on fixer un tel objectif quand on voit comment l'économie fonctionne actuellement? s'est indigné le scientifique de renom.
Nezavissimaia gazeta
La Russie paiera le calme en Tchétchénie
La Tchétchénie et le Centre fédéral signeront avant la fin du trimestre en cours un accord sur le partage des pouvoirs qui accordera à cette république toute indépendance financière et économique envers la "métropole". A Tchétchénie se verra ainsi investie de pouvoirs sans précédent. Le quotidien "Nezavissimaïa gazeta" a déclaré que le projet d'accord est un document sur les relations entre le petit gagnant et le grand perdant.
La Tchétchénie obtient pour dix ans tous les droits sur la terre, le sous-sol, les ressources végétales et animales, sur la production, le transport et la commercialisation de ressources naturelles, ainsi que sur leur exportation. Tous les impôts et redevances seront versés intégralement au budget de la république, en plus de 3 milliards de roubles (100 millions de dollars) de crédits bancaires annuels.
Chaque Tchétchène victime des répressions staliniennes se verra verser une indemnité en espèce au niveau de 150 000 roubles (1 dollar US = 28,16 roubles).
L'accord interdit "toute ingérence des structures de force dans les affaires intérieures de la République".
De l'avis d'un membre du conseil scientifique du Centre Carnegie de Moscou, Alexéi Malachenko, certains représentants des autorités de la Tchétchénie estiment que la Russie est prête, dans cette situation, à faire des concessions très importantes pour apaiser la République : "Vous nous accordez les droits les plus larges et nous vous garantissons qu'il n'y aura pas de dérangement". "Moscou n'acceptera pas un tel accord", estime l'expert. "Aux yeux de l'élite militaire et politique, ce serait une défaite. Pourquoi alors a-t-on fait toute cette guerre ? Un marchandage est donc possible", a-t-il ajouté.
La signature d'un tel document peut inciter d'autres républiques nationales à des démarches analogues.
"A notre tour, nous préparons un projet d'accord avec la Russie dans lequel nous nous référions à la Tchétchénie. Pourquoi n'aurions-nous pas le droit qui lui est accordé ?" a déclaré le conseiller politique du président du Tatarstan, Rafael Khakimov.
Vedomosti
La Russie ne transmettra pas "Silovye machiny" au consortium "Siemens"
Le consortium allemand "Siemens" a peu de chances d'obtenir l'autorisation à l'acquisition des actions du consortium "Silovye machiny" (il fournit les équipements aux centrales électriques; 71 % des actions sont contrôlées par la compagnie "Interros", environ 4 %, par "Siemens", les investissements en portefeuille constituent 17 %) qui appartiennent à "Interros", parce que, dans ce cas, la compagnie sera entièrement contrôlée par les étrangers. Plusieurs hauts fonctionnaires ont simultanément déclaré au quotidien "Vedomosti" que la présence de capacités de production du matériel militaire dans la plupart des entreprises "Silovye machiny" est un obstacle infranchissable pour la conclusion de cette transaction.
Selon Viktor Khristenko, ministre de l'Industrie et de l'Energie, après la vente par "Silovye machiny" de leur actif militaire principal, l'usine de turbines de Kalouga, le problème semblait être réglé. Cependant, en l'examinant de plus près, il s'est avéré que les capacités de production du matériel militaire étaient présentes, d'une manière ou d'une autre, sur toutes les surfaces de "Silovye machiny" et leur séparation de la compagnie était impossible.
Viktor Khristenko a ajouté que, si cet actif est vendu au consortium "Siemens", celui-ci devra respecter les restrictions qui peuvent ne pas satisfaire le consortium allemand.
Le Service fédéral antimonopole confirme que l'approbation de la transaction avec "Siemens" est en question. "Que faire de la production militaire? Comment respecter le régime du secret d'Etat? demande un des dirigeants du Service. Certes, les citoyens étrangers ne pourront pas assumer sa direction". Le gouvernement recherche une solution à ce problème et se demande s'il est possible, en général, d'autoriser la vente de ces actifs aux Allemands.
"Interros" et "Siemens" se sont mis d'accord sur la vente de 71 % des actions de "Silovye machiny" en juillet 2004. En ce moment-là, une filiale de "Siemens" a déposé au Service fédéral antimonopole la demande d'acquisition d'un paquet d'actions de "Silovye machiny" qui est toujours à l'étude.
Comme on l'a appris en novembre, si le Service fédéral antimonopole décline la demande de "Siemens", le paquet d'actions pourra être acquis par la compagnie russe "Bazovy élément". Dans ce cas, il ne faudra pas mettre les actifs militaires de "Silovye machiny" au régime secret, comme dans le cas de conclusion de la transaction avec une compagnie étrangère.
Izvestia
Le plus grand sous-marin au monde sera mis en ferraille
Le croiseur sous-marin du projet 941 "Typhon", prototype du sous-marin soviétique du film "A la poursuite d'"Octobre Rouge", sera découpé. Un autre sous-marin de cette série sera également supprimé plus tard, font savoir les "Izvestia". Les frais du démantèlement seront assumés par les Etats-Unis.
Au moment de la parution du livre de Tom Clancy (1984) qui a été porté ensuite à l'écran, le prototype de l'"Octobre Rouge", premier croiseur atomique stratégique lanceur d'engins de type "Typhon", venait d'équiper les forces navales soviétiques. Ce sous-marin a été créé en contrepoids à l'"Ohio" américain.
Le "Typhon" reste l'un des systèmes d'armements exceptionnels dans le monde (ses dimensions lui ont valu de figurer dans le Livre Guinness des records. Par sa conception, le "Typhon" est un sous-marin à plusieurs coques. Sa superstructure légère (extérieure) au recouvrement spécial capable d'estomper le signal hydroacoustique comporte 5 coques solides (où se trouvent un sauna, une piscine, un gymnase et une cabine à fumer qui n'existe dans aucun autre sous-marin du monde). Entre deux coques principales, il y a 20 sites de lancement des plus grands missiles balistiques maritimes RSM-52 dotés de 10 ogives nucléaires chacun à guidage individuel.
Le "Typhon" pouvait effectuer, sans être repéré, le lancement des missiles à travers la calotte de glace polaire épaisse de plusieurs mètres sans éclaircies. Les autres sous-marins atomiques devaient percer pour cela la glace par leur coque en révélant ainsi le lieu où ils se trouvaient. Le "Typhon" ne pouvait pas être repéré à partir de l'espace, ce qui excluait la prévention d'une attaque de missiles.
Au début des années 90, la Russie et les Etats-Unis ont convenu de procéder au désarmement réciproque. En plus des sous-marins atomiques stratégiques de premières générations, il a été décidé de démanteler également les "Typon". "Seulement 3 croiseurs sous-marins lourds du projet 941 font actuellement partie de la division: "Arkhanglesk", "Severstal" et "Dmitri Donskoï" qui est en voie de modernisation", a constaté l'amiral Guennadi Soutchkov, ancien commandant de la Flotte du Nord.
"Le projet 941 est le meilleur navire par sa capacité de manoeuvre et ses
performances combatives, a déclaré un des auteurs du projet. Mais la flotte a aujourd'hui besoin de navires d'un autre jaugeage, plus petit".