Russie-Amérique : ensemble à la conquête de l'espace lointain ?

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MOSCOU. /par Andréi Kisliakov, observateur politique de RIA Novosti/. Les Etats-Unis ont annoncé un programme grandiose de vols sur la Lune où ils veulent implanter une station habitée durable qui pourrait servir de base de transbordement à des expéditions pilotées vers Mars. La réalisation de programmes aussi ambitieux est impensable sans une coopération internationale étroite. Les perspectives d'une telle coopération étaient très vagues mais la situation a changé au terme du débat sur le problème de l'espace lointain entre le directeur de l'Agence spatiale fédérale de Russie (Roscosmos), Anatoli Perminov, et l'administrateur de la NASA américaine, Sean O'Keefe, début octobre, au 55e congrès aéronautique international de Vancouver. Le chef de Roscosmos a proposé un plan général de recherches interplanétaires qui s'appuie dès maintenant sur la base matérielle et technique qui existe déjà en Russie.

De l'avis d'Anatoli Perminov, la préparation d'une expédition pilotée vers Mars doit commencer par la reprise de l'exploration de la Lune, ce qui exige de nombreux vols expérimentaux, en régime piloté et automatique. "Le programme lunaire est à l'étude en Russie depuis l'époque soviétique, depuis les années 1950, et je déclare en toute responsabilité que des projets comme ceux qui ont été développés en Russie n'existent actuellement dans aucun autre pays du monde", a-t-il déclaré.

Le résultat de la proposition est, à ce jour, le suivant : les chefs des programmes spatiaux russe et américain sont d'accord sur le fait qu'un seul Etat est incapable de réaliser un tel programme, que des plans d'actions communes sont encore inexistants et que les deux parties sont conscientes qu'il est nécessaire d'y réfléchir ensemble.

En ce qui concerne les expéditions pilotées interplanétaires, donc durables, la Russie a déjà acquis une expérience significative d'appui médico-physiologique pour de tels projets au cours de l'exploitation des stations MIR et ISS. Les problèmes matériels et techniques, notamment la création d'un vaisseau interplanétaire piloté capable d'atteindre Mars, ont déjà été étudiés dans les années 1960.

Il est évident que ce vaisseau doit être assemblé sur une orbite circumterrestre d'où il devra être lancé. On aura donc besoin d'une plate-forme d'assemblage orbitale et d'un système efficace de transport et de maintenance. On peut affirmer avec beaucoup de certitude que ces projets sont réalisables.

En effet, le projet de programme spatial russe des années 2006-2015 prévoit la mise au point d'une plate-forme orbitale de base combinant les avantages d'un vaisseau piloté avec ceux d'un appareil spatial automatique. Elle sert à tester les blocs des vaisseaux interplanétaires et les systèmes de transport de la nouvelle génération capables de ramener des cargaisons sur Terre et d'en déposer sur la surface d'autres planètes. En attendant, les chargements destinés à être placés sur une orbite circumterrestre dans le cadre de la préparation d'expéditions interplanétaires pourraient être lancés depuis le pas de tir "Stand-Start" conçu pour la navette "Energia-Bourane" testée avec succès en URSS le 15 mai 1987.

Aussi, à la mi-octobre, la Russie a-t-elle proposé à la NASA de prendre part au programme "Cosmoport" qui prévoit la possibilité de lancement de fusées porteuses super-lourdes depuis ce pas de tir. "Cosmoport" pourrait le ramener à la vie et épargner aux coopérants internationaux la nécessité de faire des investissements importants dans l'infrastructure terrestre. "Elle existe d'ores et déjà, il faut seulement l'adapter aux nouveaux projets", a déclaré à ce sujet le porte-parole officiel de Roscosmos, Viatcheslav Davidenko.

La conception russo-américaine de développement des recherches spatiales permettrait aux deux pays de coordonner aussi leurs programmes nationaux et de réduire considérablement leurs dépenses budgétaires.

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