Beslan: déclin du terrorisme classique

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MOSCOU - par Iouri Filippov, commentateur politique de RIA Novosti. Pourquoi peut-on considérer les événements de Beslan comme un tournant dans l'histoire de la lutte contre le terrorisme international? Quelle est la différence entre l'attentat nord-ossète et centaines autres attentats commis en Russie et partout dans le monde?

Ces événements montrent combien la situation a changé en Tchétchénie et témoignent de l'intensification des activités terroristes au Caucase du Nord.

La Tchétchénie est devenue une plaque tournante de la violence politique, et avant tout criminelle, le Caucase du Nord cessant de faire partie de la civilisation mondiale depuis les années qui ont suivi l'effondrement de l'Union Soviétique.

En 1994, la Russie a lancé une opération militaire en Tchétchénie qui était appelée, selon le Kremlin, à rétablir l'ordre constitutionnel dans la république. Les craintes du séparatisme tchétchène capable d'encourager les tendances sécessionnistes dans d'autres républiques nord-caucasiennes sont considérées comme une des raisons de l'opération. Rappelons qu'il s'agit des années 1990 où beaucoup de nouveaux pays formés autour d'un groupe ethnique ont accédé à l'indépendance dans le monde, et surtout en Europe.

La Russie se souvenait bien de l'expérience de l'URSS qui s'était désintégrée en quinze États indépendants, elle avait encore sous les yeux l'histoire sanglante des conflits ethniques en ex-Yougoslavie. A la fin des années 1990, de nombreux observateurs de Moscou estimaient que le scénario balkanique pouvait se répéter en Russie. L'ingérence militaire de l'OTAN dans le conflit du Kosovo n'a fait qu'augmenter ces craintes.

Une situation analogue s'est établie en 1999, lorsque les tensions en Tchétchénie et au Daghestan voisin ont atteint leur apogée. Moscou a effectué plusieurs démarches actives sur la scène internationale et au Caucase du Nord pour réduire le risque de séparatisme.

Ses efforts ont été couronnés de succès. Le président russe Vladimir Poutine est arrivé à améliorer les relations de la Russie avec l'OTAN et les grandes puissances occidentales, à entrer au club des Huit Grands qui a pleinement reconnu le droit de la Russie à l'intégrité territoriale. La flambée de terrorisme international marquée par l'attaque du 11 septembre 2001 contre le World Trade Center a placé la Russie et les États-Unis parmi les leaders de la coalition antiterroriste internationale. Moscou a en outre réussi à faire baisser la tension dans ses rapports avec Washington provoquée par la situation de parité nucléaire créée à l'époque de la guerre froide, où la Russie et les États-Unis considéraient leurs relations à travers le prisme de la confrontation nucléaire. Cela a également permis d'atténuer le problème tchétchène sur la scène internationale.

A présent, la situation a changé et Beslan est une sorte de ligne de séparation entre ces deux époques. Évaluer les actions des séparatistes - des indépendantistes, si vous voulez - qui utilisent des méthodes terroristes est une approche dépassée. Le terrorisme international n'emploie plus le "modèle classique" de lutte pour l'indépendance des petites enclaves. Il recourt à la force pour remettre en question la stabilité et la souveraineté de certains pays. Il joue donc son va-tout ces dernières années.

On peut dire que cette tactique s'est avérée désastreuse pour le terrorisme et les forces qui le soutiennent. Même si le terrorisme n'est pas encore écrasé, il perd politiquement face à l'internationale des grands pays.

Les terroristes ont discrédité les mouvements séparatistes du monde entier par leurs actions sanglantes et ont involontairement affaibli leurs alliés les plus proches et "respectables". Cette tendance se manifeste pas seulement au Caucase du Nord et en Tchétchénie. Les groupes séparatistes cachemiris et ouïgours, qui luttent contre l'intégrité territoriale de deux grands pays - l'Inde et la Chine, en sont aussi des exemples.

Les mouvements séparatistes n'ont presque aucune chance de faire valoir leurs revendications au niveau international après la vague de violence extrême qui a déferlé sur le monde.

Quant à la Russie, les mesures politiques internes, qu'on peut appeler "plan politique de Poutine", ont beaucoup contribué à la consolidation de sa position au Caucase du Nord. La Russie a commencé par les négociations avec les personnalités les plus influentes parmi les anciens séparatistes - Akhmad Kadyrov et son entourage. Ensuite viennent l'adoption de la Constitution tchétchène stipulant que la république est une partie intégrante de la Russie, l'élection présidentielle tchétchène et la formation du Conseil d'État républicain. A présent, la Tchétchénie se prépare aux élections législatives qui se dérouleront au printemps prochain. La vie reprend son cours dans la république et s'apaise.

C'est dans ce contexte des changements politiques que les terroristes ont lancé une attaque sans précédent contre la Russie : les explosions de deux avions de ligne, l'explosion près d'une station de métro moscovite, la prise d'otages abominable de Beslan. L'absurdité des exigences avancées par les terroristes est évidente. Ils ont notamment réclamé l'adhésion de la Tchétchénie à la Communauté des États Indépendants (CEI) et son maintien dans la "zone du rouble". Il est clair que ces exigences sont incompatibles avec l'idéologie de la "lutte pour l'indépendance" derrière laquelle les terroristes opérant en Tchétchénie ont essayé de se retrancher ces dernières années. Cette idéologie n'existe plus depuis l'attentat de Beslan.

Les faits montrent que le terrorisme qui vise la Russie se trouve dans une impasse politique, qu'il n'a presque plus de possibilités d'entrer dans l'espace politique légitime et que la violence chaotique est son seul moyen d'existence.

Ce n'est plus la désintégration de l'État en entités nationales, mais ce chaos qui est l'objectif principal des terroristes en Russie. Il est évident que Moscou doit modifier les orientations majeures de sa stratégie. Il doit répondre par l'ordre au chaos, l'ordre établi par la société civile et l'État pour garantir la sécurité, la stabilité économique et administrative.

La Tchétchénie et, d'une certaine manière, l'ensemble du Caucase du Nord doivent revenir dans le champ juridique et économique unique qu'ils ont quitté après l'effondrement de l'URSS (les chômeurs représentent, par exemple, 80% de la population active dans certaines républiques nord-caucasiennes). C'est par ces efforts, tout comme par la prise des mesures de sécurité, que l'État doit répondre aux défis terroristes au lieu d'entamer des négociations sans issue avec les terroristes.

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