"Bien que le secteur pétrogazier russe ait des côtés forts qui lui permettent de rester compétitif à long terme (les réserves confirmées excèdent 50 milliards de barils tandis que les travaux de recherche restent à faire sur des territoires immenses), la solvabilité des opérateurs du secteur se trouve limitée à court et à moyen terme en raison des conditions difficiles de conduite des affaires dans le pays, en premier lieu à cause de l'opacité et l'imprévisibilité dans le domaine de la législation, de la régulation et de la gestion des sociétés", a fait remarquer une analyste de l'Agence, Elena Anankina.
Il est indiqué dans le rapport que la solvabilité des sociétés russes sera déterminée tout d'abord par l'interaction des deux facteurs suivants : la politique de l'Etat qui s'emploie à renforcer son contrôle sur ce secteur clef, et l'intérêt grandissant des plus grands groupes pétroliers du monde. Pour cette raison, en analysant la solvabilité des sociétés contrôlées par l'Etat, Standard & Poor's cherchera la réponse à la question de savoir si la solvabilité de ces sociétés va s'améliorer à la suite d'un soutien public puis puissant ou bien au contraire l'Etat renforcera sa pression sur ces sociétés en les poussant à investir dans des projets importants et, en principe, injustifiés du point de vue économique.
En ce qui concerne les sociétés privées, le risque de l'ingérence de l'Etat les menaces d'une chute sensible de leur solvabilité, à juger par la situation autour de Ioukos. Ces facteurs, lit-on dans le rapport, diminuent la possibilité de rehausser les notes de crédit dans ce secteur au-dessus de BB.
"D'autre part, la récente tendance à la hausse des investissements directs faits par les groupes pétroliers internationaux a un caractère positif du fait qu'elle favorise la transmission de l'expérience technique progressiste et encourage à améliorer la gestion des sociétés, à briser le sceau du secret sur l'information et, peut, avec le temps, aider à ouvrir plus large l'accès des marchés mondiaux des capitaux. Néanmoins, les investissements étrangers directs butent sur des obstacles comme la situation politique complexe ou la mauvaise qualité de la gestion des sociétés", a ajouté Elena Anankina.
Le rapport montre aussi que les sociétés pétrolières russes dépendent dans une plus grande mesure des fluctuations des cours du pétrole sur le marché mondial que leurs concurrentes étrangères, principalement en raison des contraintes imposées au transport et du niveau plus élevé des frais généraux. La majeure partie des frais généraux d'extraction et de transport du pétrole russe est fixée par le gouvernement sous forme de taxes à l'exportation, d'impôts et de tarifs de transport perçus par des organismes d'infrastructure appartenant à l'Etat.
"La stabilité des sociétés pétrolières russes dans le cadre du scénario des prix à moyen terme dépendra pour une large part de la stabilité du régime fiscal dans l'avenir. Le système d'imposition en vigueur depuis janvier 2002 n'a pas encore fait ses preuves dans les conditions des bas prix du pétrole et peut s'avérer être une structure instable parce que le budget fédéral est extrêmement sensible aux fluctuations des cours du pétrole et qu'une chute du brut jusqu'à 20 dollars le baril peut provoquer un déficit budgétaire", a expliqué Elena Anankina.