La Russie n'a tiré aucune leçon de la tragédie de Beslan

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PARIS, 1er octobre - par Angela Charlton, commentatrice RIA Novosti.

Enfin, le mois de septembre s'est écoulé, ce mois sanglant qui aurait changé la Russie à tout jamais. Mais en est-il ainsi?

Les autorités russes sont en train de réorganiser la structure politique du pays, les généraux menacent de lancer des frappes préventives en dehors de la Russie, et les diplomates luttent contre le terrorisme dans les quatre coins du monde. L'esprit de détermination et de futurs changements flotte dans l'air.

Pourtant, tout cela est du déjà vu. Au bout du compte, les événements choquants de Beslan n'ont pas fait révolution, mais plutôt ont confirmé le cap du pays.

Dans le même temps, alors que les enseignants de l'école de Beslan continuent de compter les morts, le massacre sanglant se hisse parmi les tragédies que n'ont fait que confirmer la détermination de la nation, mais n'ont pas apporté de changements ni de sécurité dans la vie des Russes. La prise d'otages dans le théâtre de la Doubrovka, l'attentat de Touchino, les explosions perpétrées dans des immeubles de Moscou, Bouïnaksk et Volgodonsk... Encore une pilule que la Russie a avalée en oubliant les victimes. De même, elle finira par oublier les enfants de Beslan...

Malgré la violence terrible du dernier attentat, ce n'est pas le premier cas où la Russie serait confrontée au problème de la terreur. Une raison pour laquelle la Russie n'a qu'une ressemblance superficielle avec les États-Unis au lendemain du 11 septembre 2001.

Un mois après les attaques terroristes à New York et Washington, les troupes américaines étaient déjà en route vers l'Afghanistan afin de frapper les talibans. Les législateurs américains ont activement voté pour l'USA Patriotic Act qui limite les libertés démocratiques au nom de la sécurité du pays. Des drapeaux américains flottaient sur presque chaque maison, chaque voiture et chaque supermarché de chaque ville. Le monde entier était sous le choc et solidaire avec le peuple américain.

L'intention de Vladimir Poutine d'annuler le suffrage direct des gouverneurs et parlementaires a été sa démarche politique la plus spectaculaire. Il se peut que cette mesure diminue effectivement la menace terroriste, mais ce n'est pas l'objectif essentiel de la réforme. Les Américains, par contre, s'étant retrouvés dans la même situation, ont visé directement à prévenir les attentats. Prêt bien avant la prise d'otages de Beslan, le projet Poutine avait pour tâche essentielle d'intensifier la lutte contre la corruption et de rendre plus prévisible le système politique afin de mieux contrôler celui-ci. Ce qui s'inscrit tout à fait dans la stratégie politique de Poutine à laquelle il tient depuis son avènement au poste présidentiel il y a cinq ans.

Dans le même temps, les militaires menacent de lancer des frappes préventives à l'extérieur du pays. La cible potentielle serait la Géorgie que Moscou accuse depuis bien des années d'abriter des terroristes tchétchènes. Même si la présence de rebelles tchétchènes dans le commando de Beslan n'est pas prouvée, les tensions montent dans les relations russo-géorgiennes en raison de la situation en Ossétie du Sud. Si cela rappelle au premier regard les États-Unis après les événements du 11 septembre, la Géorgie, avec son actuel président démocratique soutenu par l'Occident, est à peine comparable avec l'Afghanistan géré par un régime taliban méprisé de tous.

Dans l'arène diplomatique, les Russes se saignent aux quatre veines. Leur mission est de convaincre les leaders occidentaux que le plan Poutine relatif à la nomination centralisée des gouverneurs poursuit des objectifs démocratiques. Ils doivent expliquer, en outre, pourquoi la Géorgie représente une menace. Parallèlement, ils doivent prouver que malgré tout, la Russie est un partenaire stable et financièrement avantageux pour les investisseurs occidentaux.

La plus audacieuse des démarches diplomatiques russes: le ministre des affaires étrangères Sergueï Lavrov a proposé une nouvelle mesure antiterroriste au sein de l'ONU. La liste noire des terroristes proposée pourrait effrayer même les alliés, étant donné que les États-Unis et la Grande-Bretagne n'accepteraient jamais d'extrader les leaders tchétchènes qui ont obtenu l'asile politique et bénéficient d'un immense soutien sur leurs territoires.

Quant à la sécurité intérieure, les fonctionnaires proposent de durcir les règles d'autorisation de séjour et les sanctions pénales pour les activités terroristes. Ainsi, les services secrets russes concentrent leurs efforts à contrôler la délivrance des autorisations de séjour au lieu de celle des visas. On suppose donc que l'origine de la menace se trouve à l'intérieur du pays plutôt qu'à l'extérieur. Des mesures analogues avaient déjà été prises, et l'on espère que cette fois-ci elles seront enfin efficaces.

Les Russes sont effrayés, mais le sentiment de la peur est entré dans l'habitude. Ils ont ressenti la même chose après la série d'attentats de Moscou. En outre, ils s'inquiètent face à la réforme électorale de Poutine dont personne ne leur a expliqué l'essence. Indignés que les promesses de Poutine de durcir les mesures de sécurité ne sont toujours pas réalisées, les Russes sont pourtant convaincus qu'il serait le leader le plus stable. En Russie, arborer les drapeaux n'est pas aujourd'hui à la mode, et le mot "autoritaire" est perçu dans le calme, s'il entend force, stabilité et ordre.

Dans le cas de Beslan, les autorités ont perdu la bataille face aux terroristes. Les auteurs de l'attentat restent impunis, alors que le gouvernement n'a pas réussi à prévenir leurs actes ni les désarmer. Une leçon qui n'est pas la première pour la Russie et le monde entier. Et si des cauchemars pareils ne se reproduisent plus, cela deviendra une vraie révolution.

(La rédaction se réserve le droit de ne pas partager l'avis de l'auteur).

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