Les Russes atteints de la maladie du Forex

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par Iana Iourova, commentatrice politique RIA Novosti

Les Russes découvrent une nouvelle passion, celle du jeu sur le marché online Forex. Même si le jeu est virtuel, ses règles sont aussi rigides qu'au casino. Qui perd paie.

Les militants de ce jeu adulte ont tendu leurs filets jusqu'aux rames de métro où des affiches aux couleurs criardes présentent abondamment le marché des changes international comme "un investissement actif dans les devises via Internet". On dit que n'importe qui peut accéder à ce marché, le lot minimal étant seulement de 1 000 roubles.

Aux novices séduits par un gagne-pain rapide et facile, les présentateurs du jeu décrivent le Forex dans le menu détail. Ce marché s'est formé dans les années 70 du siècle dernier où la plupart des États ont rendu flottants les taux de change, jusque-là fixes, de leurs monnaies, ce qui n'a pas manqué d'engendrer des spéculations. Le terme "Forex" remonte à "foreign exchange". On peut acheter et vendre la monnaie de n'importe quel pays sur ce marché, son chiffre d'affaireS quotidien se situant entre 1 000 et 3 000 milliards de dollars.

On ne saurait dire que le nouveau jeu russe n'a aucun rapport avec le marché international. C'est un ersatz du marché des changes, telle une réalité virtuelle. Une chose est pourtant réelle, c'est l'argent. Et les tragédies humaines faisant suite à la perte de ses biens ne sont pas feintes non plus.

Qu'est-ce donc le Forex russe? Ses conditions rappellent plutôt un totalisateur où pratiquement rien ne dépend du joueur. Les transactions s'y effectuent en dehors des bourses. Une banque ou une compagnie financière qui achète ou vend des devises à la bourse affiche ses cotations qui font leur apparition dans les systèmes informatiques du type Reuters ou Bloomberg, et ce sont ces indices qui sont utilisés par le jeu online. Les joueurs, ou opérateurs, sont invités à suivre les cotations et à conclure des marchés réciproques.

Le jeu se déroule presque vingt-quatre heures sur vingt-quatre, de 3 h 00 du matin le lundi à minuit le vendredi. Les monnaies les plus prisées à la bourse virtuelle sont au nombre de cinq: le dollar américain (USD), l'euro (EUR), le yen japonais (JPY), le franc suisse (CHF) et la livre sterling britannique (GBR). Les devises se divisent en combinaisons binaires où la première fait l'objet de l'opération et la seconde sert de paiement. Les combinaisons plébiscitées parmi les spéculateurs sont EUR/USD, GBR/USD et USD/JPY dont les cotations connaissent les variations les plus fortes. Au long de la journée, les taux de change sont tantôt en hausse, tantôt en baisse. Sur ces variations, les uns gagnent, les autres perdent. Selon des experts, près de 90% des joueurs débutants se ruinent sur le marché des changes, mais il n'y a pas de statistiques officielles pour les traders particuliers du Forex.

Passons maintenant aux intermédiaires qui fournissent au marché des novices prêts à payer. Les services de médiation sont proposés tant par les banques que par les différents organismes comme les centres de change et les bookmakers.

La moisson est abondante pour les banquiers puisqu'ils ont affaire à de gros clients. Pour s'initier, le client conclut un contrat de service et ouvre un compte pour un montant minimal de 1 000 dollars. Mais puisque le lot minimal du grand jeu se monte à 100 000 dollars, la banque accorde au joueur un crédit cent fois plus gros que son dépôt. La banque, elle, ne risque rien: un courtier qui travaille en son nom surveille le jeu et ne laissera pas le joueur perdre plus que son dépôt. Sans oublier une commission de 50 dollars? prix de la transaction que reçoit la banque.

Les centres de change ne sont pas moins avides de clients crédules. La plupart d'entre eux sont institués par des compagnies offshore, et ce sont celles-ci qui invitent à jouer sur le Forex. Dans ce cas, le client conclut son contrat avec on ne sait qui et verse son dépôt (environ 300 dollars) sur le compte d'un courtier offshore dans une banque étrangère. La spéculation est évidente à l'oeil nu. Nombreux sont les Russes, cependant, qui ne s'en aperçoivent qu'au moment où ils restent sans le sou.

Ce sont les bookmakers, enfin, qui offrent l'option la plus répandue et la plus démocratique.

Là, pour entrer en jeu, il suffit d'avoir 1 000 roubles en poche. La Russie compte une dizaine de réseaux de bookmakers qui proposent à leurs clients de jouer sur le Forex. Ils ont même une licence du Comité national aux sports qui les autorise à organiser et entretenir des maisons de jeu. Tout est facile comme bonjour. Pas de contrats: l'important est de connaître les règles du jeu. Pas de crédits. Pas de séances non plus. Tout se résume en un simple pari avec le bookmaker autour du taux de change de telle ou telle monnaie. Le bilan est calculé en fonction des résultats de deux opérations, l'achat et la vente, pour une combinaison de deux monnaies. Cette forme du Forex serait la moins inhumaine par son volume des pertes, mais elle est aussi la plus répandue par son accessibilité.

Bref, quelle que soit la forme du jeu, toutes ont le seul et même objectif: celui d'attirer dans ses filets le maximum d'investisseurs potentiels, et ce sans retour sur investissement. Les gens continuent de croire aux légendes sur des gains énormes et rêvent de devenir millionnaire en un clin d'oeil. On leur fait croire qu'ils peuvent apprendre facilement le métier du trader et propose même des cours à suivre. Une formation qui coûte, pourtant, de 150 à 250 dollars. Mais, en réalité, les spéculateurs néophytes ne se rendent pas compte qu'ils sont pris pour des vaches à lait sur le marché Forex. Il suffit de rappeler qu'il manque aussi un organe de contrôle qui réglementerait les rapports juridiques entre le courtier et le client du Forex. Impossible de prouver par la suite que la transaction a eu lieu.

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