Doit-on mettre en prison les adeptes du wahhabisme?

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Le président du Conseil des muftis de Russie, Ravil Gaïnoutdine, a exhorté les hommes d'Etat à demander conseil aux leaders musulmans du pays et à donner une définition nette et précise au wahhabisme, en tant que tel, avant de l'interdire par une loi spéciale.

Le président du Conseil des muftis de Russie, Ravil Gaïnoutdine, a exhorté jeudi les hommes d'Etat à demander conseil aux leaders musulmans du pays et à donner une définition nette et précise au wahhabisme, en tant que tel, avant de l'interdire par une loi spéciale.

"Le jour n'est pas loin où le Conseil d'Etat va se réunir pour se pencher, entre autres, sur la question de la répression du terrorisme, y compris de l'interdiction législative du wahhabisme, en faisant l'amalgame entre le terrorisme et l'islam", a déclaré le mufti lors d'une rencontre des représentants du Conseil interconfessionnel de Russie et du Conseil de la Fédération (Chambre haute du Parlement russe) à Moscou.

Quoi qu'il en soit, a souligné Ravil Gaïnoutdine, l'islam et le terrorisme, ce n'est pas la même chose, loin de là.

"Aussi voudrions-nous qu'au cours de la préparation de ladite loi, des consultations se fassent avec des spécialistes de la Direction spirituelle des musulmans de Russie. Nous tenons aussi à voir ce projet de loi et la définition qui y est donnée à la notion même du wahhabisme et ce, pour comprendre justement pour quel "délit" serait punie telle ou telle personne en cas d'adoption de ce projet de loi, pour faire en sorte finalement que les musulmans innocents n'en souffrent pas", a noté le mufti.

Le président du Conseil des muftis de Russie a insisté, en outre, sur la nécessité absolue de donner la définition la plus précise du wahhabisme, en tant que tel. "Si le terme même de wahhabisme entend le terrorisme, des appels à la violence et à l'effusion de sang, nous sommes évidemment aussi contre celui-ci et n'avons par conséquent rien contre son interdiction", a indiqué Ravil Gaïnoutdine. "Mais si, sous le terme de wahhabisme, on entend tout simplement une idéologie quelconque, nous devons bien reconnaître qu'il est tout bonnement impossible d'interdire l'idéologie. Comment peut-on savoir les idées précises d'une personne ou d'une autre", a estimé le mufti.

Pour leur part, les membres du Conseil de la Fédération ont promis de rapporter les souhaits exprimés par le mufti aux autres hommes d'Etat du pays.

Auparavant, le Procureur général adjoint de la Fédération de Russie, Vladimir Kolesnikov, a proposé d'introduire des sanctions pénales pour wahhabisme. Quoi qu'il en soit, les chercheurs du pays considèrent de telles mesures répressives comme tout à fait incompatibles avec la nature démocratique de l'Etat russe. "Dans un tel cas, l'Etat apparaît comme religieux du fait qu'il s'ingère dans la vie spirituelle de ses citoyens et leur ordonne même des éléments à confesser dans telle ou telle religion. Il s'agit là en fait de la persécution pour la foi", estime Sergueï Aroutiounov, grand spécialiste de l'Islam.

Mais qu'est-ce qui est donc ce wahhabisme qui s'est fait une triste célébrité à l'occasion des événements en Tchétchénie? Selon les ethnologues, le wahhabisme est le mouvement politico-religieux arabe du XVIII-ème siècle (dont le fondateur est Mohammed Abdel Wahhab - /1703-1787/) qui était associé à l'idée de la lutte contre la Turquie Ottomane et à l'idée de la réunification de l'ensemble de la péninsule d'Arabie sous le pouvoir théocratique (le wahhabisme est d'ailleurs la religion officielle de l'Arabie Saoudite).

Parfois, le wahhabisme est qualifié de "protestantisme dans l'islam". De l'avis de ce même Sergueï Aroutiounov, ce qui est appelé le wahhabisme en Russie n'a en fait rien à voir avec le wahhabisme authentique, mais n'est en réalité qu'une tendance faussement interprétée du fondamentalisme islamique. "Persécutant le wahhabisme, nous finirons inévitablement par punir pour islam ou même certaines ramifications du christianisme. Le problème ne réside certes pas dans la théorie religieuse, mais dans ces individus qui l'exploitent à leurs fins égoïstes et bien souvent criminelles. Le problème est aussi que dès que les organes de maintien de l'ordre s'avèrent incapables de mener une lutte efficace et pertinente, ils se mettent à inventer toute sorte de choses", affirme sans doute de plein droit le député à la Douma d'Etat (Chambre basse du Parlement russe), Guennadi Goudkov.

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