Pas de divergences de fond entre la Russie et les Etats-Unis en matière de règlement du conflit israélo-palestinien

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MOSCOU (par Marianna Belenkaïa, commentatrice politique de RIA Novosti). Les Etats-Unis sont d'accord avec le gel du processus de paix palestino-israélien: telle est la conclusion à laquelle sont parvenus les Israéliens à l'issue des discussions au Conseil de Sécurité de l'ONU. Cependant, la Russie estime qu'entre les cosponsors du règlement de paix, il n'y a pas de divergences de fond, et ce malgré le fait que Moscou et Washington ont adopté des positions diamétralement opposées lors du vote au Conseil de Sécurité de l'ONU sur le projet de résolution condamnant les opérations militaires d'Israël dans la bande de Gaza.

"Le plan de démarcation unilatérale par rapport aux Palestiniens consiste à geler le processus de paix", a déclaré dans une interview au journal israélien Haaretz le conseiller du premier ministre de l'Etat hébreux, Dove Weisglass. Il a expliqué que le gel du processus de paix avait pour but d'empêcher la création d'un Etat palestinien indépendant, d'arrêter les pourparlers sur les questions des réfugiés palestiniens, des frontières et du statut de Jérusalem. Et si l'on en croit les propos de D.Weisglass, tout ceci se passe "avec la bénédiction du président des Etats-Unis et l'approbation (ratification) des deux chambres du Congrès américain".

De telles déclarations ne manquent pas de susciter l'étonnement, car deux semaines auparavant, à New York, lors de la réunion du "quartette" de médiateurs internationaux chargé des questions du règlement palestino-israélien, qui comprend la Russie, les Etats-Unis, l'Union européenne et l'ONU, une déclaration conjointe a été adoptée confirmant la nécessité d'inclure le plan unilatéral d'Israël dans le contexte de la "feuille de route". Rappelons que ce document concerté au printemps 2003 par le "quartette" doit aboutir à la création d'un Etat palestinien indépendant, coexistant en paix avec Israël. Le "quartette" a également confirmé que les parties au conflit doivent s'abstenir d'actions unilatérales prédéterminant la solution des problèmes qui ne peuvent être réglés que par le biais des négociations.

Comme l'ont déclaré à RIA Novosti des sources diplomatiques, Moscou comprend la position des Américains telle qu'elle a été formulée dans la dernière décision du "quartette" et non pas comme les Israéliens l'interprètent. Le document final du "quartette" a été élaboré conjointement avec les Américains et entièrement concerté avec ces derniers, tout comme il l'a été avec l'ONU et l'UE.

A Moscou, on ne nie pas que les médiateurs et les parties au conflit puissent avoir des vues différentes sur les moyens de mettre en oeuvre la "feuille de route", cependant aucun des membres du "quartette" ne doute qu'il faut progresser dans la direction stipulée par le document. C'est-à-dire mener des pourparlers. Les sources diplomatiques ont souligné une fois de plus que le "quartette" est unanime à estimer que le retrait d'Israël de la bande de Gaza est un des éléments du règlement global, à l'inverse du gel du processus de paix. "Autrement la "feuille de route" perdrait tout son sens", ont déclaré les sources diplomatiques à RIA Novosti.

Mais si les médiateurs sont unanimes dans leurs positions, pourquoi le mardi 5 octobre, lors du vote au Conseil de Sécurité de l'ONU, les Etats-Unis ont-ils opposé leur veto au projet de résolution appelant les Israéliens à cesser leur opération militaire de grande envergure dans la bande de Gaza, cependant que la Russie se prononçait en faveur de cette résolution? Moscou a voté la résolution malgré le fait que les amendements russes, tout comme les amendements de la Grande-Bretagne et de l'Allemagne appelés à équilibrer le texte du document n'ont pas été adoptés, eux non plus. Les sources diplomatiques ont expliqué à RIA Novosti que la décision de voter pour la résolution avait été prise sur la base de la position selon laquelle "il devait être mis fin à la violence dans la bande de Gaza". En outre, ont fait remarquer les sources, "cette résolution non adoptée comportait une condamnation de la terreur en général, alors que Moscou souhaitait qu'elle fût ciblée, c'est-à-dire qu'elle condamne les activités terroristes conduisant à la mort d'Israéliens."

La position de la Russie est évidente également d'après le contenu des conversations téléphoniques entre le ministre des Affaires étrangères de Russie, Serguéi Lavrov, et son homologue israélien, Silvan Shalom, et le chef de l'Autorité Nationale Palestinienne (ANP) Yasser Arafat. Les discussions se sont tenues à l'initiative de la partie russe à la veille du vote au Conseil de Sécurité de l'ONU. Serguéi Lavrov a condamné les attaques terroristes ayant fait des morts parmi les enfants israéliens dans la ville de Sderote, et a appelé la direction de l'ANP à "prendre des mesures énergiques et efficaces pour empêcher les attaques terroristes". Dans le même temps, un appel a été adressé aux Israéliens à s'abstenir d'employer une force disproportionnée, étant entendu que l'Etat d'Israël a le droit à l'autodéfense".

C'est à peu près la position à laquelle s'en tenait Washington. La seule différence consistant dans les approches et non pas dans le fond. Cependant, le problème réside dans le fait que les parties au conflit exploitent toutes les divergences dans les positions des médiateurs du règlement pour les interpréter à leur avantage.

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