Les maladies de la croissance de la classe moyenne russe

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MOSCOU, 21 septembre. (par Olga Sobolevskaïa, commentatrice de RIA Novosti). Au cours des cinq dernières années, le nombre de représentants de la classe moyenne en Russie a été multiplié par deux - maintenant elle représente 8-9%, soit treize millions d'individus, selon le Centre russe du niveau de vie. Ces chiffres sont éloquents. Cependant le sentiment de joie que procure cette conquête économique est assombri par les constatations des psychologues et des médecins: les "Russes moyens" souffrent d'angoisses diverses et leur santé physique se détériore. Tel est le prix à payer pour être initié dans la pratique à "l'art du bien-être".

La "classe moyenne" est composée de personnes dépendantes, note Olga Makhovskaïa, spécialiste de l'Institut de psychologie de l'Académie des sciences de Russie. - Le mal qui unit la majorité d'entre eux est l'angoisse de perdre leur statut". Personne - que ce soient les riches ou les pauvres - n'a à ce point peur de perdre sa situation.

"Je ne voudrais surtout pas perdre ma place actuelle. Premièrement, nous pouvons nous mêmes garantir notre protection sociale. Deuxièmement, je me suis habituée à un certain mode de vie. Je ferai tout pour conserver la position que j'ai eu tant de mal à conquérir", dit Tatiana Chichkova, Moscovite de vingt neuf ans, auditrice. C'est une "Russe moyenne" typique - mariée, bonne instruction, salaire de neuf cents dollars par mois, appartement, résidence secondaire et voiture. Tatiana n'a pas de mal à renouveler régulièrement ses équipements électroménagers, elle se repose deux fois par an à l'étranger, elle aime aller au restaurant et fréquente un club de fitness. Elle dépense la moitié de son salaire pour les courses et les loisirs .

Ce sont les "otages de leur statut et de la société de consommation", des "esclaves sur la galère à laquelle ils se sont eux-mêmes condamnés", dit Olga Makhovskaïa pour caractériser la classe moyenne. "Je m'accroche à ma place, mais je suis consciente dufait que nous ne sommes que des rouages dans la machine de notre compagnie. Nous sommes zombifiés par les problèmes de notre entreprise", dit Tatiana Chichkova. A l'époque soviétique, les intérêts personnels de l'individu étaient sacrifiés sur l'autel des intérêts de l'Etat, aujourd'hui ils sont offerts en sacrifice aux employeurs.

Habitués à l'esprit d'équipe, les "Russes moyens" font souvent l'impasse sur les situations requérant l'initiative personnelle. Le nouveau collectivisme "asoviétique" cultivé par les employeurs empêche souvent les représentants de la classe moyenne de penser individuellement et leur fait parfois perdre leurs repères dans la vie. "Il me semble à certains moments que sans mon travail je ne vaux plus rien, je deviens impuissante", se désole Tatiana Chichkova.

"Mes collègues de travail, par carriérisme, cherchent à se piéger réciproquement, raconte Maria Tchaïeva, employée de banque. - Les contacts au sein du collectif provoquent des réactions allergiques. Pour moi, on n'est pas loin de la manie de la persécution. On a peur de tout, on ne fait confiance à personne". Les soirées organisées par l'entreprise ne font pas baisser la tension. "La présence y est obligatoire", précise Maria, et d'ajouter: "Le travail accapare même le temps que nous pourrions consacrer à la famille, et la liberté de disposer de nous mêmes n'est qu'un rêve irréalisable. Mais on n'y peut rien".

Dans leur majorité les représentants de la classe moyenne travaillent dans des bureaux. Leur état est appelé par les psychologues "niveau tendu de veille" : la concentration permanente de l'attention et le stress nerveux, le sentiment d'angoisse, le nombre d'heures passées devant l'ordinateur dépassant les normes et un minimum d'activités physiques. "Je ressens une fatigue chronique et je compense en buvant beaucoup trop de café. J'ai souvent mal aux yeux, à la tête et à la colonne vertébrale. Tout m'énerve", se plaint Maria Tchaïeva. Parmi les maux les plus fréquents dont souffrent les employés de bureau, les médecins citent la gastrite et l'ulcère de l'estomac, les variations de tension, les palpitations cardiaques et les pertes de connaissance.

En outre, les "Russes moyens" vont de moins en moins consulter le médecin. "Dans les nouvelles conditions économiques la santé s'est mise à jouer un rôle particulier. Tomber malade est souvent synonyme de perdre son emploi", commente Tatiana Dmitrieva, directrice du Centre national de psychiatrie sociale et légale Serbski.

Par ailleurs, la course au bien-être apporté par l'argent s'accélère. Un sondage réalisé par l'Institut de recherches sociales de l'Académie des sciences de Russie a montré que plus de 75% des personnes interrogées souhaiteraient être aisées et ne pas seulement appartenir à la classe moyenne.

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