Les exercices comportaient onze étapes, dont la riposte à l'adversaire conventionnel, les entraînements en vue de rechercher et de sauver ceux qui sont en perdition en mer, l'escorte des navires de transport, l'interception des navires suspects. Il s'agit également de dépister dans la cale des navires qui passent à côté des armements dont peuvent se servir les terroristes ou les régimes qui les soutiennent.
Ces derniers points des exercices intéressent le plus les marins, car la Russie et les Etats-Unis ont conclu une alliance tacite dans la lutte contre le terrorisme international, par conséquent, ils doivent apprendre à agir conjointement contre l'ennemi commun non pas en paroles, mais dans les actes, comme ce fut le cas pendant la Seconde Guerre mondiale, lorsque les deux armées qui faisaient partie de la coalition avec les troupes britanniques et françaises ont combattu le fascisme hitlérien. Ce n'est pas par hasard si les exercices "North Eagle-2004" ont eu lieu sous les latitudes où passaient, pendant la guerre, les convois maritimes des Etats-Unis et de la Grande-Bretagne vers les ports soviétiques.
Il est vrai, à la différence des années 40 du siècle dernier, la coalition antiterroriste actuelle n'est pas officialisée juridiquement, mais il est évident qu'aucun Etat du monde ne peut rester à l'écart de la lutte contre "la peste du 21e siècle". Bien que les eaux de l'océan Atlantique Nord ne soient pas, semble-t-il, l'endroit où peuvent agir les terroristes, on peut s'y entraîner également pour lutter conjointement contre eux.
D'autant plus que les marins russes et américains doivent commencer réellement ce travail en octobre de cette année en patrouillant la Méditerranée au cours de la mise en oeuvre du programme commun IBOR auquel se sont joints déjà les navires de surveillance de la flotte de la mer Noire "Neoustrachimyi" et "Pilkyi".
Le programme IBOR a été élaboré à l'initiative du président américain George Bush. La Russie l'a rejoint en juin dernier. Il reviendra très cher à la Marine de guerre russe: plusieurs millions de dollars devront être dépensés pour l'exploitation technique des navires, ainsi que pour fournir aux équipages tout ce qui est nécessaire pour la navigation lointaine, mais c'est le prix minimal de la sécurité que doivent ressentir les peuples de l'Europe, en sachant que leur littoral méridional est protégé par une coalition de bâtiments de combat, dont font partie les marins américains et russes.
L'expérience acquise pendant la navigation, les exercices conjoints et l'accomplissement en commun des missions militaires sont inappréciables pour les marins russes. Cela comprend l'échange de savoir-faire avec les marins des Etats-Unis et de l'OTAN, le perfectionnement des connaissances de la langue anglaise, l'expérience de navigation qui manquait ces dernières années à la Marine russe, faute de moyens financiers nécessaires, y compris pour les sorties en mer. Or, le marin sans la mer n'est pas un marin.
Bien entendu, il serait naïf d'affirmer que quelques semaines passées dans les eaux de l'Atlantique Nord ou dans les eaux chaudes de la Méditerranée puissent marquer un tournant significatif dans les rapports entre les deux flottes militaires et en faire des alliés inconditionnels. Mais il ne fait pas de doute que cette expérience commune ne sera pas inutile et qu'elle contribuera à l'amélioration de la compréhension entre les deux pays et peuples. Il faut croire que ces exercices ne seront pas les dernières.