Aujourd'hui, la Douma a ratifié le protocole de Kyoto annexe à la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques. Ce texte impose des restrictions sur les émissions de gaz dits à effet de serre qui aurait un impact négatif sur les processus climatiques globaux.
Ces restrictions prescrivent, de 2008 à 2012, de réduire les émissions de gaz à effet de serre d'au moins 5% par rapport à 1990. Les principaux engagements incombent aux pays industrialisés. La Russie, elle, s'est engagée à maintenir ses émissions moyennes annuelles au niveau de 1990. Les champions du protocole sont les pays de l'Union européenne et le Japon, alors que les trois plus grands pollueurs du monde outre la Russie - les États-Unis, la Chine et l'Inde - refusent de le ratifier.
Après des débats publics, très intenses ces derniers temps, il est devenu clair que le protocole de Kyoto a peu de rapports avec la protection de l'environnement, son efficacité dans la gestion des gaz à effet de serre suscitant beaucoup de doutes dans les milieux scientifiques. L'Académie russe des sciences a organisé cette année un colloque qui a jugé le protocole de Kyoto "dénué de tout fondement scientifique". Ce document ne fait que créer un nouveau marché, celui des quotas qui font l'objet de commerce entre les pays adhérants. Ainsi, les conséquences de la ratification doivent en priorité être mesurées sous l'il de son efficacité économique.
Pour les pays avancés, la signature du protocole signifie le passage à des technologies écologiques et économes en ressources ce qui doit améliorer leur compétitivité. En outre, la loyauté manifestée vis-à-vis des verts de plus en plus présents dans la vie publique des Vingt-cinq ne demandera pas à ces derniers beaucoup de sacrifices, leur production se délocalisant depuis longtemps vers les pays du tiers monde.
Pas si simple pour la Russie. Les industries russes ont besoin de ranimer leurs capacités, ce qui signifie, d'une part, un volume d'investissements plus grand qu'il ne l'est pour le passage aux technologies écologiques et, d'autre part, une croissance naturelle de l'intensité énergétique du PIB, alors que l'énergie est de moins en moins présente dans le PIB des pays industrialisés au fil des dernières décennies. Les détracteurs mettaient en garde que la ratification pourra faire en sorte que la réduction des émissions et non pas la croissance industrielle devienne la priorité économique de Moscou. Une tendance loin d'être positive faute de moyens de moderniser la production dans la plupart des industries.
Les défenseurs de la ratification déclaraient, quant à eux, que cette démarche ouvrait à la voie à des investissements supplémentaires issus de la vente des excédents du quota russe et que ces investissements pourraient promouvoir les technologies économes en énergie. À l'heure actuelle, la plupart des entreprises russes ne sont pas compétitives. De plus, les ressources naturelles ne sont pas sans bornes, et les coûts de l'ouverture de nouveaux gisements continuent de croître. Les réserves excessives d'hydrocarbures ne sont plus l'avantage absolu de la Russie. Dans cette optique, à long terme, la ratification du protocole de Kyoto pourrait encourager la Russie à passer aux technologies économes en énergie et contribuer à multiplier le nombre d'entreprises compétitives.
Qui plus est, la Russie peut devenir un acteur important sur le marché naissant des quotas: l'Union européenne, le Japon et le Canada ont déjà adressé à la Russie des demandes préalables. Selon le ministre russe des industries et de l'énergie, Viktor Khristenko, le protocole de Kyoto signifie la mise en place d'un nouvel secteur sur le marché global, un secteur intéressant et prometteur. Toutefois, les acteurs doivent avoir une stratégie précise sur ce nouveau marché où les craintes et les risques ne sont pas sans fondement.
Les débats n'ont pas été longs à la Douma et ont fini par la victoire du "oui" à la ratification. Reste à espérer que les députés ont bien pesé les modalités de la ratification et que ces modalités sont acceptables.