Calme d'un diplomate

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MOSCOU. (Commentateur politique de RIA-Novosti, Dimitri Kossyrev). Le ministre des Affaires étrangères de la Fédération de Russie, Sergueï Lavrov, a donné à Moscou une "grande" conférence de presse dont le ton en général très calme et égal n'a été légèrement troublé, dirait-on, que par trois points dont il sera question un peu plus tard. Somme toute, cette conférence de presse est considérée comme celle qui dresse une sorte de bilan de l'année passée. Quoi qu'il en soit, elle a aussi porté sur le programme politique extérieur de la Russie pour 2005. Bien plus, on pourrait bien également associer cette même conférence de presse au premier anniversaire de la venue de Sergueï Lavrov au poste de chef de la diplomatie russe. En effet, sa première grande rencontre avec les journalistes, après son retour de New York, où il avait été délégué permanent de la Russie auprès de l'Organisation des Nations Unies, s'était déroulée dans cette même salle il y a à peu près un an.

Sergueï Lavrov s'est illustré depuis en ministre très sûr de ses faits et gestes, en homme politique imperturbable et ce, pendant cette année qui a été loin d'être simple, mais tout à fait "productive", selon ses propres termes, pour la politique extérieure de Moscou.

Citons, donc, ces trois épisodes qui tranchaient sur le fond général des déclarations plutôt délicates et bien équilibrées du ministre des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov. Ce sont notamment les relations avec les Etats-Unis; les relations avec l'Europe et, plus précisément, avec l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE), et, enfin, la situation générale au sein de la Communauté des Etats indépendants (CEI).

Pour ce qui est des Etats-Unis, on dirait que le chef de la diplomatie russe intervient en duo avec Condoleezza Rice qui suivait à peu près au même moment la procédure d'approbation de sa candidature au poste de secrétaire d'Etat américain au sénat US. Condoleezza Rice: "Nous voyons en Russie que la voie de la démocratie n'est pas du tout facile ni simple, encore que la réussite n'en soit guère garantie. En même temps, la récente expérience prouve bien que nous pouvons coopérer le plus étroitement avec la Russie pour résoudre des problèmes communs". Sergueï Lavrov: "Je ne connais que trop Condoleezza Rice en tant que politique très sérieux, et je ne pense pas, par conséquent, que l'administration américaine s'écarte à l'avenir de la ligne en vue de promouvoir les relations de partenariat, ligne formulée par le Président de la Fédération de Russie, Vladimir Poutine, et le Président des Etats-Unis, George W. Bush".

On voit bien que l'un diplomate en vaut l'autre. Tout est délicat, pondéré et très optimiste dans les propos évoqués. Signalons, cependant, une nuance fort significative dans le style même du comportement de Moscou. Il s'agit plus précisément de l'idée, réitérée, une fois de plus, par Sergueï Lavrov qu'un échange d'observations critiques entre Moscou et Washington ne témoigne, en fait, que des relations d'amitié encore plus chaleureuses qu'autrefois, relations qui trouvent, entre autres, leur expression dans des fruits tout à fait concrets de la coopération. "Vladimir Poutine et George W. Bush ont un niveau suffisant de confiance pour pouvoir poser, l'un à l'autre, au cours de leurs rencontres, toutes les questions et y donner des réponses honnêtes et tout à fait sincères, a indiqué Sergueï Lavrov. Nous estimons que c'est aussi dans ce régime que seront discutées les questions compliquées dans nos relations bilatérales".

Or, c'est déjà depuis plus d'une année qu'un mot clé est omniprésent dans toutes les déclarations de Moscou au sujet de la politique extérieure. Ce mot clé est "égalité" ou plutôt "égalité en droits". Et ce n'est certes pas l'effet du hasard. C'est que c'est le seul style du comportement dans l'arène internationale qu'accepte l'électeur russe. Ce style du comportement se résume à peu près comme suit: ce que peut dire et faire une partie est également acceptable pour l'autre. Force est de constater, d'ailleurs, que tels sont, en règle générale, des réflexes naturels de l'électeur dans la plupart d'autres pays du monde. Parmi les principaux événements prévus dans le courant même de cette année, Sergueï Lavrov a cité le prochain Sommet russo-américain à Bratislava et le Sommet moscovite Russie-Union européenne qui se déroulera tout juste après la célébration du 60-ème anniversaire de la Victoire sur le fascisme dans la Seconde Guerre mondiale, et plus précisément le 10 mai 2005.

Parmi les positions, somme toute, connues et maintes fois exposées par le ministre russe des Affaires étrangères concernant la politique européenne, on signalerait sans doute la réédition de la proposition de réformer l'OSCE pour faire revenir l'Organisation à ses buts initiaux, objectifs pour lesquels cette structure plutôt étrange avait autrefois été créée, structure qui n'a toujours ni procédure entérinée de son fonctionnement ni budget.

Rappelons qu'initialement, l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe avait eu pour idée de garantir l'égalité en droits de tous les pays, tant participant à l'Union européenne (UE) que n'en faisant pas partie. Or, l'OSCE ne pourrait guère exister à titre d'annexe de l'UE pour "éduquer" d'autres pays du continent. Il est tout à fait évident à présent que Moscou n'abandonnerait plus ses efforts en ce sens. Et les récentes activités manifestement politisées de l'OSCE en matière d'observation des élections dans les pays-membres de la Communauté des Etats indépendants ne sont, en fait, qu'un argument de plus en faveur des réformes. Comme l'a fait remarquer Sergueï Lavrov, il est tout à fait inadmissible quand un groupe peu nombreux de personnes prononce un verdict positif sur les élections, alors qu'un autre porte (dans un autre pays - NDLR) un jugement négatif avec la même liste des irrégularités".

Quoi qu'il en soit, Moscou voudrait aussi réformer la Communauté des Etats indépendants, formation post-soviétique, idée réitérée également à plusieurs reprises tout au long de l'année dernière. Sergueï Lavrov propose notamment de faire en sorte que les rencontres des chefs d'Etat et de gouvernement des pays-membres de la CEI, deviennent un forum important pour concerter les prises de position et définir les intérêts stratégiques des Etats. En revanche, il se trouve de plus en plus de programmes concrets qui doivent être élaborés et mis en oeuvre dans le cadre des activités courantes. Enfin, Sergueï Lavrov a rappelé le principe du bénévolat, principe selon lequel divers pays s'intègrent, l'un à l'autre, à des vitesses différentes, encore que cela ne menace en rien l'existence même de la Communauté des Etats indépendants, en tant que telle.

On dirait qu'à sa conférence de presse d'il y a un an, Sergueï Lavrov avait été bien plus animé qu'à son actuelle intervention devant les journalistes. Aujourd'hui, son ton est manifestement calme. Le ministre évoque une multitude de faits concrets et de documents qui prouvent avec toute l'évidence possible que Moscou se sent parfaitement sûr dans sa politique extérieure. Cette tactique est très facile à comprendre. D'autre part, le lobbying très énergique de la thèse sur la prétendue dégradation et la perte même des positions politiques extérieures de Moscou, thèse sur l'inadmissibilité des "tendances autoritaires" pour ses partenaires dans le monde, ce n'est évidemment qu'une partie des batailles idéologiques d'arrière-garde des libéraux russes, batailles qu'ils réussissent, d'ailleurs, très adroitement à transférer même en-dehors du pays. Dans de telles circonstances, l'appui sur des faits concrets, le professionnalisme et l'approche lucide et calme sont tout à fait de mise et très opportuns.

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