Toutefois, sur la Terre la base de l'interférométrie est limitée par les dimensions de la planète: la distance maximale accessible est égale au diamètre du globe. C'est la raison pour laquelle à la fin des années 1970, l'Institut de recherches spatiales relevant de l'Académie des sciences de l'URSS avait suggéré de créer un système radio-interférométrique terro-spatial pour les recherches astrophysiques avec pouvoir de résolution très élevé: un satellite doté d'un radiotélescope est placé sur orbite et fonctionne conjointement avec les radiotélescopes terrestres.
Les premiers pas au monde dans cette direction ont été faits en 1979, quand un radiotélescope muni d'une antenne de 10 mètres de diamètre a été déployé à bord de la station orbitale "Saliout-6". Seulement "Saliout 6" évoluait sur une orbite relativement basse, ce qui n'augmentait pas substantiellement la base, aussi l'objectif essentiel de l'expérience s'était réduit à l'élaboration d'une méthodologie d'observation.
C'est à cette époque que la première pierre d'un ouvrage qui devait devenir la fierté de la science soviétique et mondiale avait été posée sur le plateau de Soufa en Ouzbékistan. C'est ici, dans un site protégé et pittoresque de la république, à quelque 2.000 mètres au-dessus du niveau de la mer, que fut mis en chantier un observatoire radio-astronomique, dont l'élément essentiel, un radiotélescope de 70 mètres de diamètre, devait fonctionner en couple avec le radiotélescope spatial.
Près de vingt années se sont écoulées depuis. L'Union soviétique s'est disloquée. Le financement des recherches spatiales a considérablement été réduit et le radiotélescope spatial s'est transformé en "chantier abandonné". La construction de son homologue terrestre sur le plateau de Soufa a elle aussi été gelée. Aujourd'hui le projet "Radioastron" est classé prioritaire dans le Programme spatial fédéral. Les travaux battent leur plein. Le lancement d'un satellite emportant le radiotélescope devrait avoir lieu en 2006. Fort heureusement, il est resté en Russie et en Ouzbékistan des gens convaincus de la nécessité d'achever aussi la construction du radiotélescope terrestre. Le fait que les plus grands radiotélescopes des Etats-Unis, de l'Allemagne, de l'Australie et d'autres pays soient impliqués dans le fonctionnement du radiotélescope russe n'empêchera par le télescope en Ouzbékistan de jouer son rôle et d'apporter une contribution de poids aux observations en raison de sa situation géographique exceptionnelle.
Un nouveau compte à rebours pour le destin du projet RT-70 a commencé en 2000, après plusieurs rencontres bilatérales au niveau gouvernemental et une réunion de la commission conjointe. Nous allons espérer une dernière fois, dit le directeur du Centre de recherches spatiales relevant de l'Académie des sciences de l'Ouzbékistan, aujourd'hui directeur du projet pour la partie ouzbèque, Choukhrat Egamberdiev.
Au cours des trois dernières années écoulées des spécialistes de la Russie - celle-ci est le principal concepteur et financier du projet - ont procédé à sa révision globale. A mon avis, il est même bien que l'observatoire n'ait pas été construit, estime Nikolaï Artemenko, directeur du projet pour lapartie russe et chef de département du Centre astrospatial de l'Institut de physique relevant de l'Académie des sciences de Russie. Avec l'éclatement de l'URSS il aurait connu un sort peu enviable. Aujourd'hui les conditions politiques, économiques, sociales, scientifiques et techniques ont radicalement changé. Initialement il était prévu que l'observatoire fonctionne en tant qu'entité entièrement autonome, dans laquelle vivraient et travailleraient plus de 200 personnes, scientifiques et préposés à la maintenance. A présent il est évident que le travail au télescope devra s'effectuer par roulement. Les recherches seront réalisées par une douzaine de scientifiques assistés d'une vingtaine de personnes.
La conception scientifique de l'activité de l'observatoire a été entièrement revue. Si auparavant les observations devaient être réalisées dans une gamme d'ondes très étendue, maintenant elles ne le seront plus que dans les ondes millimétriques, les plus informatives et les moins étudiées. La raison en est que sur un sixième du globe de nouvelles frontières ont été tracées, la propriété soviétique a été partagée tandis qu'aux Etats-Unis, par exemple, on a mis en service un radiotélescope de 100 mètres de diamètre. Même dans les conditions idéales du plateau de Soufa, le radiotélescope de 70 mètres aurait beaucoup de mal à le concurrencer. Par contre, dans la bande millimétrique il sera le plus grand et aussi le plus précis au monde. Tout ceci a nécessité la révision des solutions architecturales. Les spécialistes s'emploient cependant à utiliser au mieux ce qui existe déjà, par exemple les 1.800 panneaux de l'antenne du télescope qui ont déjà été livrés à Soufa.
D'une manière générale, même aujourd'hui, alors que plus de vingt années se sont écoulées, le projet impressionne par sa singularité. C'est en quelque sorte un prototype des colonies de peuplement que l'homme implantera sur la Lune ou sur Mars. Seulement là-bas il faudra doubler les systèmes à des fins sécuritaires. Une chose qui avait été prévue à Soufa mais qui a par la suite été abandonnée. Grâce aux nouvelles technologies les instruments scientifiques, les matériels de calcul et les moyens de communication sont devenus suffisamment fiables. Finalement la révision a permis de ramener de 26 à 19 millions de dollars le coût de l'achèvement de la construction du télescope.
L'observatoire radio-astronomique du plateau de Soufa est nécessaire pas seulement pour les chercheurs russes et ouzbeks. Ces ouvrages retiennent l'attention des spécialistes du monde entier. Ce n'est pas sans raison que l'observatoire a reçu le statut international. D'autre part, sa création, c'est des investissements russes directs dans l'Ouzbékistan et sa science.