Le ministère de la Justice a annoncé le 12 octobre que le travail d'évaluation de cette société était achevé et qu'il était décidé en conséquence de vendre une partie des actions de Iouganskneftegaz par l'intermédiaire du Fonds des biens publics fédéraux. Dans sa déclaration, le ministre souligne que le fisc n'était pas satisfait de la lenteur avec laquelle Ioukos remboursait ses dettes et que la vente d'un paquet d'actions de Iouganskneftegaz pourrait garantir la couverture de la dette existante. Les enchères doivent avoir lieu avant la fin de l'année, vraisemblablement fin novembre. Les propriétaires de Ioukos déclarent, pour leur part, que les autorités ont elles-mêmes créé des conditions qui ne permettaient pas au groupe pétrolier d'éteindre sa dette sans retard.
Comme la déclaration du chef de la Direction principale du ministère de la Justice pour Moscou, Alexandre Bouksman, a été un peu embrouillée, les opérateurs du marché ont beaucoup de questions à préciser au sujet du développement futur de la situation.
Premièrement, d'après le ministère de la Justice, la banque Dresdner Kleinwort Wasserstein, intervenant en expert indépendant, a conclu que Iouganskneftegaz valait 10,4 milliards de dollars au minimum (la dette de Ioukos étant de 3,73 milliards de dollars). De l'avis des experts, ce chiffre est nettement inférieur à la valeur de marché réelle de la société parce que ses droits à l'exploitation des ressources naturelles sont estimés, à eux seuls, à 10 milliards de dollars environ. Compte tenu de ses puits existants, de ses biens et de son infrastructure, le coût de la sociétépeut atteindre 15 à 17 milliards de dollars. Les médias étrangers informent que la fourchette définie par le commissaire priseur va effectivement de 15,7 à 18,3 milliards de dollars. Il est donc possible que les 10,4 milliards soient la somme figurant dans le rapport de DKW comme la valeur de liquidation de la société et que le ministère de la Justice ait choisi la variante la plus conservatrice de celles qui ne devaient pas provoquer un conflit sur le marché.
Cependant, 10,4 milliards est une somme suffisamment argumentée, vu le nombre des réclamations importantes formulées à la société, notamment par le ministère des Ressources naturelles pour ses accords de licence. La menace d'une révocation des licences ne peut ne pas faire chuter la valeur de la société.
Deuxièmement, le vague ne s'est pas dissipé sur la signification du discount fixé à 60%. Littéralement, Alexandre Bouksman a déclaré : "Le commissaire priseur a fixé un discount de 60% compte tenu des hauts risques pour l'acquéreur potentiel", sans préciser si les 10,4 milliards ont été déduits compte tenu de ce discount. De l'avis du directeur du service analytique de la société "Brokerkreditservis", Maxime Chéine, à supposer que Iouganskneftegaz ait été évalué à 16 ou à 17 milliards de dollars, le discount est normal. Si le discount se rapporte aux 10,4 milliards, alors le prix vénal de la société sera beaucoup moins important : 4 milliards de dollars environ. Pour les autorités, cela signifie que Iouganskneftegaz peut dans ce cas être achetée par des sociétés russes loyales envers l'Etat. De l'avis de Serguéi Souverov, de la banque Zenit, Iouganskneftegaz peut être vendue moins cher que pour 10,4 milliards parce que le dernier mot appartient aux huissiers. Il n'est pas clair d'autre part si la société sera vendue en entier ou par parties.
La déclaration du ministère de la Justice a bouleversé le marché des valeurs. Le 12 octobre, après sa publication, l'action de Ioukos clôturait en baisse de 7,6% et les adjudications ont été interrompues à deux reprises, chaque fois pour une heure. Sa chute a été suivie de celle d'autres sociétés. Cependant, un tel ajustement survenu après une longue période de progression, était attendue depuis longtemps. De l'avis de Denis Prianitchnikov, de la maison de courtage "Otkrytié", le marché ne descendra pas au-dessous des 650 points RTS.
Ainsi, la prochaine vente des actifs de Iouganskneftegaz reprendra à Ioukos son statut de plus grand producteur de pétrole russe et réduira sa capitalisation restante, ce qui ne sera d'ailleurs pas un événement négatif irréparable pour le marché des valeurs russes. Il était attendu depuis longtemps. Les autorités mettent en uvre depuis ces temps derniers une politique ciblée pour diminuer la valeur en bourse de Ioukos, ce serait donc étrange d'attendre que Iouganskneftegaz puisse être évaluée à sa juste valeur de marché.
Pour le moment, il n'est pas clair quelles sociétés vont entrer en lice pour les actifs de Ioukos. Gazprom et Lukoil ont déjà fait savoir ne pas avoir l'intention d'acheter des actifs de Iouganskneftegaz mais au cas où ils seraient offerts à leur prix de liquidation, les plans de ces sociétés pourraient être modifiés. Parmi les preneurs on évoque Sourgoutneftegaz qui a les disponibilités les plus importantes, Gazprom et Rosneft. Selon Maxime Chéine, de "Brokerkreditservis", le 1er juillet Sourgoutneftegaz disposait de 5,2 milliards de dollars de disponibilités et Gazprom de 2,8 milliards. En ce qui concerne les sociétés étrangères, l'ExxonMobil américaine a 14 milliards de dollars, la CNPC chinoise 18 milliards. Reste à savoir si les autorités russes voudront bien vendre Iouganskneftegaz à des investisseurs étrangers quand elles ont fait tant d'effort pour mener à bien la procédure de réduction de sa valeur en bourse.
Rien ne garantit que Iouganskneftegaz est la dernière réclamation faite à Ioukos. La direction de l'Intérieur de la région de Tomsk a mis en mouvement les procédures pénales contre l'un des dirigeants de Tomskneft qu'elle accuse d'évasion fiscale en gros montant. Tomskneft est l'un des principaux actifs de Ioukos qui s'occupe de la prospection des gisements de pétrole. A l'heure actuelle ces actions, tout comme celles de Samaraneftegaz, sont bloquées dans le cadre de l'affaire fiscale du holding pétrolier.