De l'avis de l'expert, l'Irak a "rejoint" les pays sous-développés sous la pression justement des Etats-Unis. La Russie a cédé à cette pression, comptant sur une réciprocité de Washington et espérant sans doute qu'il confirmerait les contrats - déjà passés - d'exploitation de gisements pétroliers ou de construction de centrales électriques et de lignes HT.
Et bien que les interlocuteurs russes aient tenté d'échanger une chose contre l'autre, ils y ont échoué, les Etats-Unis s'étant bornés à faire de simples promesses, estime Alexandre Livchits.
ConocoPhillips, poursuit-il, est, pour Moscou, l'unique espoir réel : cette compagnie est liée d'amitié avec le russe Lukoil et, de ce fait, pourrait faire entrer ce dernier en Irak.
Abordant le problème de la dette irakienne, Livchits a rappelé que, après 1990, Bagdad n'a remboursé à Moscou pas un seul cent, expliquant ce défaut de paiement par les sanctions de l'ONU. En 1994, l'Irak a refusé même d'évoquer le problème de ses dettes.
Après la chute du régime de Hussein, la solution évidente du problème aurait été, de l'avis d'Alexandre Livchits, d'accorder à l'Irak la possibilité d'une restructuration à long terme. Autrement dit, d'encourager les investissements, de rétablir le secteur pétrolier, de produire, de vendre et de gagner, s'acquittant peu à peu de ses dettes.
C'est ce qui avait été fait par le Club de Paris à l'intention de la Russie, rappelle l'économiste.
Pourtant, sous la pression des Etats-Unis, on a décidé autrement pour l'Irak, lui pardonnant "ses péchés financiers à hauteur de 80% de la dette".
Il en résulte que Bagdad doit maintenant à la Russie non pas 10 milliards de dollars, mais simplement 700 millions, somme que Moscou pourra d'ailleurs se faire rembourser dans 23 ans, comme le stipule l'accord signé. Autrement dit, 30 millions par an de la part d'un pays qui, bientôt, accédera de nouveau au rang de premier producteur mondial de pétrole (...)".
Mais Alexandre Livchits n'estime pas que l'annulation des dettes irakiennes soit une décision forcée, une sorte de billet d'entrée au G8 et au Club de Paris, car "la Russie siège déjà au même rang que les pays du G7 et du Club de Paris. Et, avec eux, annule les dettes des pays sous-développés. Pourtant, l'Irak n'en a jamais fait partie, en raison de son statut de gros producteur et d'exportateur de pétrole".