- Où est en fait la différence entre les tâches antiterroristes auxquelles vous vous êtes consacré auparavant au poste de vice-ministre des Affaires étrangères de la Fédération de Russie et vos fonctions actuelles à titre de représentant spécial du chef de l'Etat russe?
- Ma nomination a fait suite au Décret du Président de la Fédération de Russie, Vladimir Poutine, "Des mesures urgentes à adopter afin de rendre plus efficace la lutte contre le terrorisme". Lesdites mesures sont adoptées dans les domaines les plus différents - militaire, financier, informationnel, technologique, culturel et autres. Somme toute, la concertation de ce travail a besoin d'être perfectionnée. Dans le même temps, il importe que l'information particulièrement précieuse ne soit pas bloquée à cause d'un cloisonnement sectoriel excessif ou des entraves bureaucratiques.
Prenons, par exemple, un aspect tel que la répression du financement des terroristes. C'est sans doute un volet prioritaire de notre coopération internationale à l'étape actuelle. Quoi qu'il en soit, l'établissement de la coopération sur cet aspect précis au niveau des groupes de travail bilatéraux et régionaux n'a été ni facile ni simple, loin s'en faut. Cela s'est avéré particulièrement difficile quand il s'agissait du financement des extrémistes par le biais de toute sorte de "dons" de la part de différentes organisations non gouvernementales (ONG) et structures privées, ainsi qu'à partir de certaines fondations caritatives. Nos collègues étrangers à qui nous avons même cité les filières exactes de transfert depuis l'étranger de devises à l'intention des bandes de terroristes tchétchènes restaient en règle générale pantois, en nous disant: on pourrait évidemment y mettre fin au niveau d'Etat, mais que faire de l'argent déclaré à titre d'assistance humanitaire? Pour faire abandonner une telle approche, nous n'avons cessé à signaler à nos partenaires les territoires précis et les organisations concrètes se livrant à de tels financements criminels.
Nous avons transmis cette information selon tous les canaux possibles - officiels d'Etat, politiques et même tout bonnement confidentiels. Or, nos efforts ne sont pas restés sans résultat. Grâce à ce travail persévérant, conforté par des négociations au niveau supérieur, des progrès se sont, enfin, annoncés dans nos relations avec les Américains et d'autres participants aux négociations, y compris avec certains Etats arabes, relations qui se débarrassaient de plus en plus de divergences de toute nature. Par exemple, avec la Jordanie et l'Arabie Saoudite, nous arrivons aujourd'hui à régler bien des problèmes courants.
- Serez-vous un simple interprète des idées et des plans du chef de l'Etat au cours de vos futurs contacts avec différentes structures et organisations ou avez-vous reçu une certaine liberté de manuvre?
- C'est ce cas précis où un dialogue est parfaitement indispensable. Evidemment, je suis avant tout l'interprète de la ligne appliquée par le chef de l'Etat. Quoi qu'il en soit, le Président attend sans doute de moi toute l'information objective sur les problèmes de la lutte antiterroriste et ce, pour savoir au juste où se situent les points les plus vulnérables, comment procéder pour désamorcer au mieux les crises, tout en mettant évidemment à profit la meilleure expérience étrangère en la matière...
- Avec quels Etats et organisations la Russie coopère-t-elle dans la lutte contre le terrorisme et le crime organisé transnational? Est-ce que cette coopération donne d'ores et déjà des résultats tangibles?
- Il n'est sans doute pas aujourd'hui un seul pays au monde avec lequel nous n'entretenions pas de tels contacts. Schématiquement, notre coopération s'y résume comme suit: nous coopérons dans le cadre des plus grandes organisations internationales, dont l'Organisation des Nations Unies, le G8, le Conseil de l'Europe, l'Organisation de coopération centrasiatique (OCCA) et la Communauté des Etats indépendants (CEI). Y sont aussi très utiles des rapports bilatéraux et régionaux. Une tâche majeure y consiste à faire en sorte que ces relations constructives se complètent bien, sans pour autant renfermer des "zones grises" ni des contradictions insurmontables.
Ces derniers temps, on constate bien l'intensification des efforts déployés par le Comité contre le terrorisme du Conseil de sécurité de l'Organisation des Nations Unies qui est aujourd'hui présidé par le délégué permanent de la Fédération de Russie à l'ONU. Celui-ci a établi d'étroits contacts de travail avec le Fonds monétaire international (FMI), l'Organisation des Etats américains (OEA), l'Union africaine (UA), l'Agence internationale de l'Energie atomique (AIEA) et l'Office des Nations Unies pour le contrôle des drogues et la prévention du crime (ONUDC). Il est fort significatif qu'à sa dernière réunion, le Conseil de sécurité de l'ONU a voté à l'unanimité pour la résolution russe sur la lutte contre le terrorisme.
A la suite de la création du Centre antiterroriste des pays-membres de la Communauté des Etats indépendants, des structures similaires ont fait leur apparition dans le cadre de l'Organisation de coopération de Shanghai (OCS), ainsi que sur le continent africain. Sont, en outre, régulières des consultations des commissions de travail bilatérales sur la lutte contre le terrorisme et le crime organisé. Les experts russes y travaillent avec leurs collègues des Etats-Unis, de la République populaire de Chine (RPC), du Japon, de la France, de l'Allemagne et de l'Inde. Somme toute, plus d'une vingtaine d'Etats y sont engagés.
Malheureusement, les leaders de certains Etats croient toujours en soi-disant îlots de sécurité ou havres de paix, inaccessibles à la terreur. Ainsi, sur le territoire de certains Etats, on soigne des terroristes tchétchènes. D'autres pays se la coulent douce, et sans se préoccuper de quoi que ce soit, ils sont plongés dans une béatitude la plus complète. C'est justement à partir de là, que des leçons nous ont souvent données par des apologistes de la politique "deux poids, deux mesures".
On ne manque pas de constater que dans la guerre que les terroristes mènent aujourd'hui contre le monde civilisé, ils ont leurs méthodes. En effet, les terroristes n'hésitent pas à exploiter l'Internet. Perpétrant n'importe quel attentat, ils ne tardent pas à réclamer l'accès des médias. Qui plus est, les terroristes s'en servent même tout à fait gratuitement et ce, d'autant plus que les actes de terreur attirent immanquablement l'attention de l'opinion angoissée. Procédant ainsi, les terroristes obtiennent l'effet informationnel recherché qui est de semer la terreur, l'horreur et la panique.
Sur tous les aspects de la lutte antiterroriste, une coopération efficace de l'ensemble de la communauté mondiale est parfaitement indispensable, et nous y uvrons à tous les niveaux.