Le manque d'unité est inadmissible dans la lutte contre le terrorisme

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Par Arseni Oganessian, commentateur de RIA Novosti

La session d'automne de l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe (APCE) vient de se tenir à Strasbourg. A la satisfaction de la délégation russe, elle a adopté la résolution "Le défi terroriste dans les Etats membres du Conseil de l'Europe" avancée par la Russie. Le chef de la délégation russe, Konstantin Kossatchev, qui préside le comité international de la Douma (chambre basse du parlement russe), a déclaré que ce document était "une contribution très actuelle et utile des parlementaires russes dans cette affaire d'importance". Le député a également relevé que c'était "un pas réel en avant dans la création de la base légale pour la lutte contre le terrorisme".Toutefois, Konstantin Kossatchev a fait remarquer qu'il avait été désappointé par la position de nombre de ses collègues à l'Assemblée parce qu'aucun des 36 amendements apportés au projet de résolution ne visait concrètement le renforcement de la lutte contre le terrorisme.

En effet, a poursuivi Konstantin Kossatchev, "lors des débats sur la Tchétchénie de nombreux parlementaires ont accusé la Russie d'avoir choisi d'assurer la sécurité aux dépens des droits de l'homme. Or, intervenant dans la discussion, les présidents tchétchène et ingouche, le substitut du procureur général de Russie et les membres de la délégation russe ont réussi à convaincre leurs collègues qu'il n'en était pas ainsi et que les appréhensions à ce sujet étaient exagérées".

Au demeurant, Konstantin Kossatchev estime inacceptable la position des parlementaires qui accordent la priorité absolue à la démocratie au détriment de la sécurité parce que, selon lui, se soucier insuffisamment de la sécurité des gens, c'est violer grossièrement les droits de l'homme.

Néanmoins, de l'avis des experts interrogés par RIA Novosti, bien que la compréhension réciproque totale des parties soit loin d'être acquise à l'APCE, les critiques lancées à l'adresse de la Russie sont moins virulentes et les vues de plusieurs politiques européens se sont libérées du carcan des stéréotypes figés. Ainsi, de l'avis d'Olga Potemkina, chef du service Intégration européenne de l'Institut de l'Europe relevant de l'Académie des sciences de Russie, "la réaction des parlementaires européens était assez attendue. La Tchétchénie constitue l'un des problèmes internes russes les plus ardus et il est indispensable de le régler. Seulement il est d'une complexité extrême et son règlement réclame des efforts bien plus grands que les solutions primitives suggérées par l'Union européenne. Car reprocher à la Russie de violer les droits de l'homme est bien plus facile que d'entreprendre maintenant un travail de fourmi en vue d'élaborer une assise légale pour la lutte contre le terrorisme. C'est très compliqué et cela réclame des forces et des moyens".

Pour Olga Potemkina, aujourd'hui la Russie doit se tourner sur le groupe de politiques et de praticiens européens qui estiment que la répression du terrorisme et de la criminalité organisée doit être dépolitisée au maximum. Par ailleurs, l'experte souligne que "nous ne devons en aucun cas écouter les politiques russes qui disent que c'est à pure perte que le pays verse de l'argent au Conseil de l'Europe et qu'il faut qu'il quitte cette organisation. Seulement si nous versons de l'argent au CE, c'est justement pour que l'on nous y écoute. En outre, la Russie assumera bientôt la présidence au Conseil de l'Europe et elle disposera alors de beaucoup de possibilités pour surmonter la manque d'unité dans la lutte contre le terrorisme international et la répression de la criminalité organisée. Il est indispensable de dresser la liste des organisations et des terroristes internationaux". "Alors les pays européens n'auront plus le droit de laisser entrer sur leur territoire les personnes figurant sur cette liste ni, à plus forte raison, de leur accorder l'asile politique. Et si Bassaïev et ses semblables sont mentionnés sur cette liste, plus personne n'aura le droit de dire qu'ils sont des rebelles, des combattants pour la liberté, etc.", a conclu l'experte.

Pour le directeur général de l'Institut d'analyse politique et militaire (IPVA), Alexandre Charavine, "l'adoption de la résolution sur le défi terroriste, préparée par la délégation russe, est un pas en avant vers la création d'une base légale pour la lutte contre le terrorisme et l'élimination de la politique dite de deux poids deux mesures".

"Quoi qu'il en soit, cette politique n'a pas disparu, poursuit l'expert. C'est que des Etats comme la France et l'Espagne, qui recherchent des compromis avec des groupements radicaux et terroristes, espèrent ainsi que leur territoire restera à l'abri de la lutte terroriste. Seulement nous voyons que ces compromis ne donnent aucun résultat. Car la guerre menée par le terrorisme international est totale. Et les plus conscients de cette chose sont les pays qui sont les principales cibles du terrorisme: Etats-Unis, Russie et Israël. Ce sont justement ces pays qui les premiers ont pris conscience que seule la guerre totale peut être opposée à la guerre totale. Aucun compromis n'est possible avec les terroristes. Pour eux toute concession est un signe de faiblesse", a dit l'expert.

Le directeur de l'IPVA a souligné que "pour tous les Etats démocratiques le domaine des droits de l'homme devait être sacré, ce que personne ne contestera. Seulement il y a une guerre terroriste réelle menée contre la Russie et aussi contre de nombreux autres Etats civilisés. Il faut bien avoir en tête que le front terroriste passe partout. Et ici, force est de constater que l'Europe n'était pas prête à cet affrontement implacable contre un ennemi aussi actif. C'est très justement que la Russie a la première évoqué le défi terroriste et déclaré qu'il concernait tous les Etats membres du Conseil de l'Europe, a dit l'expert pour résumer.

Partant, la politisation exagérée de la lutte contre le terrorisme international et le "manque cruel d'unité" réduisent considérablement l'efficacité des actions de la communauté mondiale dans la lutte contre cette "peste du XXI-e siècle". La plupart des experts pensent que les rapports politiques entre les pays ne doivent pas faire obstacle à la réalisation de programmes antiterroristes conjoints.

Lorsque nous évoquons aujourd'hui les nouveaux défis et périls auxquels l'humanité civilisée est confrontée, il faut se souvenir que leur ossature est constituée par une triade tristement célèbre: terrorisme, criminalité organisée et trafic de stupéfiants. Il serait absurde de combattre chacune de ces composantes prise séparément et dans l'isolement qui plus est. Car ces maux menacent l'humanité tout entière.

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