La Russie est en train de redécouvrir la Libye

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Même la nouvelle de la récente acquisition de la compagnie pétrolière "Rosneft" par le géant gazier russe GAZPROM n'a pas éclipsé celle de la visite en Libye du président du Conseil d'administration du groupe gazier, Alexeï Miller. Toujours est-il que cette visite n'a pas passé inaperçue des analystes.

Même la nouvelle de la récente acquisition de la compagnie pétrolière "Rosneft" par le géant gazier russe GAZPROM n'a pas éclipsé celle de la visite en Libye du président du Conseil d'administration du groupe gazier, Alexeï Miller. Toujours est-il que cette visite n'a pas passé inaperçue des analystes.

Quoi qu'il en soit, les négociations du patron de GAZPROM avec le Premier ministre de la Libye, Shukri Muhammad Ghanim, et le président de la Compagnie pétrolière nationale de ce pays, Abdullah Salem Al-Badri, sur les perspectives de la coopération dans le secteur pétrogazier permettent bien de supposer que la Russie se propose de rendre cette coopération très concrète, tout en élargissant considérablement ses volumes.

Force est de reconnaître que ces quelques dizaines de millions de dollars qui forment aujourd'hui le chiffre d'affaires du commerce entre la Fédération de Russie et la Libye ne sont pas du tout à comparer avec des milliards de dollars d'il y a dix ou quinze ans. Entre 1969 et 1991, par exemple, l'URSS avait gagné plus de 20 milliards de dollars sur ses exportations vers la Libye. Néanmoins, la Libye reste toujours l'un des Etats les plus solvables en Afrique.

Somme toute, l'élargissement de la coopération bilatérale dans les domaines de la prospection géologique, de l'extraction de pétrole et de gaz et de la construction des pipelines correspond tout à fait à l'esprit et à la lettre de cet Accord intergouvernemental russo-libyen de coopération dans les secteurs pétrogazier et électroénergétique qui a été signé en 2000. Si cette coopération se développait avec succès, c'est justement aux secteurs évoqués que reviendrait incontestablement plus de la moitié du chiffre d'affaires du commerce entre les deux pays, chiffre que les experts russes prévoient à quelque quatre milliards de dollars par an. A l'heure actuelle, cependant, les énergéticiens russes n'y sont représentés que par les compagnies "Zangaz" (nom nouveau de "Zarubezhneftegazstroy"), "Tatgeorazvedka", "Technopromexport" et certaines autres sociétés peu nombreuses. Nul n'ignore, toutefois, qu'il y a à peine quelques années, les Libyens ont proposé à LUKOIL, à YOUKOS et à "Zaroubejneft" de prendre part à l'appel d'offres international pour la mise en valeur des gisements pétroliers du pays.

Analysant l'intérêt libyen du géant pétrolier russe, on a tout lieu de supposer que ce sont des possibilités pour mettre en valeur justement les gisements de gaz en Libye qui attirent en premier lieu GAZPROM, ce qui est, d'ailleurs, tout à fait logique, car pour les réserves du gaz naturel, la Libye avec ses quelque 1 300 milliards de mètres cubes vient en troisième position en Afrique, en ne le cédant qu'à l'Algérie et au Nigeria. Quoi qu'il en soit, le potentiel gazier n'est pratiquement pas exploité, 7 milliards de mètres cubes de gaz tout au plus sont extraits tous les ans. Qui plus est, rien que 10% du gaz produit sont exportés vers l'Espagne sous forme de gaz naturel liquéfié alors que ce dernier produit est le meilleur marché de toute l'Europe.

Or, il n'est pas du tout à exclure que GAZPROM ait aussi intérêt à participer aux projets pétroliers en Libye, vu le fait que la production de pétrole ne va certes pas tarder à constituer une autre spécialisation du géant gazier russe. Bien plus, la Libye est un membre très actif de l'Organisation des Pays Exportateurs de Pétrole (OPEP) et maintenant, quand les sanctions commerciales ne pèsent plus sur ce pays, Tripoli se met à jouer un rôle de plus en plus notable dans la politique générale de l'OPEP. Pour ses réserves du pétrole léger à faible teneur en souffre, ce pays d'Afrique du Nord vient en première position sur tout le continent africain (7 milliards de tonnes ou 3% des réserves mondiales). Plus de la moitié de sa production annuelle (près de 60 millions de tonnes) va à l'exportation. Pour son prix de revient, le pétrole libyen est des plus meilleurs marchés du monde. Sa production coûte deux fois moins qu'en Arabie Saoudite et au minimum huit fois moins qu'en Russie.

Au service de presse de GAZPROM, on a refusé de confirmer nos suppositions concernant les projets du géant gazier russe en Libye, en se référant notamment au caractère préliminaire des négociations et au fameux secret commercial. Néanmoins, on n'a pas démenti, non plus, nos hypothèses en la matière.

La lenteur, sinon la passivité, de la Russie en Libye est difficile à comprendre et avant tout pour les Libyens eux-mêmes. On ne le dirait, cependant, pas d'un autre pays-membre de la Communauté des Etats indépendants (CEI), et plus précisément de l'Ukraine, dont l'activité diplomatique et d'affaires en Libye est d'ores et déjà très bien récompensée. Effectivement, des onze blocs pétroliers prometteurs libyens, quatre ont été accordés à l'Ukraine. A présent, plus de 3 000 spécialistes ukrainiens travaillent sous contrats en Libye. Or, la République populaire de Chine (RPC) ne se montre pas, elle non plus, moins active dans ce pays africain regorgeant littéralement d'hydrocarbures. Somme toute, plus d'une vingtaine de grosses compagnies étrangères travaillent aujourd'hui avec succès dans l'industrie pétrolière libyenne qui est contrôlée pratiquement à 100% par l'Etat.

Toujours est-il que la prochaine participation de GAZPROM et, peut-être, d'autres grandes compagnies russes aux projets libyens permet bien l'espoir que Moscou se décide, enfin, à rendre ses relations économiques avec la Libye tout aussi importantes que politiques.

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