A la veille du Ramadan, le mufti Ravil Gaïnoutdine, chef du Conseil des muftis de Russie, a promis, au cours d'une conférence de presse, que les musulmans russes prieraient durant tout le mois sacré pour que la tragédie de Beslan ne se répète plus. Ils prient également pour la paix au Proche-Orient et en Irak. Le dernier vendredi du Ramadan sera jour de solidarité avec le peuple palestinien.
Néanmoins, malgré l'inquiétude pour leurs coreligionnaires dans divers "points chauds" du monde, les musulmans russes et, en premier lieu, le clergé musulman, sont alarmés par la situation en Russie. Comment empêcher la propagation des humeurs extrémistes parmi les croyants? Question que pose tous les jours chaque dirigeant de la communauté musulmane du pays.
"Les organes judiciaires s'occuperont des terroristes, quant à nous, nous devons persuader les musulmans qu'ils doivent être loyaux envers Dieu et envers l'Etat, qu'ils doivent être de véritables patriotes": C'est ainsi que Ravil Gaïnoutdine a évalué la contribution du Conseil des muftis à la lutte contre le terrorisme.
Son sermon adressé à l'assistance de la Grande Mosquée de Moscou à la veille du Ramadan a souligné traditionnellement la nécessité d'être tolérants et de vivre en paix avec ses voisins, représentants d'autres nationalités et religions. Le mufti commence toujours son sermon en arabe, ensuite il passe au tatar, car les Tatars constituent, depuis le début du 15e siècle, la majorité des musulmans de Moscou. La communauté tatare reste l'une des plus nombreuses. Aujourd'hui, les Tatars représentent environ 38 % des musulmans de la capitale. Cela étant, les muftis prononcent la majeure partie du sermon en russe dans les mosquées de Moscou, car la langue russe est commune pour les Tatars, lesTchétchènes, les Ingouches et pour les représentants d'autres peuples de confession musulmane en Russie.
Compte tenu de la composition multinationale de la communauté musulmane de Russie, surtout dans les grandes villes, le thème de la tolérance et de la concorde mentionné au cours du Ramadan est important dans le contexte des rapports non seulement intercommunautaires, mais aussi intracommunautaires. Les disputes et les divergences entre les concurrents politiques doivent être abandonnées. A la veille du Ramadan, sur de nombreux sites Internet russes consacrés aux problèmes de l'islam et à la vie des musulmans, on a vu apparaître des appels à laisser de côté les attaques politiques. Ainsi, la rédaction du site Ingushetiya.Ru a pris la décision de s'abstenir de publier, pendant le Ramadan, les publications qui suscitent au sein des diverses tendances politiques une réaction négative.
Les habitants de la République d'Ingouchie ne devront pas seulement s'abstenir de lancer des attaques politiques contre leurs adversaires. Le décret du président ingouche Mourat Ziazikov a aussi interdit de vendre au détail et de consommer des boissons alcooliques, y compris la bière, et de fumer dans les endroits publics de la République pendant le Ramadan.
Les dirigeants d'autres régions de la Russie se sont également préparés au Ramadan. Ces dernières années en Russie de nouvelles mosquées, médersas et d'autres établissements aidant les musulmans dans la vie quotidienne s'ouvrent traditionnellement à l'occasion du Ramadan. Cette année n'a pas fait exception à cette règle.
Ainsi, le magasin de vêtements à la mode pour femmes "As-salam" s'est ouvert à Kazan, capitale de la République du Tatarstan. Il est destiné aux femmes qui s'habillent selon la tradition musulmane. Zoulfia Maksoutova, l'une des fondatrices du centre commercial, dit que la demande en vêtements de ce genre s'accroît d'un jour à l'autre.
Une nouvelle mosquée, dont la construction avait commencé en 1996, s'est ouverte à la veille du Ramadan dans la région de Penza. Il est à noter que la Direction spirituelle unique des musulmans de cette région est l'une des plus actives en Russie. L'une de ses traditions consiste à organiser, au cours du Ramadan, des repas collectifs du soir (iftar) qui réunissent les dirigeants, les simples membres de la communauté, ainsi que les représentants d'autres confessions. Au cours du repas, on parle, en règle générale, de l'histoire du Ramadan, des traditions qui y sont liées, et on distribue des écrits religieux.
Les musulmans égarés ne sont pas non plus oubliés pendant le Ramadan. Une chambre de prières pour les musulmans s'est ouverte dans la colonie de Sourgout (ville de Sibérie occidentale) à la veille du mois sacré. Sa construction a commencé à la demande de 300 condamnés, adeptes de l'islam, qui purgent leur peine sur les lieux de détention.
La Direction spirituelle des musulmans de Nijni-Novgorod et de sa région a également fait preuve de sollicitude pour les croyants. Elle a préparé des sachets de dattes et de raisin sec qu'on peut acheter à bas prix dans les magasins des mosquées de Nijni-Novgorod.
A Moscou, les enfants surtout se réjouissent de l'arrivée du Ramadan. Les petits élèves du premier jardin d'enfants tatar de Moscou qui s'est ouvert cette année ont confectionné des souvenirs portant le mot "Allah" pour "soutenir le moral des parents" pendant le jeûne.
A la veille du mois sacré du Ramadan, les puéricultrices ont patiemment expliqué aux enfants la différence entre le Ramadan et les autres mois. D'ailleurs, ces explications ne sont pas seulement nécessaires aux enfants. A l'époque soviétique, la célébration des rites religieux n'était pas encouragée, elle était même persécutée, ce qui explique que de nombreuses familles mulsumanes n'étaient pas pratiquantes surtout dans les grandes villes. Bien que le lien entre les époques n'ait pas été rompu définitivement, de nombreuses traditions sont tombées dans l'oubli. C'est pourquoi un travail d'explication intense s'effectue dans toutes les mosquées, dans toutes les maisons d'édition et sur les sites Internet des musulmans. La situation change peu à peu. A présent, les musulmans de Russie attendent avec impatience le Ramadan et les surprises agréables qu'il apporte. Les mosquées ne peuvent pas contenir tous ceux qui désirent assister au sermon de la fête, mais l'exiguïté sur place n'atteint pas l'humeur des croyants. Pour eux l'essentiel est que leurs prières de paix et de bonheur soient exaucées.