A l'heure actuelle, tous les comptes et les actifs de Youkos sont bloqués et on se prépare à la vente aux enchères de Youganskneftegaz - principale entreprise de production de Youkos - au titre du remboursement de la dette fiscale du groupe. Jusqu'à tout récemment, l'arrêté de l'inspection interrégionale des impôts sur les gros contribuables et arrêtant toutes les opérations sur les comptes bancaires de Youkos était encore en vigueur. C'est pourquoi la compagnie était dans l'impossibilité de retirer de l'argent de ses comptes sur lesquels plus de 600 millions de dollars s'étaient accumulés.
On pense que la compagnie sera en mesure d'éteindre prochainement sa dette fiscale pour 2000 qui se monte à 3,4 milliards de dollars. Sur cette somme le groupe a déjà versé 3,2 milliards de dollars, et l'argent qui se trouve sur les comptes de la compagnie permettra de payer le reliquat. Le montant global des créances fiscales de Youkos s'élève à 7,4 milliards de dollars.
Selon les experts, l'autorisation de reprendre les opérations sur les comptes de Youkos s'explique par le désir de "blanchir" les comptes de la compagnie et de la forcer à acquitter ses impôts. Si l'arrêté sur la suspension des opérations sur les comptes de la compagnie avait continué d'être en vigueur, la démarche suivante aurait été leur confiscation. Et la confiscation peut juridiquement faire l'objet d'un pourvoi en appel. Le blocage était indispensable pour empêcher que les ressources présentes sur les comptes puissent être utilisées à d'autres fins. Les autorités avaient donc besoin d'autoriser la reprise des opérations bancaires pour récupérer une partie du reliquat de dette et diminuer le nombre des éventuelles procédures juridiques.
Cependant, en principe rien n'a changé. On s'attend à ce que prochainement de nouvelles créances soient présentées à Youkos - pour 2002 - à hauteur de plusieurs milliards de dollars. Par ailleurs, le montant des créances sera comparable aux dettes de la compagnie envers le budget de l'Etat pour les années précédentes. Selon la compagnie d'investissements Prospect, la dette fiscale de Youkos, déduction faite des versements déjà effectués, avoisinera la barre des 7 milliards de dollars, soit environ le montant de la capitalisation de la compagnie.
Parallèlement, les discussions se poursuivent entre les autorités et les actionnaires minoritaires de la compagnie. La semaine dernière, le Département d'Etat des Etats-Unis s'est montré critique. Cette semaine, la Suède a haussé le ton par la voix de l'ex-ambassadeur de Suède en Fédération de Russie, Swen Hirdman, qui a écrit au ministère russe du Développement économique et du Commerce (MERT) au nom des investisseurs suédois, dont le montant global des investissements de portefeuille effectués en Russie - la majorité ayant été placée dans la compagnie Youkos - dépasse 3 milliards de dollars. La lettre dit que les investisseurs suédois comprennent le désir de l'Etat de garantir le recouvrement des impôts des entreprises qui se soustraient à leurs engagements fiscaux, tout en mettant en doute l'efficacité des mesures prises par les autorités russes, et en accusant la justice d'avoir d'autres objectifs que celui de collecter les impôts. Et les investisseurs suédois voient dans le recours devant les tribunaux internationaux l'unique possibilité de récupérer leurs investissements perdus. De même, les Suédois se déclarent préoccupés par le fait qu'à la lumière de l'examen de l'affaire Youkos, l'opinion qu'a de la Russie la communauté financière internationale peut influer jusqu'à stopper son adhésion ultérieure à l'économie globale.
L'émotion des investisseurs étrangers est parfaitement compréhensible - ils ne pouvaient imaginer que la procédure judiciaire frappant la compagnie pétrolière provoquerait une telle chute de sa capitalisation. La lettre des investisseurs suédois n'émane pas d'un gouvernement étranger, monsieur Hirdman agissant en tant que personnalité indépendante. Il n'empêche que sa proximité avec les milieux officiels permet de supposer que Stockholm soutiendra les investisseurs suédois.
Les autorités russes continuent, nonobstant la pression internationale, de s'en tenir à leur politique. Ces derniers temps, différentes personnalités officielles ont tenu de nombreux propos sur le thème de Youkos. Le ministre russe du Développement économique et du Commerce, Guerman Gref, estime que la situation autour de la compagnie n'est guère favorable à la Russie, mais nécessité oblige, il faut remettre de l'ordre dans l'économie russe. "Il aurait été préférable d'éviter une telle situation, mais le mieux serait encore que tout le monde acquitte ses impôts avant d'avoir des problèmes avec la justice", a dit G.Gref. Le ministre a ajouté que les procédures ultérieures liées à l'affaire Youkos devaient être transparentes et conformes aux règles du marché. "D'après ce que je comprends, il n'est pas question de mettre Youkos en faillite", a souligné le ministre.
Igor Chouvalov, conseiller économique du président de la Fédération de Russie, estime qu'en cas de vente forcée des actifs de la compagnie pétrolière, ils feront l'objet d'enchères publiques et ouvertes. Selon lui, l'Etat est tenu de tout faire pour que la procédure de vente de Youganskneftegaz soit transparente. D'après le conseiller du président, "la position de l'Etat à l'égard de Youkos reste inchangée".
En outre, la Russie demeure un marché attrayant avec de grandes potentialités pour les investisseurs étrangers. Selon le ministre de l'Industrie et de l'Energie, Viktor Khristenko, l'affaire Youkos n'a pas eu d'impact sur l'intérêt manifesté par les compagnies occidentales envers l'économie de la Russie, et l'été 2004 fut une période de nombreux contacts entre le gouvernement russe et les représentants des compagnies occidentales fers de lance. De même, selon le président de la Chambre de commerce des Etats-Unis, Thomas Donohue, l'affaire Youkos n'entrave pas les négociations russo-américaines sur l'adhésion de la Russie à l'OMC. "Il serait faux de penser que le problème d'une seule compagnie puisse constituer un obstacle sérieux aux négociations", a déclaré T.Donohue.