Revue de la presse russe du 14 janvier

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MOSCOU, RIA Novosti

Nezavissimaïa gazeta

La Russie a-t-elle perdu l'Ukraine?

La victoire du leader de l'opposition, Viktor Iouchtchenko, à l'élection présidentielle est perçue en Ukraine, en Russie et en Occident comme le plus grave revers de la politique étrangère russe de ces dernières années, lit-on dans un article de la "Nezavissimaïa gazeta" signé par Alexeï Arbatov, membre du Conseil scientifique du Centre moscovite Carnegie.

Préoccupé par le renforcement du système dit de "démocratie dirigée" à l'intérieur de la Russie ainsi que par ses tentatives d'implantation dans les anciennes républiques soviétiques, l'Occident était fermement décidé à ne pas admettre la victoire du favori de Moscou en Ukraine.

Pour la Russie les résultats de l'élection en Ukraine devaient répondre à la question: la république restera-t-elle avec la Russie en tant que parent insociable mais géopolitiquement proche, ou bien rejoindra-t-elle l'OTAN et, ultérieurement, l'Union européenne avec toutes les conséquences économiques, politiques, humanitaires et militaires en découlant?

Quand il n'a pas été possible de triompher en sollicitant les "ressources administratives", comme cela se fait fréquemment en Russie, Moscou s'est trouvé placé devant un choix: pousser le pays à une solution musclée en détachant les régions orientales et méridionales ou bien se résigner à l'échec. La première solution se serait soldée par un chaos total avec des conséquences imprévisibles pour l'Ukraine et aussi par une rupture totale avec l'Europe et les Etats-Unis. L'honneur du Kremlin est de ne pas s'être lancé dans cette aventure en dépit des pressions exercées par une partie prédominante du parlement et de l'opinion.

Sur le plan stratégique, en dépit de ses liens historiques profonds avec la Russie, l'Ukraine détermine sa politique en fonction de l'attrait économique et politique du modèle qu'elle voit à l'est ou à l'ouest de ses frontières.

Le transit des produits énergétique est une base trop étroite pour l'intégration économique de puissances industrielles et scientifiques aussi développées que la Russie et l'Ukraine; il leur manque des grands projets d'investissements tant pour le marché intérieur des deux pays que pour l'exportation.

Il est possible que la Russie se soit elle-même causé un préjudice en cherchant à régler des problèmes complexes tout simplement en voulant placer dans le fauteuil présidentiel un homme à elle. Mais si ces problèmes doivent être réglés sur le long terme et à un tout autre niveau, alors la défaite de Viktor Ianoukovitch pourrait bien ne pas être un trop grave échec pour la Russie.

Vedomosti

La Russie pourrait vendre des bombardiers stratégiques à la Chine

La Russie pourrait vendre des bombardiers à grand rayon d'action à la Chine, a déclaré le commandant en chef de l'armée de l'air russe, Vladimir Mikhaïlov. Il s'agit concrètement de bombardiers moyens Tu-22M3.

Rosoboronexport a refusé de commenter les propos du général mais deux représentants de sociétés aéronautiques russes ont confirmé au quotidien "Vedomosti" que les Chinois portent leur intérêt pour le bombardier moyen Tu-22M3 en premier lieu. Il n'y a pas longtemps la direction militaire chinoise a décidé d'instituer un commandement d'aviation à action lointaine mais la Chine ne possède pas à ce jour d'avions modernes qui conviendraient à ce projet.

Comme les militaires russes ont refusé jusqu'à présent de vendre à la Chine cet appareil "très puissamment armé", la nouvelle déclaration du commandant en chef de l'armée de l'air russe peut être considérée comme traduisant un changement de position en la matière.

Tout ce que les Chinois ont aujourd'hui comme avions à action lointaine, ce sont des Tu-16, explique l'expert militaire Mikhaïl Barabanov. L'URSS a accordé à la Chine la licence de fabrication de cet appareil à la fin des années 1950. Ce modèle a fait son temps et ne présente pas de menace sérieuse même pour Taiwan (principal adversaire éventuel de la Chine), sans parler de la flotte américaine capable de venir à la rescousse des Taiwanais. Des Tu-22M3, surtout s'ils sont armés de missiles russes modernes, pourraient présenter un danger pour les Américains dès les abords lointains de Taiwan, explique l'expert.

La Chine aurait intérêt à acheter à la fois deux régiments de Tu-22M3 au minimum (40 appareils), estime un officier de l'armée de l'air, rappelant que d'après les calculs effectués à l'époque soviétique, pour détruire de façon garantie un groupe porte-avions américain au moins deux régiments sont nécessaires. D'après un expert du Centre d'analyse des stratégies et des technologies, Konstantin Makienko, deux régiments de Tu-22M3 équipés de nouveaux missiles pourraient coûter plus de 1 milliard de dollars.

Comme la fabrication en série de ces appareils a été arrêtée en 1991 la Russie ne pourrait en livrer que ceux qui sont à la disposition de l'armée de l'air. Le parc des Tu-22M3 diminue aussi bien dans l'armée de l'air que dans la marine. Des 300 appareils qu'elles possédaient au moment de l'éclatement de l'URSS, il n'en reste actuellement que 130.

Vremia novosteï

Les étudiants pourraient rejoindre les retraités protestataires

Les comités des mères de soldats, un mouvement social qui à la fin de l'année dernière s'était transformé en Parti populaire uni des mères de soldats, a annoncé jeudi la préparation d'un référendum national sur la suppression des sursis militaires (le 30 décembre le ministre de la Défense, Sergueï Ivanov, s'était prononcé en faveur de cette mesure).

Par ailleurs, le référendum demandera aussi aux Russes ce qu'ils pensent de l'armée de métier, annoncent le quotidien "Vremia novosteï".

La présidente du parti, Valentina Melnikova, est convaincue que les mesures impopulaires prises par le ministère de la Défense pourraient amener les étudiants à rejoindre dans la rue les retraités protestantcontre la suppression des avantages en nature.

Le projet de document préparé par les hautes instances militaires n'a pas encore été publié, cependant les mères de soldats ont pu en prendre connaissance. Seuls les écoliers pourront être sursitaires. Les étudiants, les jeunes gens ayant des enfants en bas âge à charge et les agrégés ne pourront plus bénéficier de sursis, a dit Valentina Melnikova. Ce document enfreint la Constitution, la loi "De l'enseignement" et le Code de la famille. Notre position est celle-ci: le service militaire doit être un tremplin pour l'homme, mais en réalité il montre qu'il est très difficile aux étudiants de renouer avec les études après l'armée.

Le Parti des mères de soldats s'est déjà attaqué à la préparation du référendum. Selon Valentina Melnikova, de 100 à 150 personnes dans cinquante régions sont déjà disposées à collecter des signatures. Leur nombre pourrait augmenter sensiblement car les Russes manifestent une unité rare sur le problème des sursis militaires. Environ 60 pour cent des gens sont opposés à ce que les étudiants soient appelés sous les drapeaux pendant leurs études.

Cependant, le ministère de la Défense ne semble pas remarquer les signes de protestation dans la société. Qui plus est, le ministère en question entend supprimer ou restructurer les chaires militaires des établissements d'enseignement supérieur dont les promus reçoivent un grade et aussi la possibilité de faire leur service dans la spécialité militaire acquise. Le ministère de la Défense est sceptique quant à la valeur des spécialistes formés dans les établissements d'enseignement supérieur civils et, semble-t-il, il considère les chaires militaires comme une échappatoire au service militaire.

Vedomosti

Intel invité au pôle technique de Nijni-Novgorod

Une "Silicon valley" russe verra le jour dans les environs de Nijni-Novgorod sur la base du Centre nucléaire fédéral de Sarov. Son principal investisseur sera le groupe financier moscovite Sistema. Des négociations ont été entamées pour y faire venir des sociétés internationales dont Intel, écrit le quotidien "Vedomosti".

Pour créer un pôle technique, un terrain de 45 hectares a déjà été affecté à cet effet dans la région de Nijni-Novgorod. D'autre part, le gouvernement régional a déboursé 4,5 millions de roubles (1 dollar US = 27,86 roubles) pour l'étude du plan directeur du chantier.

L'investisseur du projet, la société moscovite Sistema, construit déjà d'autres pôles techniques à Zelenograd et à Doubna, deux villes de la région de Moscou.

Son représentant promet que les investissements dans le projet à réaliser à Sarov seront "importants" mais ne dépasseront pas plusieurs centaines de milliers de dollars à la première étape. D'après le gouvernement régional, Sistema a déjà investi 1 million de dollars environ dans la construction de la première tranche du bâtiment qui abritera le pôle technique. Sistema est actuellement en négociation pour faire venir à Sarov des sociétés internationales dont Intel pourrait devenir la première.

D'ailleurs Intel n'est pas pressé de proférer des promesses. Son porte-parole Chuck Malloy a rappelé qu'en été 2004 Intel avait fondé un centre de recherches-développements à Sarov et n'avait annoncé depuis aucun autre plan. Il n'est pas encore question d'installer une unité de production de semi-conducteurs dans le pôle technique de Nijni-Novgorod. Intel poursuivra ses recherches et développements, y compris dans le domaine des logiciels. Des négociations sont en cours avec deux autres sociétés américaines. Boeing projette de mettre en place dans la région de Nijni-Novgorod la production de pièces pour avions et General Atomics, d'organiser la fabrication de sources d'alimentation électrique pour les chantiers pétroliers et gaziers.

Cette semaine Vladimir Poutine a cité les régions prioritaires où il est envisagé de créer des pôles techniques. Ce sont Moscou, Saint-Pétersbourg, Novossibirsk et la région de Nijni-Novgorod. Le président a demandé de soumettre à la Douma (chambre basse du parlement russe), d'ici le 1er mars, un projet de loi sur les zones économiques libres qui seront exonérées des droits de douane et où le taux de l'impôt social unique sera abaissé de 26% à 14%.

Finansovyé izvestia

Le virus du portable est arrivé en Russie

Le laboratoire antivirus de Kaspersky a annoncé jeudi le premier cas de contamination en Russie d'un téléphone portable par le virus informatique Cabir.a. Il s'est introduit dans un appareil Nokia utilisant le mode Bluetooth, annonce le journal "Finansovyé izvestia". Bien que Cabir.a soit anodin dans sa version actuelle, les virologistes s'attendent déjà à l'apparition de modifications agressives et à des épidémies de type nouveau.

L'épidémie Cabir a éclaté dans le monde en juin dernier et la Russie est le neuvième pays où une victime du virus a été découverte. Sa pénétration dans les portables a été constatée également à Singapour, aux Philippines, aux Emirats arabes unis, en Chine, en Inde, en Finlande, en Turquie et au Vietnam.

Le laboratoire de Kaspersky a confirmé que son assistance avait été sollicitée par un propriétaire d'un portable Nokia 7610.

On sait que Cabir ne détruit pas le téléphone, ni son programme informatique. Le virus se multiplie exceptionnellement sur les appareils équipés du système d'exploitation Symbian (smartphones). Une fois pénétré dans l'appareil, il s'inscrit dans le système d'exploitation et se charge dans la mémoire à chaque branchement du téléphone. L'unique inconvénient qu'il cause est l'embêtante inscription "Caribe" qui ne disparaît pas de l'écran (le virus se déguise en programme de protection Caribe Security Manager). Une fois installé, il se met à scanner tous les autres Bluetooth qui peuvent se trouver dans un rayon de dix mètres pour se transmettre soi-même à un autre appareil. Cabir n'identifie pas le système Bluetooth qu'il chercheà attaquer.

Le porte-parole du bureau russe de Symantec, Ekaterina Nikolaeva, souligne que l'unique mal causé par Cabir peut être une décharge rapide de la batterie car la téléphonie en mode Bluetooth est énergivore.

Cependant, les spécialistes recommandent de se méfier de ce virus. Le coordinateur des relations publiques de Nokia dans les pays de la CEI, Serguéi Sidorov, met en garde : "Le code initial de Cabir a été installé dans Internet et peut de ce fait devenir un outil pour les malfaiteurs qui pourraient en faire un programme effectivement nocif".

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