Les retraités ont toujours raison

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MOSCOU, 13 janvier (par Dmitri Kossyrev, commentateur politique de RIA Novosti). L'année 2005 en Russie a commencé avec des désagréments pressentis. Plusieurs manifestations de retraités ont eu lieu à Saint-Pétersbourg, à Vladimir et à Samara, des villes de Russie centrale, ainsi qu'à Solnetchnogorsk et à Khimki, des localités des environs de Moscou. Ces gens nourrissaient déjà des soupçons à l'égard de la réforme des pensions de vieillesse, autrement appelée "monétarisation des avantages", une mesure prévoyant le relèvement du montant des pensions pour compenser des avantages comme la gratuité dans les transports en commun.

Cette réforme avait été envisagée pour améliorer la condition des personnes âgées, et sur le papier c'est précisément ainsi qu'elle se présentait. Ces personnes que la télévision s'était efforcée de persuader que la réforme ne leur serait que profitable, attendaient une matérialisation concrète de ces promesses. Et après avoir fait leurs comptes, elles sont descendues dans la rue.

Ces événements avaient été annoncés à plusieurs reprises. Un exemple. En dressant sa liste annuelle des "10 surprises prévues" de 2005, l'analyste de la compagnie Morgan Stanley's, Baïron Vine, avait voué la Russie à toutes sortes de malheurs, jusques et y compris une "deuxième révolution russe". La liste de Vine ne concerne que les inattendus, c'est-à-dire des événements extrêmes et non pas des versions patentes de l'évolution des événements. Quoi qu'il en soit, c'est un fait qu'aujourd'hui les retraités russes en ont gros sur le coeur.

Il est notoire que les réformes de marché entreprises par le président Poutine sont bien plus profondes que celles qui avaient été entreprises par ses prédécesseurs depuis 1992. Et du point de vue macroéconomique la "monétisation des avantages" est logique et nécessaire. L'économie naturelle, subventionnée, qui embrasse toujours le système des pensions et aussi, entre autres, le paiement d'une partie du loyer et des charges, constitue un boulet pour l'économie du pays. Seulement du point de vue de son application administrative, cette mesure ne pouvait pas, compte tenu des réalités russes, ne pas se heurter à des embûches. Et pour prévoir la chose, nul besoin de solliciter la Morgan Stanley's. La presque totalité de la presse russe avait annoncé pas moins de désagréments que Baïron Vine. On peut dire, bien sûr, qu'avec leur aptitude biologiquement amoindrie à réagir avec souplesse aux réalités nouvelles, que les retraités sont toujours dans leur tort. Par exemple, la chose est visible dans n'importe quelle succursale de la Banque d'épargne lors de tout nouveau changement apporté au tarif des charges ou même du remplacement de formulaires. On voit se former de longues queues de personnes âgées auxquelles, pour des problèmes de vision ou d'ouïe, il faut longuement expliquer ce qui a changé et combien désormais il faut payer.

Seulement il serait bien plus judicieux de dire que les retraités ont toujours raison. En tout cas en Russie où les réformes "de marché" du début des années 1990 avaient grugé la génération aînée de ses épargnes bancaires, où l'inflation et le démantèlement du système des pensions avaient en un clin d'oeil transformé des millions de personnes âgées en miséreux devant subsister avec 20-30 dollars par mois avec une inflation/rouble à trois chiffres. Après cela ces gens ont parfaitement le droit moral de regarder d'un air soupçonneux la bureaucratie inefficace avec tous ses péchés. Et ce qui est essentiel, c'est que ces soupçons sont fondés, que cette fois-ci encore les fonctionnaires chargés d'appliquer des lois raisonnables sur le papier ont fait preuve d'incurie.

Une incurie telle que la Douma (chambre basse du parlement) qui sortait des longues vacances de fin d'année a été contrainte de reprendre son travail en s'attaquant à la révolte des retraités. Mercredi, en session plénière, elle a examiné un recours au gouvernement et au Procureur général de Russie eu égard à l'inapplication de la loi sur le remboursement des avantages.

La plupart des parlementaires avaient passé les vacances de fin d'année dans leur circonscription et de retour dans la capitale ils ont fait état de nombreux faits dont ils ont été les témoins. Le président de la chambre basse, Boris Gryzlov, et le président du comité pour le travail et la politique sociale, Andreï Issaev, ont raconté bien des choses intéressantes. Par exemple, que si les budgets régionaux manquent de moyens pour rembourser les avantages en nature, ceux-ci peuvent être maintenus. Cependant, les autorités régionales n'ont pas utilisé cette possibilité, a indiqué Boris Gryzlov. En outre, la loi prescrit que le montant du financement ne peut pas être réduit, tout comme ne peut pas être réduit le nombre de citoyens bénéficiaires des avantages. La question, c'est que les avantages doivent être exprimés en argent. Il semble donc que les autorités locales ont décidé d'économiser sur les retraités.

Mais ce n'est pas tout. Même lors des réformes libérales les retraités pouvaient acquérir gratuitement certains médicaments délivrés sur ordonnance. Personne n'avait l'intention de les priver de ce droit. Pourtant, l'esprit probablement détourné par les vacances, les fonctionnaires du ministère de la Santé et du Développement social n'ont pas eu le temps ou ont négligé de prévenir toutes les pharmacies que ce système serait maintenu.

Enfin, la gratuité dans les transports en commun. On a annoncé à la Douma que le maire de Vladimir avait supprimé cette gratuité en attribuant une compensation seulement aux personnes dont la pension est inférieure à 1.600 roubles, soit un peu plus de 50 dollars par mois. En ce qui concerne la région de Moscou, ici aussi le problème de la gratuité dans les transports en commun est à l'origine des manifestations. Dans cette région, des dizaines de milliers de personnes âgées gagnent un salaire d'appoint ou commercent dans les marchés de Moscou, et sans cette gratuité de déplacement leurs modestes revenus moscovites seraient amputés presque de moitié.

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