Après un séjour à Poiana Brasov, en Roumanie, où l'hôtel "Pietra Mare" a hébergé une réunion informelle du Conseil Russie - OTAN, la délégation militaire russe est rentrée à Moscou. Cette rencontre "n'a rien apporté de nouveau aux relations entre Moscou et Bruxelles", avouait un membre de la délégation, dans une interview à RIA Novosti.
La politique du double langage apparemment l'un des dossiers les plus épineux au cours des débats informels, s'est manifestée de toutes parts: dans la lutte contre le terrorisme, dans la désignation des terroristes et de leurs complices et dans l'opération otanienne en Afghanistan qui n'arrive toujours pas à établir le calme dans ce pays et à enrayer le trafic de stupéfiants vers la Russie et l'Europe via l'Asie centrale.
Une circonstance a toutefois sauté aux yeux des experts qui assistaient au sommet de Poiana Brasov: la Russie a moins de mal à s'entendre avec les États-Unis, la France, l'Allemagne et l'Italie qu'à trouver un terrain d'entente avec les nouveaux membres de l'Alliance atlantique. On avait l'impression, selon un participant à la rencontre, que les jeunes membres de l'Alliance, en particulier les pays baltes, n'arrivent pas à surmonter leur "complexe d'infériorité antirusse" et cherchent à tout prix à contrecarrer les relations entre Moscou et Bruxelles, à handicaper la coopération entre grandes puissances. Le plus fâcheux est que la vieille garde ne fait rien pour remettre les novices à leur place et les réorienter vers un partenariat réel, alors qu'il devient impossible de relever les défis du XXIe siècle qui nous menacent tous et ce quel que soit le camps auquel nous appartenons.
Le partenariat Russie - OTAN ressemble à un zèbre rayé de bandes blanches et noires, mais il n'est pas toujours clair laquelle des deux couleurs domine. À noter, hélas, que les méfiances et la supputation mutuelle d'intentions à double fond dans telle ou telle initiative ne diminuent pas.
Dans cette optique, la participation de navires de guerre russes à l'opération antiterroriste Active Endeavour va à l'encontre de l'article 5 du Traité de Washington qui interdit d'engager dans des opérations de ce type les forces et moyens de pays extérieurs à l'Alliance. Une question se pose: quels sont les motifs juridiques permettant aux marins russes de faire partie d'une escadrille otanienne? Une autre question reste en suspens: quels sont les motifs juridiques autorisant les chefs de l'opération à monter à bord de navires russes pour contrôler leur degré de préparation aux manoeuvres? La surface de tout navire de guerre, conformément aux lois tout État, constitue le territoire souverain de cet État, et une autorisation spéciale du gouvernement est nécessaire pour le visiter. Elle est absente à ce jour. Enfin, la dernière question: qui payera le séjour des marins russes en Méditerranée? Si l'opération piétine, la flotte de la mer Noire qui a affecté ses bâtiments n'a pas un budget assez solide pour faire face aux dépenses qui s'en suivent: eau potable, carburant, lubrifiants, denrées alimentaires et soldes pour les marins.
Mais ce sont, tout compte fait, des problèmes techniques faciles à régler. D'autres contradictions, plus aiguës, restent en suspens pendant plus d'un mois, notamment le problème du transit militaire via la Russie et les pays membres de l'OTAN. On sait que Moscou a ouvert son ciel pour les effectifs et les cargaisons français et allemands transférés à destination et en provenance d'Afghanistan. Dans le même temps, les gouvernements lituanien et letton s'opposent au survol de leurs territoires par les avions russes circulant entre l'enclave de Kaliningrad et le reste du pays. Bruxelles fait mine que le problème ne le concerne pas et relève des relations bilatérales du Kremlin avec Vilnius et Riga. Ce qui, naturellement, estime-t-on à Moscou, n'embellit pas les dirigeants de l'Alliance. Car la Lettonie refuse à la Russie le transit militaire sous prétexte qu'elle est... membre de l'OTAN. Faut-il rire ou pleurer face à cet argument absurde?
D'autres revendications exprimées par certains pays de l'OTAN, notamment par la Roumanie, suscitent également la surprise à Moscou. Bucarest se dit notamment préoccupé par la présence en Transnistrie de troupes russes et réclame leur retrait en vertu des ententes intervenues au sommet Russie-OTAN à Istanbul, en 1999. Toutefois, il est de notoriété publique que la Russie a proposé l'an dernier de faire de la Transnistrie et de la Moldavie une zone dénucléarisée et libre de toute arme et de tout groupe armé. Un projet d'accord en ce sens était sur le point d'être signé par Kiev, Moscou et Tiraspol, et c'est le président moldave Vladimir Voronine qui a refusé de le parapher au dernier moment sous la pression de l'OSCE. Qui est donc responsable de la présence d'armes russes en Transnistrie? La question est rhétorique, et ce n'est pas à Moscou d'y répondre.
Les troupes russes sont obligées de stationner en Transnistrie, a rappelé le ministre de la défense Sergueï Ivanov, tant que tous les biens de l'ancienne 14e armée ne seront pas rapatriés, soit des milliers de wagons de munitions et d'autres équipements qu'il serait impossible de laisser sans surveillance. D'autant plus que l'administration de la république autoproclamée s'oppose au retrait de ce matériel par Moscou avant d'avoir obtenu des garanties de sa sécurité ou autres accords stratégiques dont la signature traîne en longueur, mais pas à cause de Moscou.
D'autre part, demande Sergueï Ivanov, si la Roumanie est préoccupée par la présence en Transnistrie d'un contingent de paix russe, pourquoi l'Alliance atlantique a programmé d'installer de nouvelles bases à proximité de Bucarest et Sofia? Quelle est la menace réelle que les militaires otaniens envisagent de parer, s'interrogent les Russes? Quels sont les mouvements terroristes qui menaceraient leurs frontières et où se trouvent-ils? Peut-être en Turquie? Toujours est-il que celle-ci fait aussi partie de l'OTAN.