Une nouvelle filière de financement des commandos terroristes tchétchènes vient d'être découverte. Les unités spéciales russes ont interpellé une coursière, Natalia Khalkhaïeva, qui assurait la liaison entre des formations armées illégales et quittait la Russie pour aller chercher des moyens financiers collectés par des mouvements terroristes internationaux, a déclaré le porte-parole de l'état-major antiterroriste au Caucase du Nord, Ilia Chabalkine.
Les devises étrangères qu'elle amenait en Tchétchénie servaient aux chefs de guerre à organiser des attentats et à recruter des femmes kamikazes. Le jour de son interpellation, la coursière a eu des conversations téléphoniques avec les Emirats arabes unis, l'Allemagne, la République tchèque, la Pologne, l'Autriche, la Turquie et plusieurs autres pays d'Europe et du Proche-Orient pour discuter, selon le contre-espionnage russe, de la fourniture urgente en Tchétchénie de moyens financiers et techniques collectés à l'étranger en faveur des commandos terroristes.
Qui offre donc aux terroristes tchétchènes cet argent qui sent la mort? Selon des informations recueillies, ils ont reçu d'énormes subventions de la part de la diaspora caucasienne aux États-Unis (New Jersey, Illinois et Maryland). Les flux de devises étrangères émanaient notamment de différentes organisations de bienfaisance, religieuses et soi-disant éducatives. Ainsi, plus de 50 associations sociales à but non lucratif sont aujourd'hui recensées sur le continent nord-américain qui collectent de l'argent pour des sociétés-écrans tchétchènes. Des centaines de milliers de dollars ont été notamment versés par une organisation peu connue Assistance allemande, le Conseil danois pour les réfugiés, mais aussi par des apôtres norvégiens et polonais du terrorisme caucasien. Les flux financiers émanant des mouvements Help et Islamic Liberation ont dépassé la barre d'un million de dollars.
Reste à deviner les sommes versées au noir. Car l'origine de la plupart de ces organisations est inconnue tout comme les sources de leur financement: l'association belge NSF gère les cotisations privées, idem pour Aide religieuse norvégienne, le hollandais NSF, mais aussi pour l'Armée du salut, Kap Anamur et pour beaucoup d'autres structures qui ont effectué des versements à la Tchétchénie.
On connaît le scandale de l'organisation britannique The Halo Trust. Créée au Royaume-Uni comme association de bienfaisance à but non lucratif, elle prétend organiser l'assistance en matière de déminage des anciennes zones de conflits armés. En pratique, selon des terroristes tchétchènes interpellés qui ont fait des dépositions au Service fédéral de sécurité de Russie (FSB), les instructeurs de The Halo Trust ont formé depuis 1997 plus d'une centaine de spécialistes en génie minier. On sait que cette organisation est financée par les gouvernements irlandais, canadien, japonais, finlandais, le ministère britannique du développement international ainsi que des particuliers.
Les organes de sécurité russes sont tombés sur The Halo Trust, plus précisément sur ses agents, les Britanniques Charlie Emms, Thomas Dibb et Nicholas Nobbs, en Tchétchénie où ceux-ci sont arrivés en 1997 sans autorisation des autorités russes et guidés par le seul soutien d'Aslan Maskhadov. Ils ont entamé des travaux de "déminage" par une reconnaissance topographique d'envergure de tout le territoire tchétchène en marquant les localités d'après le système de coordonnées otanien.
Ensuite, The Halo Trust aurait commencé à étudier la possibilité de transférer différents équipements en Tchétchénie. En mai 1998, le coordinateur de l'association au Caucase du Nord, Richard Bayliss, communiquait à ses dirigeants de Londres: "The Halo Trust n'est pas enregistré et ne peut pas dédouaner ses cargaisons à la douane russe..." Les Anglais qui se veulent toujours "pacifiques" ont décidé alors d'emprunter des itinéraires de contrebande par lesquels les terroristes tchétchènes acheminaient leurs cargaisons. En mars 1998, Charlie Emms a informé Londres: "J'ai l'intention de contacter Chamil Bassaïev pour nous aider à acheminer les équipements". L'ami Chamil n'a pas refusé: cela fait longtemps qu'il fait transiter de la drogue en Europe en provenance d'Afghanistan via la Turquie et le Nord de Chypre occupé par les Turcs et qu'il reçoit des armes en retour.
Le contre-espionnage russe a également appris que des agents de The Halo Trust collectaient activement en Tchétchénie des renseignements sur des dossiers socio-politiques, économiques et militaires, ce dont témoignaient les instructions fournies en permanence par Londres. Le FSB a dépisté tout un réseau d'informateurs tchétchènes qui collectaient et transmettaient des informations sur la tactique et le déroulement des hostilités en Tchétchénie. Des techniques et des équipements spéciaux de fabrication étrangère ont notamment été saisis (détecteurs de mines, gilets pare-balles, casques, moyens de transport, armes d'infanterie, explosifs, moyens de télécommunication).
Les organisations semblables à The Halo Trust sont nombreuses de par le monde. Sans leur financement régulier aux terroristes tchétchènes, il en serait fini du terrorisme au Caucase du Nord depuis longtemps.